Livre – L’Âge global. L’Europe, de 1950 à nos jours

24 mars 2020

Temps de lecture : 3 minutes

Photo : Le port du Havre : un symbole de la mondialisation, elle-même expression d'une nouvelle ère de l'histoire européenne, Auteurs : PATRICK LEVEQUE/SIPA, Numéro de reportage : 00938023_000004.

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Livre – L’Âge global. L’Europe, de 1950 à nos jours

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L’issue de la Seconde Guerre mondiale marque la naissance d’une nouvelle époque pour l’Europe : entre l’intensification de la mondialisation, les antagonismes liés à la guerre froide, l’éclosion de l’ère de l’information et de la communication puis les enjeux attachés au développement du terrorisme et, enfin, la remise en cause d’un certain ordre international par ce que certains nomment les « populismes », l’histoire contemporaine européenne a considérablement évolué, ce qui la rend aussi complexe qu’attrayante.  

 

Dans ce dernier ouvrage, Ian Kershaw, auteur d’une monumentale biographie de Hitler (Flammarion, 2000 et 2001), poursuit son œuvre d’histoire globale de l’Europe, après avoir publié également au Seuil : Choix fatidiques. Dix décisions qui ont changé le monde (2009, « Points Histoire », 2012), La Fin, Allemagne 1944-1945 (2012, « Points Histoire », 2014), et L’Europe en enfer, 1914-1949 (2016, « Points Histoire », 2018). Cette fois-ci, c’est notre époque, celle des années 1950 à 2018 qui apportèrent la paix et une prospérité relative à la majeure partie de l’Europe, qu’il décrit. Après 1945, l’Europe s’est retrouvée très vite divisée, mais en fait ce processus s’est achevé avec le coup de Prague de février 1948. Elle a vécu sous une menace nucléaire, à compter des années 1950, qui prit parfois des contours terrifiants avec les crises successives de Berlin (blocus, crise de 1958, construction du Mur le 12 août 1961…). Pourtant, d’immenses progrès économiques ont transformé le continent. Mais l’Europe, en plus d’avoir perdu son unité, au moins formelle, a perdu surtout la maîtrise de son destin, dicté par la guerre froide qui opposait les États-Unis et l’URSS. Son histoire diplomatique a donc épousé les fluctuations des rapports entre ces deux Grands de la crise des missiles de Cuba, en octobre 1962, l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’Armée rouge en août 1968, les révoltes subversives en Pologne (1970, 1980) avant qu’on en arrivât, grâce à la volonté d’un homme, Mikhaël Gorbatchev, l’action d’un autre, le pape polonais Jean-Paul II, mais aussi et principalement les pressions populaires, dont Solidarnosc en Pologne fut la pointe aiguisée, au nouveau « printemps des peuples « de 1989, dont la chute du Mur de Berlin, le 9 novembre 1989, représenta le symbole le plus éclatant.

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Depuis ces événements séminaux, nous avons assisté à une accélération de l’histoire : dissolution du bloc soviétique, disparition des dictatures, réunification de l’Allemagne, progrès de l’unification européenne marquée par le Traité de Maastricht de février 1992 et l’instauration de l’euro à compter du 1er janvier 1999. Cependant l’accélération de la mondialisation, la dérégulation financière, la naissance d’un monde multipolaire et la révolution des technologies de l’information ont produit de nouvelles fragilités. L’enchevêtrement de crises qui ont suivi 2008 a été l’avertissement le plus clair adressé aux Européens : la paix et la stabilité ne sont aucunement garanties et le continent pourrait bien connaître de nouvelles fractures. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère d’incertitudes marquées par le dérèglement climatique, la menace terroriste islamique, les pressions migratoires, auxquelles se sont ajoutées les cirant puissants de l‘euroscepticisme et les attaques répétées de Donald Trump contre l’édifice soi-disant protectionnisme du Vieux continent. D’une plume alerte, appuyée sur une solide érudition, Ian Kershaw brosse un ample tableau du monde dans lequel nous vivons. Puisant ses exemples à travers tout le continent, il en dresse un tableau complet scrutant ses évolutions sociales et culturelles, pesant ses succès économiques, en replaçant la géopolitique de l’Europe dans le contexte mondial. Les dernières pages de son ouvrage décrivant les années de crise et d’incertitudes, relèvent parfois plus de l’esprit partisan que de l’œuvre historique, comme sur l’agression russe, le Brexit ou le jugement qu’il porte au final sur l’Union européenne, dont, écrit-il, rien ne garantira qu’elle subsistera à long terme. Nous le savons bien dans les années à venir, comme il conclut, l’Union devra faire face à de nombreux défis, intérieurs et extérieurs. Elle doit se renforcer pour les affronter et y répondre : n’est-ce pas ce que Winston Churchill déclarait déjà en septembre 1946 ?

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À propos de l’auteur
Eugène Berg

Eugène Berg

Eugène Berg est diplomate et essayiste. Il a été ambassadeur de France aux îles Fidji et dans le Pacifique et il a occupé de nombreuses représentations diplomatiques.

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