L’organisation de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) a démontré la capacité du Maroc a organiser un événement sportif d’ampleur international. Alors que le pays sera l’hôte de la coupe du monde 2030, il était essentiel de passer ce test de réussite. Preuve que le sport joue un rôle crucial dans la puissance géopolitique des États.
Analyse de Paul Villerac
La CAN 2025 organisée au Maroc n’a pas seulement été un succès sportif. Elle a été une mise à l’épreuve grandeur nature de la capacité d’un État africain à organiser, absorber et sublimer un événement international majeur. Pendant près d’un mois, le pays a accueilli 24 sélections, plusieurs centaines de milliers de supporters, plus de 5 000 journalistes accrédités, des dizaines de diffuseurs internationaux et une attention médiatique continue. Le tout sans rupture systémique, sans crise majeure, sans ce chaos organisationnel que beaucoup, parfois inconsciemment, s’attendaient encore à voir.
Dès les premiers jours, les signaux ont été clairs. À Rabat comme à Casablanca, à Tanger comme à Marrakech, les délégations ont circulé sans friction notable. Les temps de trajet annoncés ont été tenus, les dispositifs de sécurité se sont montrés visibles mais non intrusifs, les stades ont ouvert à l’heure, les retransmissions n’ont connu ni panne massive ni improvisation. Un détail, souvent cité par les journalistes étrangers, a frappé : la banalité de l’efficacité. Rien d’extraordinaire en apparence, mais précisément ce que l’on attend d’un pays sûr de ses procédures.
Le succès croissant de la CAN
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Plus de 200 pays et territoires ont diffusé tout ou partie de la compétition. Les audiences cumulées ont dépassé celles de plusieurs éditions précédentes, confirmant l’entrée définitive de la CAN dans la catégorie des grands événements sportifs mondiaux. Les stades, rénovés ou construits dans la perspective de 2030, affichaient des taux de remplissage supérieurs à 85 % sur l’ensemble du tournoi. À Casablanca, certains matchs ont attiré plus de 60 000 spectateurs, dans une ambiance saluée unanimement par les joueurs et les observateurs.
Cette réussite n’est pas le fruit du hasard. Elle s’inscrit dans une trajectoire politique claire, impulsée au plus haut niveau par Mohammed VI. Depuis plus de quinze ans, le sport est pensé comme un instrument de structuration interne et de rayonnement externe. La CAN 2025 n’a donc pas été conçue comme une parenthèse, mais comme l’aboutissement visible d’investissements lourds : infrastructures sportives, réseaux de transport, capacité hôtelière, professionnalisation des fédérations, montée en gamme de l’événementiel. Le message royal adressé à la Nation à l’issue de la compétition a insisté sur ce point : il ne s’agissait pas seulement d’un succès marocain, mais d’un moment de fierté africaine partagée.
Les félicitations internationales ont confirmé cette lecture. Des responsables politiques africains, des dirigeants sportifs, mais aussi des partenaires européens, asiatiques et moyen-orientaux ont publiquement salué l’organisation “exemplaire” et la “maturité institutionnelle” du pays hôte. Plusieurs responsables de fédérations africaines ont même évoqué, en marge du tournoi, la CAN 2025 comme un nouveau standard pour les éditions futures. Ce type de reconnaissance n’est jamais neutre : il alimente le capital de confiance, indispensable dans les relations diplomatiques et économiques.
Au-delà de l’organisation, la CAN 2025 a produit une série d’images et d’anecdotes puissantes, qui ont nourri sa portée symbolique. L’une des plus commentées fut cette scène devenue virale dans les tribunes : un sosie de Patrice Lumumba, acclamé par les supporters lors d’un match de la RDC. Ce moment, à la fois léger et chargé de sens, a frappé les observateurs. Il disait quelque chose d’une Afrique qui assume son histoire, qui en joue, qui la met en scène sans complexe. Le Maroc a servi de cadre à cette expression panafricaine, renforçant son image de carrefour culturel et politique.
La dramaturgie d’une finale
Sur le terrain, le parcours des Lions de l’Atlas a constitué un autre pilier du récit. Solides en phase de groupes, disciplinés tactiquement, portés par un public fervent, les joueurs marocains ont confirmé leur statut de nation majeure du football africain. La finale elle-même, rappelle la nature profondément dramatique du football. Elle rappelle le coup de tête de Zinedine Zidane en 2006. Personne n’a jamais réduit la Coupe du monde allemande à cet épisode ; il en est devenu l’un des symboles. La dramaturgie de la finale 2025 inscrit la CAN dans l’histoire émotionnelle du sport.
Enfin, la CAN 2025 doit être lue comme une répétition générale stratégique à l’approche de 2030. En démontrant sa capacité à organiser seul une compétition continentale complexe, le Maroc a renforcé sa crédibilité comme co-organisateur de la Coupe du monde. Infrastructures opérationnelles, savoir-faire logistique, attractivité touristique, maîtrise médiatique : tout ce qui a été observé pendant la CAN nourrit désormais une confiance internationale mesurable.
En définitive, la CAN 2025 n’a pas révélé un Maroc nouveau ; elle a rendu visible, à l’échelle africaine et mondiale, un Maroc déjà en transformation avancée. Elle a montré qu’un pays africain pouvait fixer les standards, imposer le tempo et convertir un événement sportif en signal géopolitique.









