<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Climat et relations internationales

11 décembre 2020

Temps de lecture : 4 minutes
Photo : Cyclone (c) Pixabay
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Climat et relations internationales

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Depuis la conférence de Stockholm de 1972, qui lança l’action internationale en faveur de l’environnement, les sommets de la terre se tiennent tous les dix ans avec pour but de définir les moyens de stimuler le développement durable au niveau mondial. Le deuxième  sommet s’est tenu à Nairobi (Kenya) en 1982, le troisième à Rio de Janeiro (Brésil) en 1992, le quatrième à Johannesburg (Afrique du Sud) en 2002 et le cinquième et dernier sommet en date, appelé Rio+20, a également eu lieu à Rio de Janeiro en 2012. Le sommet de 1972 a donné naissance au programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), qui a été établi à Nairobi tandis que le sommet de 1992 a lancé la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) dont les pays signataires se rencontrent annuellement depuis 1995.

C’est le rapport à l’Académie des sciences américaine, coordonné par le professeur Jule Charney, du Massachusetts Institute of Technology, qui anticipa le premier en 1979 des changements dans la température globale de la planète pouvant atteindre plusieurs degrés si le niveau atmosphérique du CO2 et autres gaz à effet de serre (GES) doublait.

Protéger et valoriser l’environnement

Dès 1896, le Suédois Svante Arrhénius reprenant la notion d’effet de serre utilisée avant lui en 1824 par le mathématicien français Jean-Baptiste Fourier, qui avait perçu que le CO2 agissait dans l’atmosphère à la manière de parois vitrées d’une serre, met en garde sur le fait que si nous continuons à brûler avec une telle libéralité les combustibles fossiles à base de carbone, nous allons faire monter la température globale de la terre au-dessus de la normale. À cette époque, l’idée que l’action de l’homme puisse avoir un quelconque impact sur l’ensemble de la planète semble ridicule et les idées d’Arrhénius tombent dans l’oubli.

En 1979 s’était également tenue à Genève, sous les auspices de l’OMM, la première conférence mondiale sur le climat. Puis il fallut attendre 1985 la conférence de Villach sur « l’évolution et le rôle du CO2 et des autres gaz à effet de serre dans la variation climatique » pour que l’on accédât à une meilleure perception de ces phénomènes. Des mesures systématiques du CO2 comme d’autres constituants de l’atmosphère commencent en 1957 au volcan Mauna Loa situé à Hawaï et sur les côtes de l’Alaska. Elles établissent l’existence d’une tendance croissante de la concentration de CO2 dont on peut penser qu’elle est passée de 275 ppm à la fin du xixe siècle à 311 ppm en 1989. En 1956, dans un article publié par la revue Tellus, Gilbert Plass de la Johns Hopkins University faisait remarquer que le CO2 contrôle en fait le climat de la terre, que l’usage croissant des combustibles fossiles par l’homme a déjà augmenté les concentrations atmosphériques de CO2 et qu’un réchauffement du climat dû à l’effet de serre devrait s’ensuivre. 1988 vit de nouvelles avancées avec le vote par le Congrès américain du Climate change Act demandant à l’administration de faire des propositions d’ici 1989. La conférence de Toronto recommanda une réduction globale de 20 % des gaz à émissions de serre.

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Réunions mondiales et rencontres entre États

La COP 25 à Madrid en décembre 2019. SIPAUSA30193440_000012

C’est cette année, enfin, que le PNUE et l’OMM lancèrent dans une quasi-confidentialité le groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (Groupe international d’étude du climat [GIEC] – International Panel on Climatic Change [IPCC]) dont la renommée deviendra vite mondiale. Ainsi, la communauté scientifique est parvenue à convaincre les responsables politiques d’entamer des négociations visant à trouver les moyens de lutter contre les effets du changement climatique. Par étapes successives, la plus grande conférence internationale de l’histoire, mobilisant plusieurs milliers d’experts et de délégués et autant d’observateurs et de journalistes, connue sous le sigle COP (Conference of the Parties), s’est mise en marche. Il a fallu attendre novembre 1989 pour que se tiennent à Genève les journées ministérielles de la deuxième conférence mondiale sur le climat, qui réunit à Genève un demi-millier de scientifiques représentant 137 États participants. Parmi les quelque 70 chefs d’État ou de gouvernements et ministres de l’Environnement sont présents Margaret Thatcher, Michel Rocard et le roi Hussein de Jordanie. Les participants ont été unanimes à estimer que d’ici un siècle la température moyenne de la planère augmenterait de 1 à 5 °C et que le niveau des mers s’élèverait d’un à plusieurs décimètres. En conséquence, tous les participants à la conférence de Genève sont d’accord sur une nécessité absolue : on n’a pas le temps d’attendre les certitudes. Dès à présent, il faut que les pouvoirs politiques décident de réduire les émissions de gaz à effet de serre qui atteignaient alors 360 ppm contre 415 ppm en avril 2019. En effet, les gaz à effet de serre, dont le dioxyde de carbone (CO2), ont augmenté de 20 % entre 1990 et 2004 sur la planète. La NOAA mesure les émissions de gaz à effet de serre depuis 1979. Elle a d’ailleurs choisi 1990 comme base de calcul de son nouvel indice, année qui correspond à celle choisie dans le protocole de Kyoto comme jalon des futures réductions ou augmentations de ces gaz. Sans des mesures prises obligatoirement à l’échelle mondiale, les pays pensaient qu’il était impossible d’avoir une réduction de ces gaz. D’où l’idée d’une convention générale réglementant de nombreuses activités – qui est déjà en discussion et qui espère-t-on pourrait être conclue en 1992 au Brésil.

Les conventions et les rencontres n’ont cessé de se multiplier depuis les années 1990, comme la conférence de Paris en 2015. Si des mesures coercitives sont adoptées, elles ne font pas l’unanimité parmi tous les États. Toutes les prévisions catastrophistes des années 1980-1990 ne se sont pas révélées effectives et des solutions technologiques innovantes ont pu permettre de limiter l’exploitation des ressources naturelles. Il n’en demeure pas moins que les questions climatiques demeurent au centre des relations internationales.

À propos de l’auteur
Eugène Berg

Eugène Berg

Eugène Berg est diplomate et essayiste. Il a été ambassadeur de France aux îles Fidji et dans le Pacifique et il a occupé de nombreuses représentations diplomatiques.
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