Bénin : les législatives de janvier 2026, un vote de stabilité après la séquence de tension institutionnelle

18 janvier 2026

Temps de lecture : 3 minutes

Photo : Benin president Patrice Talon attends a session of New Global Financing Pact June 22, 2023. //04SIPA_0910030/Credit:Balkis Press-POOL/SIPA/2306230935

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Bénin : les législatives de janvier 2026, un vote de stabilité après la séquence de tension institutionnelle

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Les élections législatives organisées au Bénin en janvier 2026 se sont déroulées dans un contexte politique particulier, marqué par une forte attente de stabilité institutionnelle. Le scrutin a conduit à une Assemblée nationale entièrement composée de députés issus des partis de la majorité soutenant l’action du président Patrice Talon, un résultat qui a suscité de nombreuses réactions, parfois focalisées sur sa dimension exceptionnelle. Pourtant, cette configuration ne peut être comprise sans être replacée dans la séquence politique et sécuritaire qui a précédé le vote.

Edouard Amegashie

Un putsch manqué

L’un des éléments déterminants du contexte est le putsch manqué attribué par les autorités à Tigri Pascal, épisode qui a profondément marqué l’opinion publique. Cet événement a rappelé la fragilité potentielle des équilibres institutionnels et la persistance de risques de déstabilisation dans une région confrontée à de multiples tensions sécuritaires. Dans ce cadre, les législatives de janvier 2026 ont pris une dimension particulière : au-delà d’un choix partisan, elles ont été perçues par une partie significative de l’électorat comme un moyen de réaffirmer l’ordre constitutionnel et la continuité de l’État.

Le premier enseignement du scrutin est la confirmation de la marginalisation de l’opposition la plus radicale. Les formations ayant privilégié une stratégie de confrontation frontale avec les institutions n’ont pas réussi à convaincre dans ce contexte post-crise. Déjà en recul lors de la précédente législature, où elles ne représentaient qu’une part limitée des sièges, ces forces n’ont pas su apparaître comme une alternative crédible au moment où la priorité des électeurs portait sur la sécurité politique, la stabilité et la capacité à gouverner sans rupture.

À l’inverse, le vote a largement bénéficié à des lignes politiques perçues comme plus modérées et institutionnelles. Plusieurs responsables politiques initialement associés à l’opposition avaient, bien avant le scrutin, pris leurs distances avec des positionnements jugés excessifs ou peu compatibles avec l’exercice du pouvoir dans un contexte sensible. Leur intégration au sein des formations de la majorité et leur succès électoral montrent que les électeurs ont privilégié la crédibilité individuelle, l’expérience et la capacité à agir au cœur des institutions plutôt que l’opposition de principe. Cette dynamique traduit un pragmatisme électoral renforcé par la crainte d’une instabilité prolongée.

Une nouvelle assemblée

Il serait toutefois erroné de réduire la nouvelle Assemblée nationale à un ensemble uniforme et dépourvu de débats. Les partis majoritaires rassemblent des profils et des sensibilités politiques diverses, issus de trajectoires différentes, avec des priorités parfois contrastées sur les questions économiques, sociales ou territoriales. Si un consensus existe autour de la préservation de l’ordre constitutionnel et de la stabilité institutionnelle, cela n’implique ni alignement automatique ni absence de discussions internes. Le pluralisme s’exprime désormais davantage au sein même de la majorité parlementaire.

Le cas béninois s’inscrit ainsi dans une dynamique observée dans plusieurs pays africains confrontés à des tentatives de déstabilisation institutionnelle. Dans ces contextes, les épisodes de rupture avortée tendent à renforcer, au moins temporairement, la demande de stabilité et la légitimité des acteurs perçus comme garants de la continuité de l’État. Le scrutin de janvier 2026 reflète cette logique : il traduit moins un rejet du débat démocratique qu’une hiérarchisation des priorités politiques.

En définitive, les législatives de janvier 2026 apparaissent comme un vote de consolidation institutionnelle. Elles révèlent un électorat attentif à la sécurité politique, à la prévisibilité de l’action publique et à la capacité des responsables élus à préserver l’État face aux risques de rupture. Le défi central pour la nouvelle Assemblée nationale sera désormais de transformer cette demande de stabilité en débat parlementaire structuré, en réformes crédibles et en politiques publiques capables de renforcer durablement la confiance démocratique.

Au-delà des législatives, le véritable test politique reste à venir. La présidentielle de 2026 qui opposera le ministre de l’Économie Romuald Wadagni à l’opposant modéré Paul Hounkoé constituera l’échéance décisive, celle où se jouera l’équilibre entre continuité institutionnelle, renouvellement politique et légitimité démocratique. Après une séquence marquée par les enjeux de stabilité, le scrutin présidentiel dira si cette demande se prolonge dans le temps.

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À propos de l’auteur
Jean-Baptiste Noé

Jean-Baptiste Noé

Docteur en histoire économique (Sorbonne-Université), professeur de géopolitique et d'économie politique à l'Ircom. Rédacteur en chef de Conflits.

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