<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> « Dans vingt ans, New York sera engloutie par les flots »

6 janvier 2024

Temps de lecture : 3 minutes
Photo : (c) unsplash
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« Dans vingt ans, New York sera engloutie par les flots »

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Prévisions bancales et prophéties sans suite, le passé a souvent regardé dans une boule de cristal pour faire des annonces tonitruantes qui se sont révélées fausses. Cette chronique revient sur quelques prévisions erronées.

Article paru dans le numéro 48 de novembre 2023 – Espagne. Fractures politiques, guerre des mémoires, renouveau de la puissance.

Le visage grave, Henri Sannier, présentateur vedette du JT d’Antenne 2, l’annonce en juin 1989, citant le directeur du bureau de l’environnement des Nations unies (donc une source forcément sérieuse) : « Plusieurs pays pourraient disparaître sous les flots d’ici dix ans. » Le tout accompagné d’un reportage montrant vagues déchaînées et pots d’échappement fumant. Un sixième du Bangladesh, Maldives, Caraïbes, Pays-Bas, Seychelles, autant de lieux qui devraient disparaître sous les flots d’ici l’an 2000. Comme New York, comme Venise, dont l’engloutissement est toujours prévu « d’ici vingt ans ». Dans son célèbre film Une vérité qui dérange (2006), qui lui permit de gagner le prix Nobel de la paix, Al Gore annonçait une montée des eaux de six mètres, dans un montage vidéo montrant la Floride et Pékin submergés par les flots. Dans un article d’août 2001, Le Monde annonce que l’archipel de Tuvalu va lui aussi être englouti par les flots et qu’il y a donc urgence à faire valoir la justice climatique. Or non seulement entre 1984 et 2003, les îles de l’atoll sont restées stables, voire se sont agrandies, mais elles sont toujours hors d’eau aujourd’hui. Surprise, « le journal de référence » s’est trompé.

« La montée des eaux » est devenue un lieu commun du discours politique et médiatique, oubliant que les deltas, les mangroves, les espaces insulaires voient l’eau fluctuer en fonction de différents facteurs. Loin de connaître une montée des eaux, depuis trente ans le niveau des mers et des océans a augmenté de moins de 4 mm, information confirmée par tous les marégraphes du monde. Le nouveau déluge n’est donc pas près d’arriver. S’il est repris souvent par conformisme intellectuel, le discours sur la montée des eaux permet aussi à quelques États insulaires de bénéficier de généreuses subventions internationales qui viennent combler leurs budgets. L’appât du gain sait alors mettre la science de côté[1].

Rente écologique

La montée des eaux devient ainsi une rente financière, au même titre que les pavillons de complaisance ou les paradis fiscaux. En échange de subventions pour compenser la montée des eaux qui n’existent pas, ces États monnayent leurs voix à l’ONU et dans les instances internationales, leur permettant ainsi d’acquérir un poids politique que leur petitesse est bien incapable de leur fournir. C’est une façon aussi de faire oublier la corruption et l’absence de démocratie des pays en question. Jean-Christophe Gay parle à ce titre « d’écoblanchiment ». Près de 50 % du budget de Tuvalu dépend ainsi de l’aide internationale, qui permet à l’île de disposer d’une administration pléthorique et ainsi d’acheter la paix sociale. Activer la culpabilité des Européens permet non seulement de bénéficier d’une confortable rente de situation, mais en plus de faire oublier les atteintes à l’environnement des politiques locales. Destruction des mangroves, accroissement démesuré des villes, extraction anarchique des sables et granulats provoquent beaucoup plus de dégâts que la montée des eaux qui n’existent pas. Mais tout le monde y trouve son compte : là-bas des subsides, chez nous des subventions et des passages médiatiques. La peur de la montée des eaux est devenue un très bon business humanitaire. La géographe Virginie Duvat le résume : « La mer monte en moyenne de 2,2 millimètres par an dans les atolls, en comparant des images aériennes anciennes, datant des années 1960 et des images actuelles, on constate que pour 77 % d’entre eux, la surface est maintenue, elle grandit pour 17 % d’entre eux[2]. » Pas de quoi édifier un bateau pour affronter le déluge. Mais une nécessité de résoudre les vrais sujets environnementaux, qui bien souvent ne sont pas ceux du temps médiatique.

[1] Jean-Christophe Gay, « Le réchauffement climatique : l’instrumentalisation des îles », L’Espace géographique, 2014/1, p. 81-89.

[2] Alexis Metzger, « Les îles basses vont être les victimes de la montée des eaux, futures catastrophes climatiques », Catastrophes climatiques. 21 idées reçues pour comprendre et agir, Le Cavalier Bleu, 2021, p. 67-73.

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À propos de l’auteur
Jean-Baptiste Noé

Jean-Baptiste Noé

Docteur en histoire économique (Sorbonne-Université), professeur de géopolitique et d'économie politique à l'Institut Albert le Grand. Rédacteur en chef de Conflits.
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