Meslay, le château de la Loire méconnu

3 juillet 2022

Temps de lecture : 5 minutes
Photo : Le château de Meslay
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Meslay, le château de la Loire méconnu

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Au cœur du Vendômois et au bord du Loir se dresse le château de Meslay, témoin des grands tournants de l’Histoire de France. Château familial, il accueille depuis 2017 des journées littéraires qui réunissent écrivains locaux et nationaux. Rencontre avec Charles de Boisfleury, qui entretient le domaine avec soin et fait la promotion du lieu avec l’aide de son épouse.

Entretien réalisé par Pétronille de Lestrade.

Dans quel contexte a été construit le château de Meslay ?

La première pierre du château actuel a été posée en 1732. En réalité, l’histoire de la famille remonte un peu plus tôt, en 1719, année où François de la Porte de Féraucourt, alors fermier général et directeur de la nouvelle Compagnie des Indes, s’installe sur les terres des Meslay et achète l’ancien château, avec ses bois et ses fermes. Mais nous parlons bien ici de l’ancien château, qui remonte au XVe siècle.

Ce château fort a évolué. Nous avons des archives familiales montrant qu’il s’est converti en un château de plaisance.

François de la Porte de Féraucourt y vécut une dizaine d’années. À sa mort, en 1730, il lègue le château et ses terres à son frère, Jean-François de la Porte. Celui-ci est un personnage considérable : il est fermier général pendant cinquante ans, président du Comité des Caisses, c’est-à-dire représentant des milieux financiers auprès du gouvernement, et proche du cardinal de Fleury. Il dispose certainement de très gros moyens financiers. Il hérite d’un château qui ne lui convient pas vraiment, tant sur le plan du confort que sur celui de la mode de l’époque. Les traces écrites que nous avons à notre disposition précisent qu’il tente plusieurs scénari pour modifier le domaine. Il décide finalement de le démolir et de construire son propre château. Ainsi, il pose la première pierre du bâtiment actuel en 1732. C’est un chantier absolument gigantesque puisque, entre 1732 et 1735, il démolit l’ancien château, construit le château actuel et toutes les dépendances, et déporte le village. Celui-ci était alors situé sur des terres assez marécageuses contre le Loir. Il est donc déplacé à l’emplacement actuel. Jean-François de la Porte érige également à ses frais l’église et le presbytère, qui à l’époque étaient les deux bâtiments les plus importants.

Puis, en 1735, il décide de créer une manufacture de cotonnade dans le village pour assurer la prospérité du lieu ; une entreprise très prospère puisqu’elle a permis à la population du village de doubler en six ans. Un de mes amis, conservateur en chef à Versailles, me confiait qu’il croisait régulièrement des traces de commandes de cotonnades à la manufacture de Meslay, dites « les siamoises de la Porte ».

Ce fut donc un chantier colossal qui a complètement modifié le paysage.

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Avez-vous des restes de l’ancien château aujourd’hui ?

 Nous avons des archives familiales importantes qui permettent d’avoir non seulement les traces, mais aussi les plans de façade et les plans de coupe du château primitif. Cela nous a permis de construire un hologramme qui représente l’ancien château. Cet hologramme est présenté au cours de la visite, et en est évidemment l’un des clous. Et c’est pour moi très attachant de voir que le patrimoine et l’histoire peuvent aller de pair avec les innovations technologiques.

Comment situer le château de Meslay dans l’histoire culturelle et architecturale de France ?

 Le château de Meslay a été construit sur les plans de Jules-Michel Hardouin, neveu d’Hardouin-Mansart. C’est une construction de style régence. Dans une notice faite pour un congrès archéologique, nous pouvons lire : « Après avoir admiré l’harmonie et la justesse des proportions, à la sobriété des moyens employés et à l’élégance d’un décor sculpté très discret, toutes caractéristique de l’architecture régence, cette œuvre de Jules-Michel Hardouin se situe délibérément dans la lignée de son oncle Hardouin-Mansart, et probablement plus encore de Jacques-Gabriel, dont le palais épiscopal de Blois, une trentaine d’années auparavant, a très probablement influencé l’architecte de Meslay ».

Le château a donc été épargné par les guerres ?

 Il a été épargné par la Révolution puis par les différentes guerres. En 1940, il a bien sûr été occupé par les Allemands, et il y a eu des dommages de guerre. Mais il est resté dans son jus et très purement XVIIIe.

Pourquoi des personnes célèbres y séjournaient fréquemment, comme Henri IV ou Madame de Staël ?

 L’ancien château de Meslay a accueilli Henri IV en 1589, lors du siège de Vendôme. Henri IV est alors jeune roi de France, il tente de pacifier son royaume. Il affronte la Ligue catholique qui possède un certain nombre de villes, dont Vendôme, et c’est durant le siège qu’il loge à Meslay pendant 5 jours, en novembre 1589.

Si le château a gardé ses caractéristiques du XVIIIe siècle, plusieurs générations s’y sont succédé. Nous sommes actuellement la onzième présente à Meslay, ce qui représente à peu près 300 ans. Il faut souligner qu’en 1818, le dernier des La Porte, Hippolyte, en devient propriétaire à la mort de son père. Réellement fixé à Meslay, il y effectue un certain nombre de travaux et de modifications. Particulièrement féru de livres, il fait construire une très vaste bibliothèque Charles X au deuxième étage. Très bibliophile, il fait partie des amis de Madame de Staël. Celle-ci a longtemps vécu à Chaumont-sur-Loire, et réunissait autour d’elle une petite cour intellectuelle. Elle passa aussi du temps chez les Salaberry, au château de Fossé, qui étaient des parents proches d’Hippolyte de la Porte, puisque sa sœur avait épousé un Salaberry. Ainsi, en ce tout début du XIXe siècle, Mme de Staël a rayonné pendant un certain temps dans la région, d’où sa présence à Meslay.

Un des La Porte a aussi fait un brillant mariage avec Elisabeth Le Fèvre de Caumartin. Par conséquent, Meslay a également reçu la visite de membres de la famille des Caumartin. Ceux-ci habitaient le château des Ormes, situé au nord du Berry, et depuis Paris, venaient chasser à Meslay.

Enfin, Hippolyte faisait partie du courant romantique. Il a ainsi reçu plusieurs personnalités de ce courant, en particulier des Parisiens. Nous conservons un très joli livre d’or, où les différents invités ont versifié pour remercier leur hôte de son accueil à Meslay. D’ailleurs, Hippolyte lui-même a écrit une dizaine de livres, dont l’un qui relate son parcours d’émigré à Venise et Hambourg, pendant la Révolution française, où il rencontra Madame Bonaparte, Louis XVIII ou encore le prince Frédéric de Prusse.

Comment faites-vous aujourd’hui pour promouvoir ce lieu ?

 C’est une gestion très familiale. J’ai repris ce château en 2013. Il est classé monument historique intérieur et extérieur dans sa totalité depuis 2017. Et en plus des visites, nous avons créé une Association des amis, merveilleusement entretenue par des bénévoles.

Depuis 2017, vous organisez une journée littéraire le deuxième dimanche de septembre. Pourquoi avoir accordé une telle place aux livres et aux écrivains et comment cette journée s’inscrit-elle dans l’histoire du château ?

 Cette journée littéraire est maintenant devenue une manifestation de référence dans la région. Elle permet de mettre au contact des auteurs provenant de Paris surtout. Ils viennent pour la journée, dédicacer des ouvrages, et puis participer à des animations comme des cafés littéraires ou des lectures de texte avec accompagnement musical. Nous décernons aussi un prix de littérature jeunesse.

Cela résonne avec les salons littéraires du XVIIIe siècle bien sûr, avec la passion du livre qu’avait Hippolyte, le dernier des la Porte, qui passait des jours entiers dans sa fameuse bibliothèque, à consulter les ouvrages qu’il achetait.

C’est mon épouse qui s’implique beaucoup dans le contact des auteurs. Nous avons un comité de sélection avec des critères très précis. L’idée est de promouvoir un livre écrit dans l’année, et porté par des gens de renom. Mais c’est très éclectique. Nous y accueillons des romanciers, des écrivains, des essayistes, et aussi des adeptes de l’actualité, qui écrivent des livres dans le cadre de leurs activités. Par exemple, nous avons eu le chef du Raid qui menait les opérations lors des évènements du Bataclan, mais aussi le chef de sécurité du président Macron. Nous avons également été parrainés par le président Giscard d’Estaing qui est venu débattre à Meslay.

Enfin, nous sommes aidés par le conseil départemental. Beaucoup d’élus se déplacent. Nous avons le soutien de la politique commune et des institutionnels.

Site internet du château.

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