<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Le paradoxe africain. Menaces et perspectives (2/2)

23 juin 2021

Temps de lecture : 6 minutes
Photo : Programme des journées HEC géostratégie
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Le paradoxe africain. Menaces et perspectives (2/2)

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Compte rendu des secondes Assises de la géopolitique qui se sont tenues le 10 juin 2021, organisées par l’association HEC Géostratégies, en partenariat avec Conflits, le CIAN et l’IHEDN Paris IDF. Une journée d’étude consacrée à aux paradoxes et aux perspectives du continent africain.

 

Les comptes rendus réalisés ici ne sont que des synthèses et n’engagent pas leurs auteurs. Les débats du matin peuvent être retrouvés en intégralité en suivant ce lien.

 

Troisième table ronde « Analyse stratégique Partie 2 – menaces et opportunités »

 

Modérateur : François de Labarre, grand reporter chez Paris Match

Intervenants :

Marc Bandelier, Directeur général CFAO FMCG & Agri

Bertrand Walckenaer, Directeur Général délégué AFD

Niagalé Bagayoko, Présidente de l’African Security Sector Network

 

 

 

Bertrand Walckenaer, à la tête de l’Agence française de développement, a entamé la discussion en présentant avec précision la nature de l’action qu’il dirigeait dans la zone. Selon lui l’Afrique n’est plus le continent délaissé qu’elle a trop longtemps été. En effet sur les 12 milliards que l’AFD investit annuellement à l’échelle mondiale, 8,5 sont directement destinés au continent africain, soit une part de 70,8%. Celle-ci n’a de cesse d’augmenter. Pour B. Walckenaer ce continent, qui focalise de plus en plus l’attention internationale, sous l’impulsion de leaders africains comme c’est le cas en Égypte, au Rwanda, en Afrique du Sud. De l’année 2000 à aujourd’hui, le développement de l’Afrique a été significatif avec 7% de croissance. Si on le perçoit peu, c’est à cause d’une très inégale répartition de cette croissance sur le territoire tant à l’échelle régionale que locale. Il n’empêche qu’à ses yeux la dynamique persiste et cela est visible par la mise en place de zones de libre-échange conduisant à une hausse des flux. De plus, la rapidité de la croissance démographique qui caractérise tout particulièrement l’Afrique conduira à une hausse de la population à 3 milliards d’habitants dont un tiers sera très jeune en 2050. B. Walckenaer clôt son propos en saluant l’entreprise d’Emmanuel Macron au Rwanda quant à a la reconnaissance des torts français dans l’affaire du génocide, significative selon lui de la considération que l’on a désormais à l’égard de l’Afrique.

 

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Marc Bandelier présente son entreprise, CFAO, dont le secteur d’activités recouvre les domaines de la santé, de la mobilité, de la consommation de biens et des infrastructures. S’il prend le temps de rappeler que celle-ci existait, et était présente en Afrique, avant la colonisation, il insiste sur la contribution que le secteur privé apporte en matière de développement. Dans le cas présent il est question de sécuriser les sites de développement, d’équiper des hôpitaux de campagne, de former le personnel médical, de développer le commerce de médicaments dont l’usage est approuvé. En l’occurrence CFAO a beaucoup œuvré avec Vinci en matière de santé. Mais le partenariat va bien au-delà et consiste, souvent et de plus en plus régulièrement, à intégrer des entreprises africaines. Monsieur Bandelier rappelle ainsi l’énorme défi que représente le développement en Afrique en matière de développement de production de biens de consommation. (En l’occurrence il est notamment question de bières avec Heineken, de stylos avec Bic, etc.) qui consiste à vendre au consommateur africain la même chose qu’au consommateur européen pour un pouvoir d’achat 5 à 6 fois inférieur. Force est de constater que pour ce faire la solution la plus viable est de produire sur place ce qui participe ainsi directement au développement de la zone.

Monsieur Bandelier rappelle au milieu de son propos l’enjeu que représente la faiblesse ce certains États conduisant le secteur privé à devoir assurer lui-même sa sécurité.

 

Niagalé Bagayoko rappelle, suite à cette dernière idée, qu’une grande partie des territoires échappent de fait au contrôle étatique en Afrique. Dans le pire des cas, ils sont parfois même administrés, rudimentairement, contrôlés, par des groupes terroristes. Le développement de ces régions s’impose comme une nécessité et une urgence selon elle, comme le meilleur moyen de pallier ces situations.

Bertrand Walckenaer répond que le problème que cette situation induit est la mobilisation par le privé de ressources et secteurs d’activités ; nuançant que pour chaque pays la situation est différente.

 

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Madame Bagayoko rappelle que l’importante augmentation démographique, supérieure à la croissance économique, en aspire tous les bénéfices. De plus, elle insiste sur la pluralité du continent africain où certaines régions sont tout à fait aptes à se protéger, dans tous les domaines, comme le Kenya ou la Côte d’Ivoire.

 

Monsieur de Labarre pose la question de savoir si les différents acteurs en jeu recherchent la démocratie ou la prospérité. Il en profite pour dénoncer une idée couramment répandue selon laquelle un pays autoritaire est plus à même de se développer, car plus efficace. L’autre problème selon lui est celui de fournir de l’emploi à une population très jeune. Il faudrait, affirme-t-il, structurer les filières économiques de manière à ce que le développement économique provienne à terme de facteurs endogènes.

 

  1. Bagayoko abonde dans le constat de situations très contrastées. Une des principales préoccupations de la société civile reste la liberté. Elle prend à témoin le cas du Ghana qui travaille énormément sur les libertés publiques. Elle continue sur la question sécuritaire et constate un échec relatif de l’opération Barkhane (NB : dont la fin progressive aura été annoncée le soir même par le président) dans le Sahel. Elle appelle à la mise en place d’une réflexion intégrant nos échecs sur le terrain.
  2. Walckenaer quant à lui affirme que la présence militaire française est ressentie comme une ombre bienfaisante dans les pays en voie de développement.
  3. Bagayoko est sceptique vis-à-vis de l’action française notamment sur la manière dont la France s’accorde avec son partenaire malien dans le discours avec les djihadistes. Elle ne croit pas en la thèse d’un vide laissé par la France, que comblerait la Russie, en cas de départ. Elle rappelle que les acteurs de la radicalisation de l’Islam dans la région sont les pays du Golfe, alliés de la France.
  4. Walckenaer conclut sur la nécessité d’un retour de l’État.

 

 

Quatrième table ronde « L’Afrique de demain. Perspectives, priorités d’action. Utopies et dystopies. »

 

Modérateur : Jean Baptiste Noé, historien, rédacteur en chef de la Revue Conflits

Intervenants :

Marc Memier, cellule Sahel, DGRIS

Serge Ekue, président de la banque ouest-africaines de développement (BOAD)

Samuel Furfari, géopoliticien, spécialiste de l’énergie

Marc Descrozaille, COO Inde, Moyen-Orient et Afrique, groupe Accor

 

Cette table ronde, à l’instar de la première, se déroula en un exposé individuel de 15 minutes de chacun des intervenants.

 

Serge Ekue commença par affirmer que la Sommet de Paris sur l‘augmentation des dettes publiques en Afrique aura eu pour effet de rassurer les différents États et acteurs. Il assume un parti pris optimiste en faveur de la thèse du développement de l’Afrique comme quelque chose de viable et accessible. Il affirme le besoin de combler l’écart technologique, de promouvoir la bonne gouvernance afin d’assurer des conditions favorables au développement. Selon lui le continent est sous financé et les entreprises sous capitalisées. Selon lui, il y un écart de 250 milliards à combler pour l’Union Monétaire Ouest africaine (UMOA). Il inscrit l’action de la BOAD dans la volonté d’interconnecter les acteurs de la zone, 8 pays financés, partageant le français, dont les destinées sont liées.

 

Marc Descrozaille rappelle la place primordiale d’Accord en Afrique : premier groupe hôtelier, cent établissements en Afrique du Nord et 60 en Afrique subsaharienne. Il tient à rappeler en quoi les hôtels participent au développement comme acteur du secteur privé.

 

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Marc Menier n’intègre pas son propos dans le conflit entre afro-pessimisme et afro-optimisme mais tente de « monter en généralités »afin de réfléchir aux conditions permettant aux pays africains de mettre en place une prospective à même d’amener des stratégies de politique publique. Pourquoi est-il nécessaire que ces études soient développées ?  Parce qu’il faut s’attacher à dissocier les facteurs structurels des conjoncturels pour éviter les multiples lacunes, trop communes, des stratégies prospectives. Comment mettre en place une bonne étude ? En s’attachant à traiter lesdits facteurs structurels. Il faut réfléchir au-delà du simple cadre national, mettre en place des études multisectorielles favorisant une vue d’ensemble, avoir une attitude proactive et non réactive face à des circonstances de crise comme au Mali en 2012, réfléchir à l’opérationnalité lors de la réflexion et il faut enfin consulter largement la population afin de légitimer l’étude et ses applications vis-à-vis de la population. Le cas du Sahel fera plus particulièrement ici figure d’exemple. Il faut traiter enfin six choses : l’économie, la géographie, la démographie et l’urbanisation, la gouvernance, le climat et enfin la société.

 

Samuel Furfari rappelle, tout naturellement, le rôle primordial de l’énergie, « sans énergie abondante et bon marché il n’y aura pas d’avenir pour l’Afrique ».  L’UE dépend des énergies fossiles, 47 années à développer le solaire et l’éolien n’ont apporté qu’une contribution de 2,5% à la production électrique. En Afrique 60% de l’énergie consommée est issue du bois et dans l’ensemble l’électricité manque cruellement. La consommation d’énergie croît tout de même légèrement plus que la démographie avec de 2017 à 2019 une augmentation de 27 millions d’Africains pour 30 millions qui accèdent à l’électricité ; 570 millions n’y ont pas accès. Samuel Furfari fait état d’un pessimisme qu’il assume et affirme. Pour lui la solution est du côté de la production d’énergie par centrale thermique, c’est-à-dire par le charbon. C’est peu cher, facile à trouver, mais défendu par les institutions internationales pour des raisons écologiques à l’instar des barrages hydroélectriques qui seraient pourtant d’une grande aide. Demain les SMR, ces petits réacteurs nucléaires, pourraient être la solution, pour l’instant ils sont trop peu développés.

 

 

À propos de l’auteur
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Fondée en 2014, Conflits est devenue la principale revue francophone de géopolitique. Elle publie sur tous les supports (magazine, web, podcast, vidéos) et regroupe les auteurs de l'école de géopolitique réaliste et pragmatique.
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