<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Le conte des deux banques centrales

28 décembre 2021

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Le conte des deux banques centrales

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La banque centrale d’Angleterre et la BCE ont opté pour deux stratégies financières différentes. Face au relèvement des taux et aux menaces que font peser les nouveaux confinements, c’est l’économie européenne qui est menacée.

Nick Andrews pour Gavekal.

 

Mercredi, la Banque d’Angleterre a mis fin à son programme expansionniste d’achat d’actifs de 895 milliards de livres sterling, avant de relever son taux d’intérêt directeur de 15 points de base le lendemain. Alors qu’une nouvelle épidémie de Covid incite les consommateurs britanniques à se recroqueviller chez eux, les investisseurs ont été légèrement surpris par ce geste percutant. En revanche, la Banque centrale européenne s’en est tenue à son scénario prudent, déclarant qu’elle achèterait des obligations jusqu’en 2022 – bien qu’à un taux plus faible que prévu – et au-delà si nécessaire. Des deux, l' »approche de resserrement » du Royaume-Uni semble la plus susceptible de faire l’objet d’un revirement forcé.

Il est vrai que les deux banques centrales se sont rapprochées des paramètres de politique « normaux », comme le justifierait une reprise économique bien établie. À 0,25 %, le taux de base du Royaume-Uni est à deux hausses d’un quart de point de son niveau de février 2020. La BCE a indiqué que sa politique reviendrait globalement à son orientation pré-pandémique d’ici octobre 2022, date à laquelle les achats d’obligations devraient être ramenés à 20 milliards d’euros par mois.

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Crainte des investisseurs

Pourtant, les investisseurs ont été surpris par la hausse de la BoE, car les responsables de la santé publique britannique ont fait ces derniers jours des projections alarmantes sur l’épidémie d’omicron, qui incite les consommateurs à reprendre des comportements de type lockdown. En réponse à toute cette morosité, l’indice PMI flash du Royaume-Uni vient d’atteindre son plus bas niveau depuis 10 mois.

En revanche, la BCE s’est laissé une marge de manœuvre pour réagir à la fois à la mauvaise situation de l’Europe en matière de Covid et à la hausse des prix de l’énergie due à l’incertitude des approvisionnements en gaz russe. Le programme d’achat d’urgence en cas de pandémie prendra fin, comme prévu, en mars, mais la BCE s’est donné la possibilité de relancer les achats nets d’actifs si l’instabilité financière revient, c’est-à-dire si les écarts de rendement des obligations se creusent trop.

Crainte face à l’énergie

Les prix de l’énergie constituent une préoccupation majeure pour les deux banques centrales et expliquent plus de la moitié de la hausse des prix à la consommation observée au Royaume-Uni et dans la zone euro l’année dernière. La BCE s’attend désormais à ce que la hausse des prix à la consommation atteigne 3,2 % en moyenne l’année prochaine, mais qu’elle retombe à 1,8 % en 2023 et 2024. Environ deux tiers de la révision à la hausse de la BCE sont dus aux augmentations attendues des prix de l’énergie, l’autre tiers étant dû à d’autres problèmes d’engorgement. La BoE prévoit que l’inflation britannique atteindra un pic d’environ 6 % en avril prochain, avant de diminuer lentement au cours des 24 mois suivants.

Là où la BoE et la BCE diffèrent vraiment, c’est sur les salaires. Les décideurs britanniques regardent le taux de chômage de 4,2 % en Grande-Bretagne et craignent que la hausse des prix n’entraîne une spirale de revendications salariales et d’autres hausses de prix. Bien qu’il soit inférieur aux niveaux pré-pandémiques, le taux de chômage de la zone euro s’élève encore à 7,4 %. En Espagne et en Italie, le chômage est beaucoup plus élevé, avec respectivement 14,6 % et 9,2 %.

Crainte de l’inflation

Alors qu’il n’y a guère de preuves d’une accélération généralisée des salaires dans la zone euro, les salaires du secteur privé britannique augmentent de 3,8 % sur une base annualisée de deux ans, soit le rythme le plus rapide depuis 2008. Dans la dernière enquête de conjoncture de la BoE, les entreprises britanniques ont déclaré avoir procédé à des augmentations de salaire annuelles de 2 à 3,5 %, contre 1 à 2 % plus tôt dans l’année. De nombreuses entreprises britanniques ont déclaré avoir dû offrir aux travailleurs des augmentations de 5 à 7 % en milieu d’année afin de les garder. Dans des secteurs comme la construction, l’hôtellerie, les technologies de l’information, la comptabilité et les services juridiques, où les travailleurs qualifiés se font rares, des personnes se voient proposer des augmentations de salaire de 10 à 40 % pour quitter le navire.

Au Royaume-Uni, les pressions sur les prix viennent s’ajouter aux prévisions d’inflation assez élevées fondées sur le marché. En début de semaine, le swap d’inflation à cinq ans à terme au Royaume-Uni a atteint un sommet post-2009 de près de 4 %. Cette lecture inquiétante est en partie due à l’ancien indice des prix de détail utilisé sur le marché britannique des swaps, mais si l’on tient compte des différences avec la mesure habituelle de l’IPC, les investisseurs évaluent toujours l’inflation à plus de 3 %. La version de la zone euro a également augmenté, mais reste inférieure à 2 %.

Alors que la BCE adopte le principe de précaution en essayant de ne pas étouffer une reprise fragile, la BoE semble imiter la Réserve fédérale dans sa lutte contre l’inflation. En luttant contre la hausse des salaires, le souci est que les dépenses de consommation britanniques ralentissent en réponse à une baisse du revenu réel disponible. Anatole a récemment fait valoir que le Royaume-Uni est en train de commettre une grave erreur politique. S’il a raison, les 75 points de pourcentage de hausses de taux au cours de l’année prochaine, qui sont actuellement intégrés dans la courbe des taux britanniques, pourraient s’inverser. Il est certain qu’une correction de la tarification britannique est plus probable que celle de la courbe de l’euro. La livre sterling risquerait alors de s’affaiblir par rapport à l’euro dans les mois à venir.

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