Conflit au Haut-Karabagh : le point de vue de l’Azerbaïdjan

8 octobre 2020

Temps de lecture : 4 minutes
Photo : ARMENIA - OCTOBER 6, 2020: Volunteers and mobilized military personnel stand by a bus ahead of being deployed to the front line. Sergei Bobylev/TASS/Sipa USA/31023810/MB/2010061150
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Conflit au Haut-Karabagh : le point de vue de l’Azerbaïdjan

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Pour comprendre le conflit au Haut-Karabagh il est essentiel de connaître la position de chacune des parties, celle de l’Arménie comme celle de l’Azerbaïdjan. L’ambassade d’Azerbaïdjan en France a organisé une conférence de presse le 6 octobre 2020.  Conflits y était présent afin d’écouter le point de vue de Bakou. Nous rapportons ici des propos de l’ambassadeur et son analyse.  

 

Propos recueillis par Étienne de Floirac.

Ce mardi 6 octobre 2020, l’Ambassadeur de la République d’Azerbaïdjan en France, Rahman Mustafayev, donnait une conférence de presse pour passer au crible la situation actuelle dans le Haut-Karabakh. « Ce qui se passe aujourd’hui, c’est la guerre », a-t-il dit d’entrée de jeu avant de dresser le diagnostic politique et militaire de ces dix jours d’un conflit qui oppose l’armée azérie aux troupes de la République autoproclamée d’Artsakh soutenue par l’Arménie. L’Azerbaïdjan considérant les populations du Haut-Karabakh comme des séparatistes à réintégrer dans son giron.

 

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Remise en perspective du conflit

 

L’Ambassadeur a tenu à commencer son propos en remettant les événements récents dans leur contexte. Pour l’Azerbaïdjan le début des hostilités, le 27 septembre dernier, n’est qu’une réaction de légitime défense face aux provocations successives de l’Arménie qui ont progressivement fait déborder le vase de sa traditionnelle retenue. Entendre d’une part l’arrivée au pouvoir du Président arménien Pashinyan en 2018 et la dialectique agressive qu’il a déployée dès son avènement, et d’autre part les affrontements militaires de juillet 2020.

En effet, en août 2019, le gouvernement de Pashinyan publiait ses principes de la sécurité nationale mettant en exergue la confortation des résultats de la guerre de 1994. Celle-ci, dont l’Arménie était sortie grand vainqueur, avait conduit à la sécession du Haut-Karabakh et de toute une zone tampon qui l’entoure amputant ainsi largement le territoire national azerbaïdjanais. La publication de ces principes est perçue à Bakou comme la mise au rancart du dialogue orchestré par la communauté internationale et une véritable déclaration de guerre qui procède d’une rupture des relations diplomatiques.

En outre, l’armée arménienne aurait fait preuve d’un vandalisme à la limite de la bestialité lors des affrontements de l’été dernier. En visant des villes géostratégiques comme Tovuz, par laquelle passent les principales infrastructures de transport reliant la mer Caspienne à la mer Noire en passant par la Géorgie et la Turquie, ou encore comme Mingəçevir, plateforme primordiale pour la distribution d’eau en Azerbaïdjan, l’Arménie menaçait la survie même de la nation et son bellicisme ne pouvait rester sans réponse.

L’armée azerbaïdjanaise fait florès sur le terrain

 

Aujourd’hui, les troupes régulières azéries gagnent partout du terrain et tout particulièrement dans la région du Jabrayil à la frontière avec l’Iran dont 80% du territoire aurait déjà été reconquis. Les séparatistes auraient quant à eux subi des pertes considérables atteignant les 2 000 morts (contre 250 déclarés par Erevan). Les soldats azerbaïdjanais, dont l’Ambassadeur vante le courage, peuvent se targuer d’avoir démantelé un système de défense réputé imparable et développé depuis 30 ans pour contenir toute attaque militaire. Pas de mystère à ces succès opérationnels : ils s’expliquent par des équipements russes et israéliens dernière génération ainsi que par les manœuvres de grande envergure menées conjointement avec l’armée turque de fin juillet à début septembre 2020 à la frontière avec le Karabakh.

 

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Deuxième manifestation de l’ascendant militaire azerbaïdjanais, les réactions disproportionnées de l’armée arménienne qui bombarde depuis quelques jours des cibles souvent civiles très éloignées de la région des affrontements. Elles sont interprétées par l’administration azérie comme des tentatives de la dernière chance, celles d’un animal blessé qui sait qu’il a déjà perdu. L’occasion pour M. Rahman Mustafayev de lever le ton et d’affubler ses adversaires de « gens déséquilibrés », de « fous » et « d’extrémistes ».

 

Dénonciation de l’attitude française

 

« L’Azerbaïdjan d’aujourd’hui, c’est la France de 1944 » déclare-t-il, elle ne fait que chasser un envahisseur après 30 ans d’occupation inacceptable. D’abord les revendications territoriales des populations arméniennes, — qui aiment à se présenter comme « les victimes d’un soi-disant génocide » —, au nom du droit à l’autodétermination sont parfaitement infondées. Elles s’accompagnent en effet d’une purification ethnique des populations azéries du Karabakh qui a débouché sur le déplacement d’un million de réfugiés hors de leurs terres natales. Ensuite, la légitimité de l’attitude azérie se comprend à la lumière de l’irréfragable droit international qui aurait encadré toutes les décisions stratégiques et militaires depuis 1992. Ce conflit est d’abord une réaction de légitime défense à une occupation unanimement dénoncée par la communauté internationale.

Vient alors la question de la bienveillance, du comportement conciliant du Quai d’Orsay et de l’Élysée vis-à-vis de l’Arménie. C’est tout à fait inadmissible aux yeux du diplomate d’autant plus que la France est co-présidente du groupe de Minsk en charge de la résolution pacifique du conflit depuis 1992. L’appel de 176 élus français à soutenir l’Arménie en passant par les déplacements officiels de certains d’entre eux au Haut-Karabakh ou encore les partenariats entre certaines municipalités des deux pays sont clairement encaissés comme autant d’outrages par l’Azerbaïdjan. Ne pas être neutre et impartial, c’est être irresponsable, explique M. Rahman Mustafayev. La France ne l’est décidément pas au grand dam de Bakou.

 

Le rôle de la Turquie

 

Pour élargir la focale, l’implication du voisin turc dans cette confrontation a été brièvement abordée. Pour ce faire, l’Ambassadeur file sa métaphore : la Turquie est à l’Azerbaïdjan ce que le Royaume-Uni était à la France en 1940, une sorte de grand frère protecteur. Faisant l’éloge de la retenue azerbaïdjanaise après les bombardements arméniens à l’écart de la zone de conflagration, il rappelle que la Turquie n’a pas cessé de conseiller son allié de ne pas répondre de manière proportionnelle à ces affronts dans le respect du droit international.

Quant au sujet de la présence de djihadistes syriens en première ligne des assauts, le représentant azéri rejette radicalement ces allégations qui ne reposeraient sur aucune preuve tangible. Pour sa défense, il rappelle que le camp adverse est tout aussi suspect avec la présence supposée de combattants du groupe terroriste PKK parmi ses rangs.

 

 

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