Covid-19 : Rapport du Congrès américain sur les origines de l’épidémie

12 septembre 2021

Temps de lecture : 10 minutes
Photo : Covid-19 : des élus républicains au Congrès rendent un document soutenant la thèse de la fuite d’un laboratoire. Crédit photo : Unsplash
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Covid-19 : Rapport du Congrès américain sur les origines de l’épidémie

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C’est un document assez accusateur qui a été remis en août par les élus républicains de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des Représentants des États-Unis (Committee Minority Staff). Membres de la minorité au Congrès et menés par l’élu texan Michael McCaul, les parlementaires ont signé un addendum de 84 pages à leur précédent rapport de septembre 2020 sur le Covid-19, où ils soutiennent sans ambigüité l’hypothèse d’une fuite accidentelle du virus depuis un laboratoire de Wuhan. Synthèse.

Faisant valoir la volonté du président Joe Biden et leur propre « devoir devant le peuple américain », les auteurs ont enquêté sur les origines de la pandémie, grâce à la découverte de « nouvelles informations » ces derniers mois. De fait, le texte est assez largement documenté. Dès l’introduction est évoquée la « prépondérance des indices » allant dans le sens d’une fuite antérieure au 12 septembre 2019, bien avant que l’épidémie ait fait parler d’elle. Pour eux, « il faut croire que le Parti communiste chinois et son secrétaire général Xi [Jinping] font passer la préservation du parti avant la vie de leur propre peuple et de tous ceux qui, à travers le monde, souffrent des effets de la pandémie de Covid-19 ».

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La ville chinoise de Wuhan, qui compte 11,1 millions d’habitants, héberge l’Institut de Virologie de Wuhan (IVW), administré par l’Académie chinoise des sciences et comptant dans ses rangs un important comité du Parti communiste chinois (PCC). Le docteur Shi Zheng-li, directrice de plusieurs départements de l’Institut, y mène depuis des années, avec son équipe, des recherches de gain de fonction sur les coronavirus[1], c’est-à-dire des recherches consistant à modifier l’information génétique de ces virus pour en altérer les fonctions biologiques en termes de pathogénicité et contagiosité. Dès juin 2019, George Gao, directeur du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies, alertait, « quasi prophétique », dans Biosafety and Health, sur le risque de mutations incontrôlées qui pourraient en résulter et sur le danger d’un accroissement de la capacité des coronavirus à infecter des cellules humaines. Il fut suivi en cela, au mois de septembre, par Yuan Zhiming, directeur du laboratoire de l’IVW où ces recherches étaient conduites.

Les auteurs de l’addendum relèvent de même que, dans les mois précédents, des travaux de maintenance ont été effectués dans l’un des laboratoires de l’IVW tandis que le système de traitement des déchets toxiques faisait l’objet de rénovations alors qu’il datait de moins de deux ans et que l’IVW se dotait d’un nouveau système de désinfection de l’air, autant de coïncidences qui suggèrent des dysfonctionnements inquiétants à quelques mois du début de la pandémie. La date du 12 septembre retient également l’attention des élus, qui signalent que ce jour-là, entre 2 et 3 heures du matin, la base de données des échantillons et séquences de virus, jusqu’alors accessible au public, fut mise hors ligne, ce pour quoi « aucune explication cohérente » n’aurait pour l’heure été donnée.

De plus, s’il est officiel que le Major Général Chen Wei, spécialiste des armes biologiques et chimiques de l’Armée Populaire de Libération (APL), a pris la tête du laboratoire en janvier 2020, lorsque l’épidémie s’est déclarée, cet avènement remonterait en réalité à la fin de l’année 2019, d’après un « ancien responsable américain ». Interrogée sur le sujet, le docteur Shi a parlé de « rumeurs » et d’« information inexacte » alors que les liens de l’IVW avec des chercheurs de l’APL étaient anciens et de notoriété publique, les noms de certains d’entre eux étant accessibles sur la version anglophone du site de l’IVW. Cette incohérence entre en résonnance avec des images satellitaires de Wuhan qui montrent que, sur 6 hôpitaux de la ville, 5 ont vu aux mois de septembre et octobre 2019 leurs parkings plus remplis qu’à quelque autre moment de l’année. Dans le même temps, le moteur de recherche chinois Baidu connaissait une forte hausse des recherches des mots « toussements » et « diarrhée », identifiés plus tard comme des symptômes du Covid-19.

Pour les parlementaires, il est donc « raisonnable de conclure » que, début septembre, un ou plusieurs chercheurs de l’IVW ont contracté le SARS-CoV-2 au laboratoire et l’ont diffusé dans la ville à travers les métros et bus qui desservent l’Institut, hypothèse d’autant plus logique que les manipulations génétiques à l’œuvre dans les laboratoires visaient, écrivent-ils, à en renforcer la contagiosité pour l’homme. Cette diffusion aurait eu lieu au pire moment. En effet, à partir du 18 octobre 2019, Wuhan n’accueillait pas moins de 9 308 athlètes de 109 pays à l’occasion des septièmes Jeux mondiaux militaires d’été. L’un d’entre eux, venu du Luxembourg, raconte être arrivé dans une « ville fantôme », « confinée », et que sa température a été prise lorsqu’il est arrivé à l’aéroport. Dans leur vol de retour, 60 athlètes canadiens ont fait l’objet d’une isolation à l’arrière de l’avion, pour des symptômes de « toussements et diarrhée ». De fait, quatre des pays ayant envoyé des délégations sportives à Wuhan, à savoir l’Italie, le Brésil, la Suède et la France, ont relevé des cas sur leur sol dès novembre ou décembre 2019, avant que l’épidémie ne soit connue. Localisés sur différents continents, sans doute ces cas ont-ils la même source : il pourrait bien s’agir de ces jeux.

Toutefois, si les élus qualifient cette piste de « complètement plausible », celle-ci reste, pour eux, une hypothèse : ils ne prétendent pas être à coup sûr arrivés à la vérité.

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« De nombreux indices » suggèrent, à lire l’addendum, que les chercheurs de l’IVW s’adonnaient à des recherches en gain de fonction, visant à rendre un pathogène plus susceptible de déclencher une maladie, sur des coronavirus. Il se serait agi de créer, à partir d’éléments d’autres virus, des « virus chimères » à même d’infecter le système immunitaire humain, autant de recherches qualifiées par les auteurs de « dangereuses » et effectuées dans des conditions de sécurité du même ordre que celles d’un « cabinet de dentiste ».

Le document revient sur les travaux effectués en commun par le docteur Shi et Peter Daszak, spécialiste américain des zoonoses, des transmissions de maladies entre animaux et humains. De 2005 à 2019, les deux scientifiques ont cosigné de nombreux articles et ont découvert plus de 500 types de coronavirus à l’occasion d’expéditions dans des grottes où se terrent des chauves-souris. En 2007, ils écrivaient que l’un des « virus chimères » élaborés à l’issue de ces expériences était en mesure d’infecter des cellules et tissus humains à travers le récepteur ACE2, « une protéine se trouvant sur la surface des cellules et tissus du corps humain, notamment dans la bouche, le nez et les poumons ». Par modification artificielle, un coronavirus proche du futur SARS-CoV-2 avait finalement acquis la capacité d’infecter l’homme. Des expériences ultérieures de Shi Zhengli et de Peter Daszak prouvèrent que les coronavirus de chauves-souris pouvaient infecter l’homme directement, sans besoin d’un hôte intermédiaire. En 2016, les deux expliquaient travailler à la préparation à des épidémies non plus par la surveillance des maladies, mais par la création de virus chimères, ce que des scientifiques de l’IVW ont par la suite confirmé à l’OMS. Ainsi, pour le Committee Minority Staff, il « va de soi » qu’un travail de manipulation génétique de coronavirus et d’examen de leurs conséquences sur le système immunitaire humain était mené par les chercheurs de l’IVW, soutenus et financés par Peter Daszak, en 2018 et 2019.

Les auteurs expliquent par ailleurs que leurs entretiens avec des scientifiques et des responsables et anciens responsables politiques américains ont mis en évidence des caractéristiques particulières du SARS-CoV-2, à savoir son caractère particulièrement contagieux (autant que la rougeole), l’absence d’un porteur intermédiaire clair entre la chauve-souris et l’homme, et sa capacité à s’accommoder de l’ACE2 humain. En effet, à titre de comparaison, le MERS, apparu en 2012, n’a infecté que 4 000 personnes et le SRAS, qui s’est manifesté en 2002, 10 000. D’après une étude américaine parue en février 2020, le SARS-Cov-2 se lierait 10 fois mieux à l’ACE2 humain que le virus du SRAS, conclusion corroborée par des chercheurs australiens et britanniques le 24 juin 2021 dans Scientific Reports, qui relevaient une « affinité extrêmement et étonnamment haute » pour l’ACE2 humain, suggérant que l’origine de l’épidémie ne relèverait pas de la zoonose. Ces derniers évoquaient des données qui « indiquent que le SARS-CoV-2 est remarquablement adapté à l’infection de l’homme » et soulignaient que cela soulevait des interrogations : « son apparition est-elle le fruit d’une coïncidence naturelle rare ou a-t-il d’autres origines ? ».

L’addendum souligne également la présence d’un « Furin Cleavage Site » dans le SARS-CoV-2, un enzyme favorisant la contagiosité d’un virus chez l’humain et qui n’apparaît dans aucun des virus apparentés à celui-ci. Sans l’affirmer eux-mêmes, les représentants se font l’écho du signe de manipulation génétique qu’y voient « certains ».

À l’encontre des personnes qui pointent du doigt l’absence de preuve de manipulation génétique, ils mettent en avant des travaux de chercheurs de l’IVW ou ayant travaillé avec cet établissement, qui soulignaient non seulement que les virus ayant fait l’objet de clonage moléculaire ne pouvaient être distingués des autres, mais aussi que de tels virus faisaient bel et bien l’objet de telles modifications dans l’Institut dans les années qui ont précédé la pandémie. Cependant, si les auteurs concluent qu’une modification génétique est une « hypothèse valable », ils mentionnent par deux fois un virus qui serait « soit » d’origine naturelle « soit » modifié génétiquement : la possibilité d’un Covid-19 qui ne résulterait pas d’activités humaines n’est, pour eux, pas à exclure.

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Dissimuler la fuite

Dans leur premier rapport, les représentants avaient, rappellent-ils, mis en évidence les indices selon lesquels le PCC et l’OMS avaient cherché à dissimuler la fuite. Le PCC aurait, en effet, détenu des docteurs pour les empêcher de parler. Ils affirment, ici, avoir collecté des « indices supplémentaires » selon lesquels cette dissimulation aurait été entretenue par des scientifiques du WIV et le docteur américain Peter Daszak. Les autorités auraient menti sur la nature des recherches effectuées en ce lieu, ainsi que sur les insuffisances des protocoles de sécurité.

Le Committee Minority Staff rappelle que, en avril 2012, après que des mineurs de la région du Yunnan tombent malades, les chercheurs de l’IVW ont ouvert l’enquête à partir d’échantillons prélevés sur eux et, par la suite, dans la mine où ils sont retournés chaque année. Une coïncidence de date a éveillé l’attention des parlementaires : le 20 janvier 2020 a vu à la fois le docteur Shi et ses collègues remettre leur article intitulé « A pneumonia outbreak associated with a new coronavirus of probably bat origin » à la revue Nature et la commission nationale de la santé du Parti communiste chinois confirmer publiquement que le virus pouvait se transmettre d’homme à homme. Ils qualifient de « très improbable » que l’article ait été écrit le jour même de son envoi à la revue, et soutiennent donc que les auteurs de celui-ci connaissaient en fait déjà depuis des jours, voire des semaines, la contagiosité du virus pour l’homme, et n’ont pas alerté le monde pour autant.

Autres signes d’une volonté de dissimuler selon les parlementaires, l’interdiction d’accès à la grotte du Yunnan où le virus RaTG13 a été prélevé la première fois, en 2013. Des journalistes de BBC News ont tenté d’y entrer en décembre 2020, mais en ont été empêchés par des policiers. Une vidéo de l’émission française Envoyé Spécial montre des villageois riverains de la mine expliquer que plusieurs d’entre eux avaient été arrêtés pour s’être par trop approchés de celle-ci, et qu’elle était fermée et pleine de caméras de surveillance. Le RaTG13 est en effet, selon un rapport rendu en mars 2020 par des chercheurs australiens, britanniques et américains, le parent le plus proche connu du SARS-CoV2, lui étant identique à 96% : la seule différence tient à son affinité avec l’ACE2 humain. Cet élément en particulier aurait pu faire l’objet de modifications génétiques, donnant lieu au SARS-CoV2. Mention est faite, capture d’écran à l’appui[2], d’e-mails de Kristian G. Andersen, scientifique, au docteur Anthony Fauci, directeur de l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses (NIAID) des États-Unis le 31 janvier 2020, où le premier soutenait que le génome allait « à l’encontre des schémas de la théorie de l’évolution ». Andersen cessa par la suite de soutenir cette thèse : le rapport évoque une visioconférence avec Fauci et d’autres le lendemain, à la suite de laquelle Anderson [sic] aurait pris cette décision.

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Sont également pointés du doigt les « censeurs du PCC et chercheurs de l’IVW » pour leur attitude de suppression de tout élément des recherches sur les coronavirus qui pourrait être relié aux origines de la pandémie. Le docteur Shi a soutenu que l’idée selon laquelle l’armée chinoise aurait pris le contrôle du laboratoire de Wuhan relève de la « rumeur », et que les échantillons de recherche seraient accessibles en toute transparence. L’addendum contredit ces deux affirmations, soulignant que, au vu du nombre de travaux de recherche anciens tenus secrets et les activités militaires à l’IVW, il est « évident » que l’ensemble des travaux n’ont pas été révélés. Peter Daszak lui-même a contredit son ex-collègue dans une interview à Nature où il parlait de « données » qui « n’ont pas encore été publiées ».

C’est ensuite à l’appui d’un document interne à l’OMS et d’interviews dans la presse que les représentants mettent l’accent sur le travail de dissimulation du PCC. En effet, le peu d’efforts consentis par la République Populaire de Chine en vue de déterminer les origines de la pandémie pose question quand on sait les moyens accordés par le pays à la recherche sur les coronavirus les années précédentes. De plus, des pressions semblent avoir été exercées sur des docteurs interviewés qui se seraient rétractés juste avant la parution des entretiens. Pire : le régime est dénoncé pour sa « campagne de désinformation soutenue », à l’instar des tweets de Lijian Zhao, haut fonctionnaire du ministère chinois des Affaires étrangères qui a partagé en mars 2020 un article accusant l’armée américaine d’avoir porté le virus en Chine, article issu de Global Times, site pro-Poutine notoire.

Peter Daszak serait la partie visible de l’iceberg de cette campagne de désinformation, lui qui publia le 19 février 2020 dans le Lancet une condamnation des « théories du complot selon lesquelles le Covid-19 serait d’une origine non naturelle », texte pour lequel il se serait efforcé d’obtenir la cosignature de nombreux scientifiques. Une première version de ce texte, non publiée finalement, statuait : « pour l’heure, les experts jugent que les données connues sur le génome sont cohérentes avec la théorie de l’évolution, et il n’y a aujourd’hui pas d’indice qui suggérerait une modification visant à rendre le virus plus contagieux chez l’homme ». Pourquoi cette phrase a-t-elle été retirée par les présidents des United States National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine ? La question est posée par les parlementaires. De fait, 15 mois plus tard, en juin 2021, lesdits présidents publient une nouvelle déclaration en ligne, « Let Scientific Evidence Determine Origins of SARS-CoV-2, Urge Presidents of the National Academies », où il est question de « scénarios » allant de « débordements zoonotiques (lorsqu’un virus passe de porteurs animaux en porteurs humains) à ceux en lien avec un travail de laboratoire ». Le mois suivant, Daszak parle de la nécessité de se référer « à la science, non à la spéculation pour déterminer comment le SARS-CoV-2 a atteint l’homme » dans une déclaration cosignée par 24 des 27 auteurs du précédent article, ce que les parlementaires qualifient de « reculade majeure » par rapport à la qualification de « théorie du complot » donnée précédemment à de telles interrogations.

Les élus républicains de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des Représentants concluent leur addendum par l’expression de leur « avis » selon lequel le SARS-CoV-2, modifié par l’homme ou non, mais collecté dans une grotte de la province du Yunnan, a été « libéré » de l’Institut de Virologie de Wuhan avant le 12 septembre 2019, du fait du peu d’attention prêtée à bien des paramètres à prendre en compte lorsqu’on effectue des recherches de gain de fonction sur des virus. Le virus se serait diffusé dans la ville par ses réseaux de transports et, de là, dans le monde entier, du fait des jeux mondiaux militaires qui s’y tenaient. Les parlementaires appellent, outre à des « sanctions », à la convocation de Peter Daszak devant le Congrès et à « l’ouverture de négociations internationales » pour l’élaboration de standards de sécurité dans les laboratoires, similaire à l’AIEA pour l’énergie atomique, et se dit prêt à écouter tout témoignage qui viendrait le contredire. Toujours est-il que les États-Unis doivent, disent-ils, prendre les mesures nécessaires pour « empêcher que les méfaits du PCC donnent lieu à l’ascension d’une troisième pandémie au XXIesiècle ». Le ton est donné.

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[1] Pour rappel, « coronavirus » est un terme générique se rapportant à l’ensemble de la famille des coronavirus, dont le SARS-CoV-2 n’est que l’un des représentants.

[2] L’e-mail en question a été dévoilé par le site Buzzfeed News.

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