Sentinelles du ciel, une autre histoire de la conquête de l’air. Jean-François Nicloux

29 juin 2021

Temps de lecture : 3 minutes

Photo :

Abonnement Conflits

Sentinelles du ciel, une autre histoire de la conquête de l’air. Jean-François Nicloux

par

Inventé à la fin du XVIIIe siècle, le ballon captif a révolutionné le rapport de l’homme à l’espace en lui permettant de s’élever dans les airs. Celui-ci eut une influence considérable sur les conflits armés qui suivirent en permettant l’observation des mouvements des troupes adverses. Jean-François Nicloux, lui-même ancien militaire de l’Aviation légère de l’armée de terre, nous livre ici les détails de cette « autre conquête de l’air. »

Si la première illustration de l’usage militaire d’un aéronef qui nous vient à l’esprit est certainement celle offerte par Raoul Cauvin et Willy Lambil à travers les aventures des Tuniques bleues dans Les cavaliers du ciel, elle a au moins le mérite de ne pas être très éloignée de la réalité.  Ce n’est en effet que quelques années auparavant que la Convention développe une utilisation militaire de la géniale invention des Frères Montgolfier, dont le ballon avait emporté un homme dans les airs pour la première fois en 1783, lors de la bataille de Fleurus en 1794. Cette utilisation fait suite à la création de la compagnie d’aérostiers en 1793 par le Comité de salut public. Outre l’aspect purement stratégique du ballon qu’elle met en avant, cette bataille permet également aux Français de prendre conscience de l’impact psychologique que joue sur l’adversaire une telle technologie. 

Usage militaire des ballons

Ces deux aspects ne furent nullement démentis durant la Guerre de Sécession, la guerre de 1870, ou la Première Guerre mondiale qui consacra le rôle clef de la maîtrise du ciel. Effectivement, même si l’Union cesse d’employer ses ballons en 1863 après que des contraintes météorologiques leur aient imposé de demeurer cloués au sol ou qu’elles aient compromis les observations, l’œil attentif du comte Ferdinand von Zeppelin qui avait suivi les combats en tant qu’observateur dans l’Armée du Potomac n’a pas manqué de relever leur utilité. 

De retour en Allemagne ,il développe cette technologie donnant ainsi naissance aux premiers zeppelins qui eurent un rôle non négligeable pour la victoire de son Empire en 1870, notamment en bombardant Paris. En outre et c’est sans doute le plus important, cela permit à l’Allemagne d’asseoir son rôle en tant que grande nation scientifique au détriment de la France. 

De fait, les Français ne prêtèrent que fort peu d’attention au développement de ces aéronefs jusqu’à leur défaite où ils prirent pleinement conscience des possibilités offertes par les aéropostiers, expliquant ainsi leur utilisation en 1884 au Tonkin où, s’ils n’ont pu être engagés dans des opérations de  combat, ils auront servi le soft power français en montrant la supériorité de la France et la nécessité de coopérer avec elle. 

Durant la période d’accalmie qui suivit la victoire prussienne, les zeppelins servirent essentiellement comme moyen de transport puis en tant que bombardier ou moyen d’observations durant la Première Guerre mondiale. À mesure que la science progressait, ces quelques décennies  fournirent également l’occasion d’améliorer sensiblement les ballons qui devinrent dirigeables. Toutefois, malgré leur grand potentiel, ils cédèrent progressivement leur place à l’aviation qui les rendait davantage vulnérables encore qu’il ne l’était aux boulets.

Au-delà de l’évolution générale de l’utilisation des ballons, Jean-François Nicloux nous fait vivre à travers le récit des multiples péripéties que connurent les aérostiers, le courage et le dévouement de ces soldats du ciel souvent oubliés malgré le rôle important qu’ils tinrent dans l’évolution des conflits. Le lecteur pourra ainsi s’envoler avec eux dans leur frêle nacelle pour observer les manœuvres ennemies, affronter l’aviation ou les tirs jusqu’à finalement devoir sauter en parachute aux côtés des sentinelles du ciel.

Un bel ouvrage qui profite de nombreuses illustrations et qui permet d’honorer ces soldats hors normes et d’apporter un éclairage sur un pan méconnu de l’histoire de la conquête du ciel

Vous venez de lire un article en accès libre

La Revue Conflits ne vit que par ses lecteurs. Pour nous soutenir, achetez la Revue Conflits en kiosque ou abonnez-vous !
À propos de l’auteur
Martin Capistran

Martin Capistran

Avocat, docteur en droit.

Voir aussi

Avec Machiavel, penser la liberté politique dans un monde en guerre

Notre démocratie est en crise, comment la réinventer ? Que nous enseignent ceux qui, au cours des âges, furent ses concepteurs ? Troisième volet de notre série consacrée aux philosophes et à la démocratie avec Nicolas Machiavel (1469-1527). Pour le Florentin, la conflictualité est un...

Brunanburh (octobre 937) Le grand carnage

Ne soyez pas honteux si le nom de Brunanburh ne vous dit rien : dans le pays même où elle fut livrée, cette bataille comme son emplacement furent longtemps oubliés. Signe de son insignifiance ? Bien au contraire ! Son importance était telle que tout le monde l’appelait « la grande bataille », comme les contemporains disaient « la Grande Guerre » pour parler de la Première Guerre mondiale, sachant qu’elle ne pouvait être confondue avec aucune autre. De son issue émergea en effet une des futures puissances majeures de l’histoire mondiale : l’Angleterre. 

La plage fut longtemps un lieu effrayant

La plage n’a pas toujours été une destination de vacances : pour les Grecs de l’Antiquité, c’était un endroit effrayant Marie-Claire Beaulieu, Tufts University Aujourd’hui associée au plaisir et à la détente, la plage a longtemps été perçue comme un lieu menaçant. Dans la Grèce...