Livre – Des chasseurs-cueilleurs aux cybertravailleurs

8 septembre 2021

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Photo : Livre – Des chasseurs-cueilleurs aux cybertravailleurs. Crédit photo : Unsplash
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Livre – Des chasseurs-cueilleurs aux cybertravailleurs

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Jean-Marc Daniel réussi le tour de force d’opérer un tour du monde de l’économie, à travers le temps et à travers l’espace, en gardant clair son fil directeur et sa démonstration et en expliquant les phénomènes avec simplicité, sans jargon technique inutile. Au long de ces 400 pages, il parvient à dégager quelques lois générales de l’économie en insistant sur l’affrontement entre le monde du travail et de la création de richesse et le monde de la prédation bureaucratique de cette richesse.

 

Soit les personnes vivent de leur travail soit elles vivent du travail d’autrui. Pour ce faire, les sociétés organisent soit une charité privée soit une redistribution publique. L’État cherchant ensuite à légitimer sa redistribution et la violence qu’elle suppose. Les révoltes fiscales qui ont émaillé l’histoire des pays témoignent de la non-acceptation de cette redistribution vers les oisifs.

La nécessité du travail

Autre leçon dégagée de cette histoire de l’économie mondiale, pour qu’un pays puisse se développer il est nécessaire que sa population travaille et que ses ingénieurs et inventeurs développent le progrès technique. Ce dernier est essentiel à la croissance, c’est-à-dire à l’amélioration des conditions de vie. Or depuis l’échec patent du communisme, qui a engendré famine et pauvreté, les marxistes ont imposé l’idée que la croissance est chose mauvaise et que la science et la technique ont apporté avec elles le malheur sur l’humanité. L’innovation serait responsable du réchauffement climatique, et donc de la fin du monde à venir, quand bien même les prévisions des collapsologues effectuées depuis 40 ans se sont toutes révélées erronées. Puisque le marché et les personnes laissés libres engendrent la catastrophe finale, il est nécessaire de donner les clefs de l’économie aux bureaucrates qui eux savent prévoir et construire des sociétés justes et heureuses. Habile maniement de la peur qui permet d’enferrer les populations dans l’esclavage. À travers cette idéologie nouvelle, c’est l’attaque menée contre le sédentaire, symbolisé par l’agriculteur, au profit du nomade, qui est le chasseur-cueilleur.

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Le rôle central de la monnaie

L’auteur étudie de façon approfondie le rôle de la monnaie, qui est un autre de ses fils directeurs. Permettant les échanges, elle est dès ses origines convoitées par les États. Il y a deux origines possibles de la monnaie. Soit elle résulte des besoins des marchands, comme moyen de faire des échanges et de s’entendre sur une valeur commune, c’est notamment la vision de Nicolas Oresme (1320-1382) ; soit elle est le fruit d’une loi (numisma, nomos) et elle est donc créée pour et par l’État et elle appartient à l’État, qui peut en faire ce qu’il veut en fonction de ses besoins, notamment décider de son volume et de sa valeur (inflation). C’est notamment l’idée de Platon.

Ces deux visions des origines de la monnaie conduisent à des politiques publiques différentes et souvent opposées. La monnaie suppose aussi la maitrise du temps, d’où l’importance de la montre et des horloges qui permettent de le mesurer. On doit à Gerbert d’Aurillac (le pape Sylvestre II) l’invention du mouvement à balancier. La mesure du temps par les horloges permet de passer d’un travail à la tâche (tâcheron) à un travail au temps (salarié). Il permet aussi de calculer les jours et donc d’affiner le calendrier (julien puis grégorien) et de calculer les dettes et donc de faire la comptabilité. La valeur du temps devient l’intérêt.

La monnaie joue toujours un rôle premier en économie. L’abandon de l’étalon or n’a pas fait disparaitre l’intérêt de ce métal, comme en témoigne l’inflation de son cours. La création d’un marché mondial de la production, avec des usines installées en Asie, au Maghreb ou dans la corne de l’Afrique modifie le lien d’affiliation des personnes à une monnaie. Ce n’est plus tant la monnaie de son pays d’habitation qui compte que celle du pays où sont produits les objets achetés. Cette interdépendance de plus en plus forte rend de plus en plus chaotique et dangereuse l’intervention des États dans la définition des cours monétaires.

À travers cette synthèse de l’histoire économique, Jean-Marc Daniel démontre que l’économie repose sur des lois qui, si elles ne sont pas respectées, provoquent pauvreté et malheur des peuples. Les théories de Keynes, le « magicien de Cambridge » selon Jacques Rueff et celles de tous les « alchimistes » qui disent avoir trouvé la pierre philosophale qui permet d’être riche et développé sans travailler et en planifiant tout de façon bureaucratique n’ont jamais fonctionné. Si les Français étaient un peu moins analphabètes en économie, ils se laisseraient probablement moins bernés par les alchimistes, qui vont ressortir leur baguette magique durant cette campagne présidentielle. C’est d’autant plus dommage que, comme le démontre notamment l’auteur, la France compte de très nombreux économistes de grande qualité.

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À propos de l’auteur
Jean-Baptiste Noé

Jean-Baptiste Noé

Docteur en histoire économique (Sorbonne-Université), professeur de géopolitique et d'économie politique à l'Université catholique de l'Ouest (Angers) et à l'Institut Albert le Grand (Lyon). Rédacteur en chef de Conflits.
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