Livres 3 juillet

3 juillet 2026

Temps de lecture : 6 minutes

Photo : Bibliothèque de la Sorbonne (c) Wikipédia

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Livres 3 juillet

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Charles de Freycinet, Tour de France, pouvoir politique, aperçu des livres de la semaine

Cédric Lewandowski, Charles de Freycinet. Stratège de la République, Passés composés, 2026, 24€

Au XIXe siècle se succèdent d’éminents personnages politiques attachés aux fondements de la République, qu’ils souhaitent implanter en France. Parmi eux, Léon Gambetta, Jules Grévy ou encore Jules Ferry ont droit à un hommage dans les livres d’histoire. Cependant, tant d’autres, tout autant patriotes et pionniers dans l’instauration de la IIIe République, ont progressivement disparu de nos mémoires. Il s’agit donc, pour Cédric Lewandowski, de faire revivre l’un d’entre eux, nommé Charles de Freycinet, qui, grâce à ses nombreux talents, participa activement à l’enracinement de la IIIe République. Par le biais de multiples archives et des extraits des ouvrages écrits par ce stratège, le lecteur a accès à une fresque complète et détaillée de cette époque tourmentée. Ce personnage maintient un engagement politique considérable, occupant les fonctions de sénateur, de ministre, ou encore de président du Conseil. Ingénieur, passionné des sciences et des découvertes techniques, il s’investit dans tous les combats qui traversent la France à cette époque. Un plan de relance économique et de travaux publics reçoit son nom en 1879, lorsqu’il décide de favoriser le développement économique et l’accès aux transports pour tous les Français. Toutes ses actions politiques visent à « ancrer la république dans les âmes et dans les cœurs » comme le montre l’auteur.

Le lecteur prendra donc plaisir à s’imprégner des intrigues du XIXe siècle, dans lequel de nombreux patriotes s’engagent afin de restaurer la prestance de la France, affaiblie par les multiples guerres. Charles de Freycinet, « une souris blanche » comme l’appelait le journaliste Robert de Bonnières en 1882, pour caractériser cet homme à fois austère et redoutable politicien, interrogera et captivera le lecteur à travers cet ouvrage.

Jean-Baptiste Farge, Le Monde du Tour, Grasset, 2026, 20 €

Jean-Baptiste Farge a suivi le Tour de France 2025, pas à pas et routes par routes, de la première étape à Lille à la dernière, sur les Champs-Élysées et la rue Lepic. Il en porte un récit amusé, distancié parfois, montrant la vie intérieure de cette caravane de trois semaines où, derrière les coureurs, c’est tout un monde qui organise le Tour, qui monte et qui démonte les étapes, pour passer de l’une à l’autre. Sitôt installé, sitôt désinstallé, le Tour de France est toujours dans l’instant, la projection, le lendemain. Il n’y a pas de repos et l’auteur montre aussi la lassitude qui peut arriver, l’envi d’en finir après trois semaines de courses éreintantes. Épreuve sportive qui a traversé les décennies, qui a toujours su se renouveler, à chaque génération, pour offrir au public des grands noms, des étapes mythiques, des souvenirs transmis de générations en générations, le Tour de France a toujours partie liée avec la littérature et les mots, que ce soient les articles de presse, jamais avares de superlatifs et d’épithètes, les romans, les films, les documentaires. La force du Tour est d’être plus qu’une épreuve sportive mais aussi une mémoire collective et un réservoir sans fin pour l’imagination, l’attrait, le renouvellement littéraire. Ce récit de trois semaines de suiveur du Tour en est un exemple : Jean-Baptiste Farge renouvelle le genre, en apportant sa touche personnelle, son regard, son expérience, qu’il inscrit dans la grande histoire du Tour. A l’approche de l’édition 2026, ce récit du Tour de France se lira sur les routes d’été, pour quitter le domaine du sportif et trouver celui de l’émotion et du récit.

Ivan Sand, Un état-major particulier, Novice, 2026, 21,90 €

Un roman inspiré de faits réels et surtout d’une grande expérience pour expliquer le fonctionnement de l’état-major du Président de la République, face à une crise majeure. Tout débute de façon classique : un coup d’État au Niger. Puis la machine s’emballe : les putschistes prennent d’assaut une base française et en otage les militaires. À Paris, il faut trouver une solution pour protéger la vie des soldats, mener une opération dans l’ombre pour les délivrer, tout en affrontant les oppositions intérieures. Cas classique d’un président isolé, qui doit à la fois intervenir sur la scène nationale et internationale. La fiction et le récit permettent d’entrer au cœur du pouvoir et de prendre la mesure des tensions et des oppositions qui peuvent surgir.

Sarah Gruska, Le siège de Leningrad, Talandier, 2026, 11

Le Siège de Leningrad - Éditions Tallandier

A Leningrad, les nazis appliquent une politique d’anéantissement qui fait près d’un million de victimes civiles. Les assiégés se trouvent confrontés à la barbarie du Reich, mais aussi à l’environnement coercitif du régime stalinien. Leur lutte pour la survie se fait dans des conditions de famine extrême, de froid, de ténèbres et d’isolement.

Longtemps censuré par la propagande soviétique, puis mythifié dans la Russie poutinienne, cet épisode est révélateur des tensions qui entourent la mémoire de la guerre en Russie. A l’histoire militaire et stratégique, Sarah Gruska ajoute une approche inédite en étudiant, à partir de journaux intimes, la vie, les émotions, les difficultés et les espoirs des assiégés eux-mêmes.

Son approche classique suit un plan chronologique, pour autant, le livre bénéficie aussi d’une lecture historiographique qui enrichie la compréhension d’une bataille souvent trop romancée. La lecture de Sarah Gruska permet aussi de décrypter comment ces passages de la seconde guerre mondiale nourrissent encore le narratif nationaliste russe.

Anton Brender, Géopolitique de la dette, où va l’épargne du monde ? Odile Jacob, 21,90 €

Anton Brender est chef économiste de Candriam Investors Group et professeur associé honoraire à l’université Paris-Dauphine. Ancien directeur du CEPII, il est l’auteur d’une série de travaux de référence sur les déséquilibres financiers internationaux, publiés notamment à La Découverte avec Florence Pisani. Son précédent ouvrage, Les Démocraties face au capitalisme (Odile Jacob, 2024), s’inscrivait dans la même veine pédagogique.

Géopolitique de la dette propose une analyse voulant renverser certains principes alarmistes concernant le déficit public. L’approche y est intéressante : elle est d’abord thématique dans les premières parties de l’ouvrage. Elle traite point par point les grands sujets macro-économiques gravitant autour de la dette, pour introduire ensuite une analyse zonale par continent. Elle permet ainsi de faire ressortir les spécificités géographiques de la dette et les défis que chaque partie du monde devra relever. La thèse centrale est que l’accumulation de dettes publiques n’est que l’autre face d’une accumulation d’épargne et que c’est la dette qui rend possible l’épargne, et non l’inverse. L’ouvrage intègre également les conséquences de la politique commerciale de Donald Trump, dont les droits de douane annoncés en avril 2025 risquent de redistribuer les flux d’épargne mondiaux de façon inédite.

Yann le Bohec, Les Romains au combat, grandes batailles et grands sièges, Tallandier 24,50

Yann Le Bohec est professeur à l’université Paris-Sorbonne et l’un des principaux spécialistes francophones de l’armée romaine. Il est l’auteur d’une œuvre abondante chez Tallandier sur le même sujet — Histoire des guerres romaines (2017), Les Grands Généraux de Rome (2024) — ainsi que de travaux universitaires sur les guerres puniques, la crise du IIIe siècle et César chef de guerre. Ce livre s’inscrit donc dans une production déjà considérable, dont il constitue en quelque sorte l’envers.

L’armée romaine a été étudiée comme une institution puis comme un instrument de guerre vu sous l’angle de ses chefs. L’approche choisie ici est bien plus individuelle, allant à l’échelle de l’officier mais aussi et surtout du soldat. Du lancer de javelot et du maniement de l’épée jusqu’aux techniques de siège et d’encerclement, chaque maîtrise du soldat y est soigneusement disséquée. La structure est chronologique : de -264 av. J.-C. à 476 après J.-C., on y voit la figure du soldat évoluer dans un empire romain émergent puis en désuétude. Plus qu’une simple originalité, l’approche individuelle apporte une vraie richesse analytique : elle marque de manière précise, bataille après bataille, les leçons qui ont fait de l’armée romaine la pl  us grande armée de l’Antiquité.

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