<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> 2025 : un redressement des comptes publics en trompe-l’oeil

17 septembre 2026

Temps de lecture : 4 minutes

Photo : Le Sénat français. (C) SIPA

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2025 : un redressement des comptes publics en trompe-l’oeil

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Le déficit public s’est établi à 5,1 % du PIB en 2025, en amélioration de 0,7 point, mais cette embellie repose presque exclusivement sur la hausse des recettes fiscales.

Malgré cette mobilisation du levier fiscal, la dette publique a atteint un pic historique de 115,6 % du PIB, en hausse de trois points pour la deuxième année consécutive.

Charge de la dette et dépenses de retraite continuent de progresser fortement, au détriment du financement des fonctions régaliennes de l’État.

Un article à retrouver dans le N°65. Rome : la permanence de l’Empire

Après deux années de dérive historique, il ressort des résultats de la gestion des comptes de l’année 2025 un début de redressement de la situation de nos finances publiques. Le déficit public s’est ainsi établi à 5,1 % du PIB, soit 0,7 point de moins qu’en 2024. Même s’il reste déficitaire pour la cinquante-et-unième année consécutive — à hauteur de plus de 124 milliards d’euros —, le solde de l’État s’est amélioré de près de 32 milliards d’euros. Cette amélioration repose cependant quasi exclusivement sur la hausse des recettes, tirées aussi bien par la bonne tenue de l’impôt sur le revenu que par la création d’impositions nouvelles — en particulier la « surtaxe » d’impôt sur les sociétés, qui a certes produit l’an dernier 7,5 milliards d’euros, mais qui devrait à terme peser bien davantage sur la dynamique de l’investissement et des salaires. Selon Eurostat, la France a enregistré le deuxième taux de recettes publiques de l’Union européenne derrière la Finlande.

Lire aussi : En France, seuls la dette et les impôts augmentent

Malgré la forte mobilisation du levier fiscal — alors même que l’effort de consolidation budgétaire était censé en début d’exercice reposer pour deux tiers sur la baisse de la dépense publique —, notre endettement public a poursuivi son envolée : 3 460 milliards d’euros, soit un pic historique de 115,6 % du PIB et une augmentation du ratio de trois points pour la deuxième année consécutive. Pour stabiliser ce ratio, il aurait fallu que notre déficit public soit inférieur de près de trois points (- 2,2 % du PIB au lieu de – 5,1 %). Depuis 2019, le poids de notre dette dans la richesse nationale a augmenté jusqu’à sept fois plus vite chez nous que chez certains de nos voisins européens.

« Des comptes dégradés épuisent le présent et dévorent l’avenir, et en premier lieu celui des générations futures qui devront assumer le poids des intérêts accumulés. »

Si les dépenses de l’État ont été maîtrisées, cette maîtrise s’est moins fondée sur des économies structurelles et pérennes que sur des mesures de rabots conjoncturelles. Surtout, deux postes de dépenses ont poursuivi leur hausse de façon préoccupante : tout d’abord la charge de la dette, qui a atteint l’an dernier près de 67 milliards d’euros, et qui devrait, selon les projections, dépasser les 100 milliards d’euros dès 2029 ; ensuite les dépenses sociales et, en leur sein, les pensions de retraite, lesquelles représentent à elles seules environ le tiers de l’augmentation de la dépense publique en 2025 (+ 1,4 % en volume, soit 56,6 % du PIB). Autant de ressources publiques qui, dans les deux cas, ne peuvent être affectées au financement des fonctions régaliennes de l’État (sécurité, justice, défense, diplomatie) ni plus largement aux grandes priorités de la Nation.

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Ces chiffres montrent combien nos débats sur la taxation des « ultra-riches » nous détournent du véritable enjeu. La dynamique de nos dépenses et de nos déficits est totalement déconnectée de l’assiette que représentent les contribuables les plus fortunés. Même en partant de l’hypothèse (fort irréaliste…) de comportements inchangés, aucune « taxe Zucman » ni « ISF XXL » ne permettra de redresser durablement les comptes publics. L’impact de ces mesures serait au surplus redoutable pour la croissance de notre économie, laquelle est déjà en repli (0,8 % en 2025) pour la quatrième année consécutive depuis la reprise post-Covid de 2021.

La situation dégradée de nos comptes publics n’est pas seulement une affaire de chiffres ou de trajectoires budgétaires : c’est un enjeu de souveraineté. Un endettement aussi élevé, non seulement obère la capacité de notre pays à décider librement de ses politiques publiques, mais le maintient dans une situation de dépendance à l’égard des marchés et des créanciers internationaux. Des comptes dégradés fragilisent ses marges de manœuvre pour faire face à des crises multiples — et notamment géopolitiques — comme celles qu’il lui faut aujourd’hui affronter. Des comptes dégradés épuisent le présent et dévorent l’avenir, et en premier lieu celui des générations futures qui devront assumer le poids des intérêts accumulés.

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La faiblesse de la croissance réelle du PIB ne permet pas d’envisager un redressement « par le dénominateur », c’est-à-dire par un regain d’activité économique. La France ne va pas avoir d’autres choix que d’actionner tôt ou tard — et mieux vaudrait tôt que tard — le levier de la dépense publique, à commencer par celui des dépenses de retraite.

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À propos de l’auteur
Victor Fouquet

Victor Fouquet

Docteur en droit fiscal. Chargé d'étude au Sénat, professeur à l'ICP. Il travaille sur la fiscalité et les politiques fiscales en France et en Europe.