Livre – La politique étrangère européenne face au Brexit

25 août 2021

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Livre – La politique étrangère européenne face au Brexit

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Il aura fallu plus de quatre années pour que le référendum britannique du 22 juin 2016 sur le Brexit soit mis en œuvre sous la forme d’un accord de retrait, puis d’un accord organisant la relation future entre le Royaume-Uni – devenu un État tiers – et l’Union européenne (UE). Si les  ouvrages portant sur les aspects internes ou la politique extérieure de la Grande-Bretagne ont été nombreux,  rares sont, en revanche,  ceux  traitant de  l’impact du Brexit sur la politique étrangère de l’UE

 

Les différentes contributions  de ce numéro spécial aident à mieux comprendre dans quelle mesure le Brexit appelle à un réajustement de la politique étrangère de l’UE et de celle de ses États membres. C’est dans les domaines à forte implication économique et sociale, plus que dans le « diplomatique-stratégique », que l’UE s’est dotée des délégations de compétences les plus développées de la part de ses États membres . Elle revêt un caractère hybride, dans la mesure où elle inclut dans un même ensemble à la fois la politique étrangère d’une entité supra-étatique et les politiques étrangères de 27 États souverains qui influencent l’élaboration de la première, tout en devant s’y adapter en permanence. Il s’agit  donc de mieux comprendre comment les États membres développent des stratégies d’adaptation et, à l’inverse, de résistance à l’européanisation de leur politique étrangère nationale.  

Ainsi  le Brexit permet d’analyser l’évolution de la politique étrangère de l’UE en retrouvant la double échelle supranationale et nationale. Premièrement, le Brexit permet de mesurer les effets du retrait d’un État membre sur l’évolution globale de la politique étrangère de l’UE. L’Allemagne et la France y  trouvent  l’opportunité de faire inscrire à l’agenda de l’UE une institutionnalisation accrue de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC), à laquelle le Royaume-Uni était fréquemment opposé lorsqu’il était membre. De même, on trouvera une analyse des effets du Brexit sur la dynamique des négociations au sein du Conseil de ministres de l’UE, sur le fonctionnement du SEAE, mais aussi celui d’une Commission européenne amenée à endosser un rôle accru d’entrepreneur politique dans le domaine de la PSDC dont elle se sentait auparavant largement marginalisée.  Puis, sont prises  en compte les interdépendances entre les échelles nationales et l’échelle européenne. Le Brexit permet d’entrevoir les stratégies d’adaptation et de changement de chaque politique étrangère nationale face à l’europanisation. Pour ce faire, les divers auteurs s’intéressent non seulement aux effets du Brexit sur les politiques étrangères des grands États fondateurs (Allemagne, France, Italie), mais aussi des États plus petits et/ou entrés plus récemment dans l’UE, tels que la République tchèque, la Slovaquie et la Pologne.

Le Brexit encourage un renforcement des stratégies individuelles des États membres dans leurs politiques à l’égard du reste du monde. Le gouvernement conservateur polonais du PiS  l’utilise pour accentuer ses priorités stratégiques en faveur de l’Alliance atlantique au détriment d’un plus grand engagement dans la politique de défense de l’UE. Il   reste cependant  difficile  d’ évaluer si on  assiste  d’ores et  déjà à un recalibrage de la politique étrangère britannique dans le contexte du Brexit et de voir si l’aspiration à une forme de puissance globale (« Global Britain ») constitue un gain ou une perte d’influence pour le Royaume-Uni. En définitive, l’ensemble des contributions démontre un impact différencié du Brexit sur la politique étrangère de l’UE. Le retrait du Royaume-Uni aboutit  tantôt à renforcer l’échelle du pouvoir supranational, tantôt au contraire, à renforcer le caractère national de la politique étrangère nationale des États.

 Il conviendra de  refaire cet exercice quand l’UE elle-même aura progressé dans le domaine de la politique extérieure et de la défense.

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À propos de l’auteur
Eugène Berg

Eugène Berg

Eugène Berg est diplomate et essayiste. Il a été ambassadeur de France aux îles Fidji et dans le Pacifique et il a occupé de nombreuses représentations diplomatiques.

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