L’Inde, une puissance singulière

24 juillet 2021

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L’Inde, une puissance singulière

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Alors que l’Inde, que toutes les puissances courtisent, afin d’en faire un contrepoids à la Chine, était promise à un bel avenir, voilà que sa gestion calamiteuse de la pandémie en a réduit les perspectives. Le géant indien, déjà quatrième puissance économique  et militaire mondiale, premier acheteur d’armes du monde, devra attendre 2022 pour retrouver son niveau de richesse de 2019, alors qu’en Chine il sera de 10% supérieur

Un tel décrochage, n’est pas sans conséquence, car aujourd’hui si l’Inde a deux décennies de retard sur son voisin chinois, le PIB chinois en dollars courants est cinq fois supérieur à l’indien. C’est dire tout l’Intérêt de ce numéro de Questions internationales, qui vient à point nommé, et qui une rare synthèse sur toute la gamme de questions portant sur ce pays monde, Babel linguistique, chaudron religion, dont la superficie n’est pourtant que de 3,2 millions de km3 , soit à peu près le tiers des trois grands, Canada, États – Unis, et Chine, sans parler de la Russie plus de six fois plus vaste, dont la population, en 2027, ne sera que le dixième du géant indien  qui avec 1,47 milliard d’habitants devrait dépasser la Chine. De plus, le niveau de vie des Indiens est de 2,4 fois inférieur à celui des Chinois. L’ Inde, une puissance en  tensions comme le résume fort bien Sabine Jansen dans son introduction. Du fait de la pandémie, la consommation intérieure, l’investissement privé, et les exportations ont considérablement ralenti . Le taux de croissance actuel est insuffisant pour absorber le million d’Indiens qui arrive chaque année sur le marché. 

Assiste-t-on à un basculement stratégique de l’Inde, question centrale, examinée sous divers angles par plusieurs auteurs ? Ce sont ses rapports avec la Chine, avec laquelle elle partage une frontière de 3500 km, tendus dès les premières années de l’indépendance qui importaient au premier chef. Récemment depuis l’été 2020 les tensions à la frontière ont été les plus tendues depuis le conflit de 1962 qui a opposé les deux pays. Delhi, cherche à se découpler économiquement de son riche voisin, en interdisant ses investissements, en bannissant des dizaines d’applications informatiques, en se joignant à l’alliance États-Unis, Japon, Australie, en voie de consolidation en vue d’endiguer la puissance chinoise dans l’Indo-Pacifique qui à ses yeux, comme à ceux de ses partenaires doit rester « libre et ouvert ». D’où sa participation aux diverses manœuvres navales,  son effort d’armement naval afin d’obtenir une marine de haute mer. Contrairement à la quasi-totalité des États de la zone Indopacifique, en particulier les membres de l’ASEAN, dont elle cherche à s’approcher, l’Inde n’a pas signé , en 2019, le Partenariat économique régional global ( RCEP). On pensait qu’avec le Serum Institute qui produit la moitié des vaccins du monde, le soft power indien allait monter en gamme. On espérait aussi dans les chancelleries que l’Inde allait devenir ce pôle indépendant pourvoyeur de sens commun et de calme leadership dans un monde géopolitiquement turbulent. Cette trajectoire, si elle n’est pas abandonnée, a pris un certain retard. Bien qu’il y soit déterminé, le Tigre indien n’est pas encore prêt à défier le Dragon chinois.

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À propos de l’auteur
Eugène Berg

Eugène Berg

Eugène Berg est diplomate et essayiste. Il a été ambassadeur de France aux îles Fidji et dans le Pacifique et il a occupé de nombreuses représentations diplomatiques.
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