Le Château de Meslay

12 juin 2020

Temps de lecture : 7 minutes
Photo : Le Château de Meslay
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Le Château de Meslay

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Monument historique français situé à Meslay dans le Loir-et-Cher, le château de Meslay est un symbole d’une Histoire française qui a connu de grands changements. Cité dès le XIe siècle, le nom des seigneurs de Meslay sera de renommée nationale à partir du XVIIIe siècle, avec la construction du château actuel. Passé d’un puissant château fort à une demeure confortable, le chef-d’œuvre est aujourd’hui visitable, et Charles de Boisfleury nous en propose la visite historique par écrit.


 

Les seigneurs de Meslay sont mentionnés dès le milieu du XIe siècle dans les chartes de la Trinité de Vendôme et de Marmoutiers. Au XIIIe siècle, la terre de Meslay appartient aux du Quartier. Puis, au XIVe siècle, apparaît Pierre de Lespine qualifié de maître, conseiller légiste du comte Vendôme. Ainsi les familles de Lespine, de Fromentières (dont descend le propriétaire actuel) et Bodineau ont été les propriétaires successifs de ce domaine de Meslay et ce jusqu’en 1719. On sait qu’en 1579, le château de Meslay ressemblait à un manoir fortifié avec son corps de logis, ses tours et ses tourelles, des fossés en eau, un colombier et divers communs. Et René de Fromentières accueillit au château de Meslay, en novembre 1589, le jeune roi de France Henri IV du 20 au 25 novembre 1589, durant le siège de Vendôme alors aux mains de la Ligue Catholique. Le domaine de Meslay fut vendu le 10 décembre 1719 par Marie Guyonneau, veuve de Pierre Paul Bodineau, moyennant 400 000 livres à François de La Porte de Féraucourt, fermier général en 1714 et directeur en 1719 de la nouvelle Compagnie des Indes créée sous la Régence. Dans l’acte de vente, il achète « château, bâtiments, cour, jardins, 7 fermes, 600 arpents de bois, 2 moulins, rivière, 72 quartiers de prés, une tuilerie, droits seigneuriaux et féodaux … 7 fermes, 2 moulins … En 1730, Meslay se présentait comme un château fort remontant à la fin du XVe siècle et XVIe siècle installé sur une plateforme de taille moyenne reliée à une cour principale par un mur bahut et un pont en bois. Le corps de logis est pourvu de deux tours carrées au nord et de deux tourelles rondes côté est. Une terrasse est aménagée côté sud et une cour intérieure permettent d’éclairer les étages du logis. Le pont en bois du côté est permet de franchir la douve et d’atteindre la porte d’accès à la cour du logis. François de La Porte, amateur de bonne chère, est mort d’apoplexie « au cours d’un repas, le nez tombant dans son assiette sans proférer un seul mot ». Il lègue ses biens à son frère aîné, Jean-François.

 

Le Château du Meslay

 

Jean François de la Porte proche du cardinal de Fleury, principal ministre de Louis XV, est un personnage considérable : fermier général durant 50 ans, il fut doyen de la ferme et Président du Comité des caisses (représentant des milieux financiers auprès du gouvernement) un quart de siècle. À Meslay, il va faire construire, dans le cadre d’un chantier gigantesque qui dura de 1732 à 1735, le château actuel et les dépendances sur les plans de Jules-Michel Hardouin, neveu du grand Hardouin-Mansart. Il fait également déplacer le village situé alors dans des endroits marécageux près du Loir en reconstruisant à ses frais l’église et le presbytère. Jean-François de La Porte, en physiocrate éclairé et bienveillant (comme bon nombre de seigneurs au XVIIIe siècle qui s’impliquèrent dans de nouvelles formes de direction sociale) créa aussi une manufacture de cotonnades qui permettra au village de voir sa population doublée entre 1735 et 1741. Elle employait quarante-cinq métiers à tisser et produisait des cotonnades appelées « siamoises de La Porte ». Preuve de leur succès incontestable, elles étaient distribuées dès 1750 dans 4 magasins parisiens et faisaient partie des commandes régulières de la Cour à Versailles. La demeure qu’il se fait construire par sa sobriété et son élégance est caractéristique du style Régence. De plan massé, couverte d’un grand comble à la Mansart, la composition est centrée par un avant-corps de trois travées. Sur un soubassement taluté apparent à l’est, semi-enterrée à l’ouest, s’élèvent deux étages carrés et un étage mansardé. Les lignes maîtresses sont soulignées par des bandes de refends. L’accent est mis sur les baies en plein cintre du grand étage qui s’ornent de très beaux mascarons aux thèmes de l’eau et de la terre. Le château donne à l’Ouest sur une terrasse dominant le Loir : de ce côté on accède au grand étage par un élégant perron en fer à cheval.

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Pourquoi ce nouveau château ? Quand en 1732, Jean François de La Porte décide de construire un nouveau château à la place de l’ancienne forteresse, il est, par ce geste, dans la logique de beaucoup de récents propriétaires de châteaux de la Loire à l’époque : on les reconstruit, on les transforme. Il y a plusieurs exemples à commencer par Cheverny qui, dans les années 1620, est un château de style Louis XIII démoli et remplacé par le château actuel. On y trouve également Chanteloup, près d’Amboise : le premier château construit à la fin du règne de Louis XIV est transformé par Choiseul, le grand ministre de Louis XV, dans les années 1770. Il existe aussi le remarquable château, disparu, de Veretz près de Tours qu’avait fait construire le duc d’Aiguillon, également ministre de Louis XV. Enfin, dans la région, il existe également le beau et imposant château des Ormes, près de Saint-Maur de Touraine construit par un autre ministre de Louis XV, Marc-Pierre Voyer d’Argenson.

Jean-François de La Porte

Meslay correspond parfaitement à ce schéma puisque Jean François de La Porte, personnage proche du pouvoir, comme le furent Choiseul ou d’autres, devenu propriétaire de l’ancien château de Meslay en 1730 va travailler sur cinq projets de transformation de celui-ci avant de changer d’avis, de le démolir pour créer « son château ». Meslay entre donc dans ce jeu des puissants.

Le fils de Jean-François, Pierre Jean-François de La Porte marquis de Presle, choisira une carrière dans la haute magistrature, quittant le monde financier de ses pères et grand-père. Conseiller au Parlement, maître des requêtes, intendant du Bourbonnais et du Dauphiné, il finira Conseiller d’État, une des plus hautes fonctions de l’administration monarchique. Il s’allia avantageusement en 1739 à Anne Elisabeth Lefevre de Caumartin, issue d’une brillante famille proche de nombreux rois de France.

À Meslay, il paracheva l’œuvre de son père, Il fera de nombreux aménagements extérieurs, détournant le cours du Loir pour qu’il passe sous la terrasse du château, aménageant un grand « jardin des quinconces » autour du château, créant de superbes grilles du serrurier Puzin afin de fermer le bas potager. Il intensifie également la production de muriers pour la culture du ver à soie à destination des importantes soieries de Tours. Il concrétise le rêve de son père de faire de Meslay un véritable château de plaisance.

Il meurt à Meslay en 1793 et laisse un fils, Jean-Baptiste François de La Porte qui fit un mariage avantageux en épousant Anne Marie Meulan Desfontaines. Il suivra la même carrière que son père : conseiller au Parlement, intendant du Roussillon, il fut intendant du Barrois en 1790 à la suppression des intendances. Il rentra donc à Meslay où il est vite suspecté et incarcéré avec son épouse. Devant être traduit devant le tribunal révolutionnaire pendant la Terreur, leur fille âgée de 18 ans, Anne Louis Félicité, organise un remarquable et rocambolesque plan d’évasion qui leur sauvera la vie.

 

Son frère Hippolyte de La Porte, émigré pendant la Révolution devient propriétaire du domaine en 1818. À Meslay, il mène une vie de gentilhomme intellectuel à la campagne, faisant de nombreux travaux afin de rendre Meslay plus confortable et pouvoir y recevoir ses nombreux amis artistes, peintres, écrivains, (Boilly, Rivarol, Madame de Staël, Ricois, …) Il fut à l’origine de la Société Archéologique du Vendômois, participa aux travaux de nombreuses sociétés savantes, rédigeant plusieurs ouvrages, des notices pour la biographie universelle de Michaud. Il mourut en 1852.

Célibataire, il légua Meslay à sa nièce Anne Louis Charlotte qui épousa Charles-Marie de Salaberry, (1766-1847), député ultra du Loir-et-Cher de 1815 à 1830, polémiste ardent et conteur inoubliable. Leur fille Anne Louise Charlotte de Salaberry, héritière du château de Meslay, épousa Guy de Lavau, Préfet de Police sous Louis XVIII et Charles X ; il viendra vivre définitivement à Meslay à la destitution du roi en 1830.

 

Le Château du Meslay et ses dépendances

Le domaine appartient à la famille de Lavau aux XIXe et XXe siècles qui y vivront une vie plus intimiste autour de la famille et de leurs amis. Ils achètent plusieurs propriétés colonisant en quelque sorte le Vendômois de l’époque.  Guy de Lavau, le dernier des Lavau, gravement blessé à Douaumont en 1916, fut décoré de la légion d’honneur à 25 ans. Il mourra en héros en mai 1940 sur la plage de Malo les Bains lors du dramatique réembarquement des troupes alliées. Sa sœur, Anne de Lavau, qui avait épousé le comte de Blois, devint propriétaire à son tour de Meslay alors occupé par les troupes allemandes accompagnés des prisonniers russes de l’organisation Todt.

L’harmonie du château de Meslay tient à la justesse de ses proportions, à la pureté de ses formes et à l’élégance du décor sculpté. Son grand attrait tient aussi bien sûr à l’écrin que constitue son site remarquable dominant le Loir et la nature environnante. Venir à Meslay, c’est découvrir un domaine exceptionnel par sa cohérence architecturale, pour la mémoire accumulée et les témoignages encore en place qui ont su traverser les siècles.

 

Depuis 2017, le château de Meslay est classé Monument historique dans sa totalité ainsi que les façades et toitures des dépendances, et le parc.

Le propriétaire actuel (onzième génération de la famille) organise diverses manifestations avec l’Association Culturelle des Amis du Château de Meslay dont une Journée Littéraire (4e édition) le 13 septembre prochain.

 

Visite du château de Meslay du mercredi 1er juillet au 13 septembre 2020, tous les jours, sauf les lundi et mardi, de 10 h 30 à 12 h 30 et de 14 h à 18 heures. Visite libre des extérieurs : colombier, pressoir, présentation d’une collection de voitures hippomobiles familiales … et projection du film sur l’histoire du château (4 €) + visite guidée des intérieurs : cuisines sur 400 m2 avec ses objets d’origine, salons avec mobilier familial de très belle qualité, billard et présentation d’un rarissime gnomon ainsi qu’un hologramme de l’ancien château (8 €).

À propos de l’auteur
Charles de Boisfleury

Charles de Boisfleury

Président de l'association des amis du château de Meslay.
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