<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Comprendre notre faiblesse

7 juillet 2020

Temps de lecture : 3 minutes
Photo : Masque de protection avec des billets de banque © RAPHAEL BLOCH/SIPA/2005091427
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Comprendre notre faiblesse

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La crise du coronavirus aura eu le mérite de mettre en lumière de nombreuses fragilités françaises, d’ordre politique, sanitaire ou économique. Ces fragilités épisodiques ne font qu’illustrer l’état de faiblesse structurelle du pays.


Sans doute les failles les plus spectaculaires révélées par la pandémie de Covid-19 se concentrent-elles en France sur la question géoéconomique, largement délaissée malgré la fréquence et la stridence des alertes depuis quarante ans : changements de propriété ou de direction, fermetures, délocalisations d’entreprises. Question délaissée, ou tout simplement mal comprise, aujourd’hui encore. Car il ne suffit pas de décréter par le haut le rapatriement des entreprises stratégiques pour que s’enclenche dans les secteurs vitaux le nécessaire processus de revitalisation industrielle, et pour ainsi dire le recouvrement de notre indépendance. Il est de surcroît présomptueux d’appeler de ses vœux aux relocalisations lorsque, enferré dans un douillet confort de pensée, on se refuse à analyser avec lucidité les causes profondes des délocalisations.

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L’absence de remise en cause du système

Dans Ascension et déclin des nations, ouvrage trop méconnu paru en 1982, l’économiste Mancur Olson impute au degré plus ou moins prononcé de rigidité des institutions les différences de performances enregistrées par les nations depuis la fin du second conflit mondial. Or les guerres, explique Olson, constituent des éléments déclencheurs favorables à la remise en cause de ce phénomène lent et longtemps imperceptible qu’est la rigidification. Son livre est à lire en urgence, tandis que l’accumulation des rigidités et des dysfonctionnements explique en large part la paralysie de la France de 2020 face à la crise sanitaire requalifiée en « guerre ».

Les causes du déclin français

S’il est impossible de développer ici les innombrables causes du déclin stratégico-économique français, énumérons-les au moins. Pêle-mêle, évoquons l’absence de transition douce que commandait pourtant la mutation démographique marquée par un vieillissement de la population et une chute de la fécondité (recul de l’âge légal de départ à la retraite, introduction de fonds de pension, choix de l’immigration selon les qualifications…). Évoquons aussi la progressive transformation de l’assurance sociale en un système d’assistance, qu’attestent en particulier le déplafonnement des cotisations sociales amorcé à la fin des années 1960 puis le plafonnement des aides, mises sous conditions de ressources. Songeons également à l’envolée incontrôlée de la fiscalité, avec des prélèvements toujours plus lourds, toujours plus concentrés sur la fraction la plus entreprenante et la plus dynamique du corps social, et pour beaucoup irréversibles sans une bonne dose de courage politique et des convictions solides. Ajoutons encore l’excès de lois et de réglementations en tout genre. Il en va ainsi, pour ne prendre que le seul exemple du marché du travail, des augmentations irréfléchies du salaire minimum et de l’application inflexible des 35 heures hebdomadaires…

La tentation de la relocalisation

Comment dans ces conditions feindre l’étonnement devant notre déclassement ? Les étatistes de droite et de gauche ont tour à tour ajouté les ingrédients de ce cocktail détonant : punissant à grande échelle les épargnants et les acteurs de l’économie, ils ont empilé les conditions de financement les plus coûteuses pour l’économie et pour l’État, lequel ne se nourrit jamais que de l’économie. Tous ont créé un climat de défiance dont le tribut, loin d’être seulement sanitaire, n’a pas fini d’être payé. Certes, les situations de crise peuvent aider à entreprendre en une fois les réformes radicales qui n’ont pu l’être de manière graduelle les quarante dernières années.

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Mais il est sérieusement à craindre, ne serait-ce que par peur de bousculer les situations établies, que les appels à la restructuration soient peu suivis d’effets. Tant de signes nous le montrent déjà, à commencer par cette phrase, a priori anodine, prononcée par Jacqueline Gourault, ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales, devant la commission des finances du Sénat le 6 mai dernier à propos de la fiscalité de production, qui en France représente 3,2 % du PIB (deux fois plus que la moyenne de l’Union européenne, huit fois plus que l’Allemagne) : « Les impôts économiques locaux ne sont peut-être pas aussi nocifs que cela pour la compétitivité des entreprises installées dans ce pays. » Vous avez dit « relocalisations » ?

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À propos de l’auteur
Victor Fouquet

Victor Fouquet

Doctorant en droit fiscal. Chargé d’enseignement à Paris I Panthéon-Sorbonne. Il travaille sur la fiscalité et les politiques fiscales en France et en Europe.
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