Iran : le régime opère une contraction de sa politique

17 février 2021

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Photo : Iranians attend a rally marking the 42nd anniversary of the 1979 Islamic Revolution, in Tehran, Iran, Wednesday, Feb. 10, 2021. (AP Photo/Ebrahim Noroozi)/ENO108/21041410174843//2102101242
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Iran : le régime opère une contraction de sa politique

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Le régime iranien a mené une politique de contraction dans ses interactions avec l’étranger. La politique de contraction est un terme utilisé en Iran et signifie que, comme tout autre dictateur, le pouvoir du guide suprême se rapproche de la fin. Alors que ce dernier la sait inévitable, il essaie de resserrer le cercle intime du pouvoir afin de s’appuyer sur ses plus fidèles disciples.

 

On peut citer les récentes législatives en Iran le 21 février 2020 comme un exemple de resserrement de ce cercle. Les candidats de la faction dite réformiste ont été disqualifiés par le Conseil des Gardiens et exclus du scrutin. Selon l’un des candidats éliminés, cette approche dite réformiste a pourtant prolongé la vie du régime d’une vingtaine d’années.

Dans les circonstances de crise actuelle, le guide suprême est très pressé de reprendre les négociations avec les États-Unis. L’annonce par l’Iran de l’enrichissement de l’uranium à 20% et de la confiscation du navire sud-coréen ou l’attaque au missile du 15 février 2021 contre le consulat américain à Erbil, sont considérés comme des actes de désespoir dans le but de faire des négociations une priorité pour Biden. Khamenei est bien conscient que si de telles négociations ont lieu, elles se traduiront par des gains politiques pour les « réformistes » pour les six derniers mois du gouvernement Rohani. Pendant ce temps, la faction fondamentaliste, qui soutient le guide suprême, va tenter d’isoler la faction rivale hors du cercle du pouvoir lors de la prochaine présidentielle en attaquant Rohani sous le prétexte des prix élevés et du chômage.

L’énigme de la hâte du régime

La réponse à cette énigme doit être recherchée dans les deux soulèvements de masse de 2017 et de 2019 en Iran. Ce n’est qu’en tirant directement sur la jeunesse rebelle en mi-novembre 2019 que Khamenei a survécu aux révoltes qui avaient enflammé 200 villes à travers le pays. Certaines sources proches des services de renseignements iraniens affirment qu’à l’été 2020, le régime iranien s’attendait à un nouveau soulèvement. Cela aurait pu mettre fin à la dictature.

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Le coronavirus est venu en aide à la théocratie et a retardé les soulèvements en faisant des centaines de milliers de victimes dans le pays. Khamenei a interdit l’importation du vaccin contre le coronavirus, en provenance des États-Unis, de la France et de la Grande-Bretagne. Il espère que les décès dus à la Covid-19 se poursuivront, car cela paralyse la société iranienne.

 

Les exécutions ont également augmenté de manière significative. Les pendaisons hâtives et incessantes en Iran indiquent que les décès dus au coronavirus n’ont pas complètement écarté le danger de renversement du régime. D’innombrables jeunes insurgés ont formé des unités de résistance dans toutes les provinces. Leurs activités consistent notamment à brûler de grands portraits de Khamenei et de Soleimani dans différentes villes.

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La propagation des unités de résistance a sonné l’alarme pour Khamenei. Plus que quiconque, il se rend compte que les masses affamées et sans emploi seront à nouveau en mouvement tôt ou tard. Cette réalité sera le soulèvement qui mettra fin à son régime. Dans l’optique d’anticiper de tels troubles sociaux, Khamenei s’est empressé de trouver des moyens de convaincre les États-Unis de revenir à la table des négociations.


Assurer la paix dans la région


L’existence du régime iranien dépend principalement de la répression brutale dans le pays, ainsi que du terrorisme et de la belligérance à l’étranger. L’Iran détient le record mondial d’exécutions de mineurs, de femmes et d’exécutions en général par habitant. L’accord nucléaire entre l’Iran et les pays occidentaux n’a pas réussi à contenir son terrorisme ni son bellicisme dans la région.

Le 4 février 2021, le tribunal d’Anvers en Belgique a rendu son verdict de 20 ans de détention pour Assadollah Assadi, un diplomate iranien en poste en Autriche, qui a planifié un attentat à la bombe contre un important rassemblement de dizaines de milliers d’opposants iraniens en France. L’attentat a été déjoué par les autorités de plusieurs pays, ce qui a permis l’arrestation d’Assadi et de ses complices.

Changements géopolitiques

La géopolitique de la région a complètement changé depuis 2015, la date de l’accord nucléaire. L’influence de l’Iran au Liban et en Irak est largement contestée. Les forces du régime en Syrie ont été bombardées au moins 500 fois par Israël. La Russie fait pression sur l’Iran afin qu’il réduise davantage son influence en Syrie.

À présent, Israël se trouve dans un nouveau bloc créé avec les EAU et d’autres pays arabes dans sa bataille contre l’Iran. Depuis 2015, le régime a survécu à deux importants soulèvements en 2017 et en 2019. En 2019, la répression brutale des soulèvements massifs, qui a entraîné la mort de 1500 innocents, a joué un rôle déterminant dans sa survie.

Ghassem Soleimani, le numéro 2 de la théocratie, a été tué, affaiblissant davantage la présence de l’Iran dans les pays voisins. Dans le cadre d’un éventuel nouvel accord entre l’Iran et les pays occidentaux, le programme de missiles balistiques iranien et son influence régionale seront abordés, rendant un accord éventuel bien plus difficile à obtenir, voire impossible.

Pour que tout accord avec l’Iran soit couronné de succès, outre la réduction de son influence régionale et de son terrorisme, il faut que la question des droits humains et des exécutions soit abordée. La paix et la sécurité dans la région ne seront jamais atteintes si le pouvoir en Iran continue de réprimer son peuple et d’étendre son terrorisme à l’étranger.

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À propos de l’auteur
Hamid Enayat

Hamid Enayat

Hamid Enayat est un analyste iranien basé en Europe. Militant des droits de l'homme et opposant au régime de son pays, il écrit sur les questions iraniennes et régionales et en faveur de la laïcité et des libertés fondamentales. Il collabore avec Media Express Press Agency.
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