Iran : la permanence de la crise nucléaire

5 novembre 2021

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Photo : Négociations sur le programme nucléaire iranien, les ministres des affaires étrangères et autres responsables du P5+1 et les ministres des affaires étrangères de l'Iran et de l'UE à Lausanne. Crédit photo : domaine public
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Iran : la permanence de la crise nucléaire

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L’Iran reste très attaché à la volonté de disposer de l’arme nucléaire et de pouvoir la déployer dans son pays, en dépit du coût et de l’isolement que cela provoque. Pourquoi un tel attachement à l’arme nucléaire et pourquoi cela aboutit-il à une impasse ? Analyse de Hamid Enayat.

 

« Le problème n’est pas dans les pourparlers du JCOPA[1], le problème est dans l’avenir des pourparlers nucléaires », a déclaré un théoricien du régime iranien. « Dans les négociations nucléaires, les États-Unis cherchent des négociations sur le JCOPA et l’après JCOPA, tandis que l’Iran veut négocier uniquement dans le cadre du JCOPA, et pas au-delà », a-t-il ajouté.

Avant son élection, le président américain Joe Biden avait tracé sa feuille de route, déclarant qu’il était prêt à revenir sur l’accord nucléaire et à lever les sanctions, mais qu’il fallait également discuter des programmes de missiles et des interventions régionales de l’Iran.

Selon ce théoricien, « en supposant que tous les différends soient écartés et que l’Iran et les États-Unis s’entendent sur le résultat, que l’Iran revienne à ses obligations et que les États-Unis lèvent les sanctions, Washington dira à nouveau : Parlons des missiles et de l’influence régionale. Mais Téhéran dit : le JCOPA et rien d’autre, pas un mot de plus, pas un mot de moins ».

C’est pour cela que le régime iranien tergiverse afin de gagner du temps pour enrichir l’uranium à un degré plus élevé (ou prétendre le faire). Il vise aussi à déclencher la panique au sein des P5+1 pour obtenir davantage de concessions. Cependant, les informations indiquent qu’étant donné les explosions dans l’installation principale de Natanz et l’élimination de Fakhrizadeh, le père du nucléaire iranien, il ne lui sera pas possible de produire une bombe atomique avant longtemps.

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La guerre asymétrique

Après la guerre Iran-Irak, une théorie a émergé à Téhéran selon laquelle la puissance ne se limitait pas à une économie florissante, à des institutions démocratiques de longue date et à une armée redoutable, mais que les super puissances pouvaient être défiées dans une guerre asymétrique. Par la suite, le pays devenant plus fort, le pouvoir s’est tourné vers la construction d’armes nucléaires, le terrorisme et l’influence régionale.

Issu de dogmes médiévaux, le régime iranien a dû se propager pour survivre, tel un parasite qui assure sa survie en colonisant un tronc d’arbre. Cette théorie dite de puissance asymétrique découle de sa nature.

Il considère les armes nucléaires comme une garantie de sa survie. Après que l’opposition iranienne, les Moudjahidines du peuple, aient révélé en 2003 que Téhéran était en train de fabriquer une bombe atomique, la pression internationale a mis un coup de frein sérieux au processus. Il s’est donc tourné vers l’extension de son influence régionale et le développement de missiles comme alternative.

Selon un analyste iranien des cercles du pouvoir, « ce qui peut garantir la survie du JCOPA, c’est la force nationale de l’Iran : tout d’abord en préservant ses capacités nucléaires afin que si les Américains veulent rejouer, l’Iran s’oriente vers l’uranium enrichi à 90 %. Ensuite, il faut maintenir la puissance de défense du pays (son programme de développement de missiles et de drones), et enfin, il faut réduire sa vulnérabilité aux sanctions. »

Une autre source proche du régime iranien estime que ce qui pourrait empêcher un autre Trump de rompre l’accord serait que « l’Iran avertisse que si l’accord est rompu, il construira sa propre bombe, et mettra le feu à l’Arabie saoudite ».

Sinon, si l’Iran apparait en position de faiblesse, les P5 + 1 vont non seulement démanteler ses installations nucléaires, mais aussi réduire sa puissance de missiles et exiger un retrait inconditionnel de la région.

Cet analyste part du principe que l’Iran est un boxeur poids léger et que les P5 + 1 sont un poids lourd. Pour lui, « personne ne s’attend à ce qu’un poids léger l’emporte, mais s’il peut résister et gagner du temps, il épuisera son adversaire Dans cette confrontation, nous devons augmenter notre résistance, et surtout, renforcer l’économie. Je suis sûr que ce qui permet au pouvoir de continuer à respirer, c’est d’abord son économie, ensuite sa capacité de défense, et enfin la quantité d’uranium enrichi. »

Assis sur un baril de poudre  

Le régime iranien est bien conscient de l’état explosif de la société, en raison de l’inflation galopante et de la pauvreté de 80% de la population. Il sait qu’une étincelle pourrait déclencher une déflagration bien plus terrible qu’en 2018 et 2019. Selon un ancien responsable de la recherche stratégique sous la présidence de Khatami, l’effondrement économique et les pressions écrasantes qui en découlent, ainsi que les craintes d’un nouveau soulèvement, vont amener Khamenei à conclure qu’il n’y a pas d’autre moyen que d’accepter les exigences des cinq membres permanents du conseil de sécurité l’ONU plus l’Allemagne. À l’instar de la capitulation devant la résolution 598 de l’ONU pendant la guerre Iran-Irak, ou la libération des otages américains par Khomeiny sous la pression internationale.

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[1] JCOPA : Accord de Vienne sur le nucléaire iranien (Joint Comprehensive Plan of Action).

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À propos de l’auteur
Hamid Enayat

Hamid Enayat

Hamid Enayat est un analyste iranien basé en Europe. Militant des droits de l'homme et opposant au régime de son pays, il écrit sur les questions iraniennes et régionales et en faveur de la laïcité et des libertés fondamentales. Il collabore avec Media Express Press Agency.
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