Arc caraïbe : l’après-Maduro ou le retour assumé de la doctrine Monroe

12 février 2026

Temps de lecture : 5 minutes

Photo : Nicolas Maduro

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Arc caraïbe : l’après-Maduro ou le retour assumé de la doctrine Monroe

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Après l’arrestation de Nicolas Maduro, l’Amérique latine est en pleine restructuration. Dans le viseur de Washington : Cuba bien sûr, mais aussi le Nicaragua. Un effet domino ?

Une opération éclair qui rebat les cartes régionales

L’intervention militaire américaine du 3 janvier 2026 à Caracas, baptisée « Détermination Absolue », constitue un tournant majeur dans la gestion des crises sur le continent américain par Washington. Plus qu’un simple changement de régime, l’opération a en effet déclenché une reconfiguration rapide des équilibres politiques et énergétiques dans l’arc caraïbe, touchant directement le Venezuela, Cuba et le Nicaragua.

Rappelons les principaux faits : dans la nuit du 2 au 3 janvier dernier, plus de 150 aéronefs américains (chasseurs furtifs, bombardiers stratégiques et appareils de soutien électronique) ont saturé l’espace aérien du nord du Venezuela. Les frappes ont ciblé en priorité les centres de commandement, les systèmes de contrôle et les batteries de défense antiaérienne, notamment les dispositifs russes S-300 et S-400. Selon les sources américaines, ces systèmes auraient été neutralisés par des moyens de guerre électronique avancés et auraient révélé des défaillances critiques au moment décisif.

Au cœur de l’opération, une unité de la Delta Force a mené une incursion héliportée sur le palais de Miraflores, résidence officielle du président vénézuélien à Caracas. La capture du chef d’État, Nicolás Maduro, et de son épouse, Cilia Flores, s’est ainsi déroulée sans résistance prolongée en dépit des menaces répétées de celui-là en cas d’opération américaine. À 10h30, le 3 janvier, Donald Trump annonce officiellement l’arrestation du couple présidentiel et, à 23h40, Nicolás Maduro atterrit à l’aéroport Stewart International, dans l’État de New York. Cette rapidité vise avant tout à placer la communauté internationale devant le fait accompli tout en montrant que la capacité diplomatique et militaire de Washington en Amérique reste intacte.

La criminalisation d’un régime

Le 5 janvier 2026, Nicolás Maduro comparaît devant un tribunal fédéral de Manhattan. L’acte d’accusation, qui consiste en une extension des charges pour trafic de drogue formulées dès 2020, présente le régime chaviste comme une entreprise criminelle transnationale. Les chefs retenus incluent le narco-terrorisme, le complot d’importation de cocaïne et la possession d’armes de guerre. Pour sa part, Cilia Flores est poursuivie pour complot, trafic de drogue et corruption, tandis que le fils du président et de sa première épouse, Nicolás Maduro Guerra (dit « Nicolasito »), est accusé d’avoir coordonné des échanges d’armes contre de la cocaïne avec les anciennes Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). L’enquête vise également Héctor Guerrero Flores, chef du Train d’Aragua (organisation criminelle transnationale dans le collimateur de Donald Trump depuis son retour à la Maison-Blanche) pour collaboration avec l’État vénézuélien dans la distribution internationale de stupéfiants. Le témoignage d’Hugo « El Pollo » Carvajal, ancien chef du renseignement militaire sous la présidence d’Hugo Chávez, joue un rôle central dans l’accusation.

De son côté, Nicolás Maduro se présente comme « prisonnier de guerre », contestant la compétence des juridictions civiles américaines. Malgré cela, l’administration Trump entend démontrer que les agissements du pouvoir vénézuélien relèvent davantage du crime organisé que de la gouvernance souveraine, autorisant ainsi la justice américaine à agir contre ses principaux représentants.

Le Venezuela sous Delcy Rodríguez : stabilisation sans démocratisation

Contrairement aux attentes concernant une transition démocratique rapide, le pouvoir à Caracas se stabilise par la suite autour de la vice-présidente Delcy Rodríguez, nommée présidente par intérim le 5 janvier 2026 en vertu de la Constitution vénézuélienne. Sa légitimité internationale est immédiatement consolidée par la reconnaissance officielle de Moscou dès le lendemain, tandis que Washington ouvre un canal de communication direct avec elle.

Du point de vue de la Maison-Blanche, il s’agit moins d’abattre le système chaviste en place (opération dont les résultats seraient très incertains et pourraient entraîner les États-Unis dans une coûteuse intervention militaire au sol) que de contrôler le Venezuela en s’appuyant sur les structures existantes. Cette stratégie américaine d’« autoritarisme géré » vise de fait à éviter l’effondrement d’un État déjà fragilisé par une décennie de crise protéiforme. Le spectre d’une guerre civile ou d’un nouvel exode massif (le Venezuela a déjà vu partir plus de 7 millions de ses citoyens depuis 2015) pèse sur les calculs américains.

Sous pression, Caracas libère plus de 626 détenus. Par ailleurs, le 10 janvier, Washington proclame l’état d’urgence national sur place afin de protéger les revenus pétroliers vénézuéliens, interdisant toute saisie des fonds déposés aux États-Unis. En contrepartie d’un allègement progressif des sanctions, l’administration américaine exige l’expulsion des conseillers russes, iraniens et cubains présents à Caracas, la réouverture du secteur pétrolier aux grandes compagnies américaines et la neutralisation des groupes armés irréguliers.

L’ensemble des décisions américaines en la matière semblent porter leurs fruits, puisque, dès le 28 janvier, le secrétaire d’État Marco Rubio évoque des relations « efficaces et respectueuses » avec Delcy Rodríguez et annonce la possible réouverture de l’ambassade américaine à Caracas. La priorité affichée n’est donc pas la démocratie, mais la sécurité énergétique ainsi que la stabilité du pays caribéen.

Une opposition marginalisée

Pour l’opposition démocratique vénézuélienne, le choc de cette « non-transition » est brutal. María Corina Machado, lauréate du prix Nobel de la paix en 2025 et grande figure de l’anti-chavisme, reste en effet largement écartée du processus décisionnel qui suit la capture de Nicolás Maduro. Lors d’une rencontre à la Maison-Blanche, le 15 janvier 2026, elle offre symboliquement sa médaille Nobel à Donald Trump. Si le geste est salué publiquement, le président américain semble estimer que son interlocutrice n’est « pas qualifiée » pour diriger le pays dans cette phase critique.

L’idée d’élections libres à court terme s’éloigne par conséquent, et les amnisties envisagées pour des militaires ralliés au nouveau pouvoir suscitent l’indignation d’une partie de la population. Pour beaucoup, l’intervention américaine ressemble davantage à une recomposition autoritaire qu’à une refondation démocratique : Washington s’assure que le pétrole vénézuélien ne sera pas vendu à n’importe qui, mais s’appuie pour ce faire sur la dictature chaviste.

Cuba en route vers l’asphyxie énergétique ?

En parallèle, la chute de Nicolás Maduro désarticule l’axe énergétique Caracas-La Havane. Avant janvier 2026, Cuba recevait effectivement environ 35 000 barils de pétrole vénézuélien par jour. Or, l’île consomme près de 100 000 barils quotidiens. Pour sa part, sa production nationale plafonne à 38 000 barils, de qualité médiocre, et les importations mexicaines, qui atteignaient 19 000 barils en 2025, sont tombées à 7 000 après les pressions américaines consécutives à l’intervention de janvier. Enfin, le soutien russe, estimé à 10 000 barils, demeure aléatoire.

Ce déficit massif aggrave une économie déjà fragilisée : recettes touristiques divisées par trois depuis la pandémie de Covid-19, effondrement de l’industrie sucrière et chute de moitié des revenus issus des brigades médicales à l’étranger. Les coupures d’électricité se multiplient, alimentant le mécontentement social.

Désormais, Washington utilise donc le levier vénézuélien pour accentuer la pression sur La Havane, puisque toute assistance énergétique substantielle à Cuba est susceptible de sanctions. L’ultimatum lancé le 12 janvier 2026 laisse entrevoir l’extension du modèle d’« autoritarisme géré » à ce pays qui constitue une épine dans le pied américain depuis 1959.

Nicaragua : la peur comme stratégie

Au Nicaragua, les co-présidents Daniel Ortega et Rosario Murillo réagissent à cette nouvelle donne régionale par une répression préventive. Dès la première semaine de janvier, l’ONG Monitoreo Azul y Blanco recense ainsi au moins 60 arrestations arbitraires liées à des messages favorables à l’intervention américaine au Venezuela.

Un « état d’alerte » permanent est même instauré, avec surveillance renforcée, exil forcé et traque numérique des dissidents. Privé du soutien financier vénézuélien, le régime nicaraguayen dépend désormais plus étroitement d’une aide russe ou chinoise, dont la pérennité reste incertaine. C’est dans ce contexte que le pouvoir se raidit à Managua face à la peur d’une nouvelle expansion de l’interventionnisme américain.

Un nouvel équilibre sous tension

En somme, l’opération « Détermination Absolue » a brisé un axe politique hostile aux États-Unis d’Amérique, mais a aussi réaffirmé une logique rappelant la doctrine Monroe et la mainmise de Washington sur le continent américain.

Les réactions à ce nouveau panorama sont diverses. Le Mexique a condamné l’intervention tout en proposant sa médiation, inquiet du précédent créé (qui pourrait mener à un déploiement américain sur son sol pour combattre les cartels de la drogue). Toutefois, le coup est aussi très durement ressenti sur d’autres continents : la Russie opte pour un repli tactique, probablement pour préserver ses marges de manœuvre en Ukraine ; quant à la Chine, fidèle à son approche prudente, elle privilégie la stabilité de ses investissements et le multilatéralisme.

L’arc caraïbe reste ainsi sous tension. Washington a sécurisé un levier énergétique stratégique, mais au prix d’un pari risqué : maintenir des structures autoritaires en espérant qu’elles garantissent l’ordre. Le danger est que cette stabilité apparente laisse intactes les racines de la corruption et de l’exclusion, comme le démontre la situation complexe de l’opposant vénézuélien Juan Pablo Guanipa (libéré, de nouveau arrêté, puis assigné à résidence).

L’histoire de la région rappelle qu’un autoritarisme « géré » peut préparer la prochaine crise plutôt que l’éviter. Il reste donc à voir quel chemin suivront les Caraïbes dans les prochains mois.

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À propos de l’auteur
Nicolas Klein

Nicolas Klein

Nicolas Klein est agrégé d'espagnol et ancien élève de l'ENS Lyon. Il est professeur en classes préparatoires. Il est l'auteur de Rupture de ban - L'Espagne face à la crise (Perspectives libres, 2017) et de la traduction d'Al-Andalus: l'invention d'un mythe - La réalité historique de l'Espagne des trois cultures, de Serafín Fanjul (L'Artilleur, 2017).

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