<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Aviation : incontournable sujet de défense. Éditorial du hors-série n°11

15 octobre 2020

Temps de lecture : 3 minutes
Photo : Mirage-III-E-AS37-Martel. (c) Philippe Wodka-Gallien
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Aviation : incontournable sujet de défense. Éditorial du hors-série n°11

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En un siècle, l’avion est passé du stade de rêve fou à celui de machine hautement technologique indispensable dans toutes les formes de projection, que ce soit pour le transport des troupes et du matériel que pour la reconnaissance, le renseignement et l’attaque. Des aéronefs de plus en plus complexes et techniques, donc de plus en plus coûteux, qui nécessitent de plus grandes aptitudes au combat. Aujourd’hui, les drones, les satellites et les évolutions de la balistique transforment encore le champ de l’avion.

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Comme toute arme, son usage résulte d’une pensée de défense et d’une stratégie de puissance ; à l’échelle nationale bien sûr, à l’échelle continentale également. Le continent européen ne manque pas d’atouts : des entreprises industrielles nombreuses, variées et performantes, dont Airbus et Dassault sont un des exemples ; une antériorité historique qui lui donne une culture de l’avion puisque c’est sur son sol qu’il est né et que ce sont développées les premières industries aéronavales.

Atouts et faiblesses de l’Europe

L’Europe a des atouts et, comme toujours, des limitations. D’abord, la confusion habituelle entre Europe et Union européenne qui brouille la réflexion et le débat. Ensuite, des visions politiques et des intérêts différents, qui peuvent parfois converger, souvent diverger. Quand on parle « d’Europe de la défense » qu’entend-on par cette expression lorsqu’on se trouve à Londres, Paris ou Varsovie ? Une annexe militaire de la politique de Bruxelles ? Une alliance des pays d’Europe face à un ennemi commun ? Une association des armées ou bien une seule et unique armée continentale ?

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Définir une Europe de la défense suppose de dire contre qui on dirige cette armée. Maintenant que l’URSS a disparu, il faut redéfinir l’ennemi ; cela ne pourra se limiter à une vague « lutte contre le terrorisme » qui masque la réalité du phénomène et empêche de penser la dangerosité du monde. Derrière l’Europe de la défense, il y a l’impensé de l’OTAN. Là aussi, chaque pays voit l’Alliance avec ses yeux et ses intérêts soupesés. La France est l’un des rares pays à s’en tenir à distance respectueuse et méfiante. En Europe de l’Est, l’OTAN est appréciée et vue notamment comme un moyen de se payer une défense à moindres coûts. À Washington, la position des Européens agace et irrite, quelle que soit l’administration au pouvoir. Là aussi, c’est une question de regards et d’intérêts. Nous en revenons au basique de la géopolitique : se mettre à la place des autres et voir le monde tel qu’eux le voient.

État des lieux et prospective

Ce hors-série se veut un état des lieux de l’armée de l’air et de la politique de défense en Europe aujourd’hui et une projection dans ce qu’elle pourrait être à l’horizon 2040. On ne peut parler de l’Europe sans regarder nos alliés et nos concurrents, ainsi que ce qui se fait ailleurs dans le monde. D’où des articles sur les États-Unis, la Russie et la Chine, d’où la présence également d’auteurs étrangers pour bénéficier de leurs analyses et de leurs regards, différents du nôtre et donc toujours stimulants. L’arrivée de l’avion comme outil militaire dans les années 1910 avait transformé la façon de faire la guerre et avait exigé des révisions juridiques et éthiques de l’art militaire. Le concert des nations avait dû repenser le monde des relations internationales et de la pratique militaire à l’aune de cette transformation militaire. Un siècle après, il y a autant à faire en matière de pensée juridique et de normes éthiques. La balistique intercontinentale, l’usage des drones, la capacité surdimensionnée du feu aérien obligent à actualiser et à adapter les normes internationales et à ajuster un concert des nations qui se retrouve fragilisé.

Associer les forces de la réflexion.

Ce travail de prospective et d’analyse, pour être fécond et toucher juste, doit se faire avec l’ensemble des acteurs du secteur : les industriels, les militaires, les géopoliticiens, les juristes. C’est ce que nous avons essayé de faire dans ce numéro en réunissant des profils différents, chacun apportant une pierre à l’édifice de la réflexion. Les sujets militaires sont toujours soumis à une suspicion et à un devoir de réserve et de loyauté qui empêche parfois les acteurs concernés de s’exprimer librement. Si l’on peut comprendre la nécessité parfois réelle de la réserve et de la retenue, il est toutefois essentiel de permettre à ceux qui savent et qui ont des choses intéressantes à dire pour avancer correctement de pouvoir s’exprimer. Cette libre réflexion intellectuelle est le gage d’un avenir bien pensé

À propos de l’auteur
Jean-Baptiste Noé

Jean-Baptiste Noé

Docteur en histoire économique (Sorbonne-Université), professeur de géopolitique et d'économie politique à l'Université catholique de l'Ouest (Angers) et à l'Institut Albert le Grand (Lyon). Rédacteur en chef de Conflits.
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