<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Décines-Charpieu : un incendie criminel, trois morts, et la guerre des narcotrafiquants au cœur de la banlieue lyonnaise

12 mai 2026

Temps de lecture : 4 minutes

Photo : (c) Conflits Trafics de drogue

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Décines-Charpieu : un incendie criminel, trois morts, et la guerre des narcotrafiquants au cœur de la banlieue lyonnaise

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  • Lundi matin, un incendie criminel a tué trois personnes dans un immeuble de sept étages du quartier du Prainet à Décines-Charpieu, en banlieue de Lyon. Deux bonbonnes de gaz avaient été déposées sur des paliers avant les départs de feu.

  • Le parquet de Lyon a ouvert une enquête pour homicide volontaire en bande organisée, sur fond de guerres de territoire entre narcotrafiquants qui ensanglantent la commune depuis plusieurs semaines.

  • Tirs à l’arme automatique sur des façades, incendies de paliers, balle perdue qui blesse une mère de famille : les habitants du Prainet vivent sous la terreur d’un narcobanditisme que les autorités peinent à endiguer.

Par Ambre Desprès et Bertille Lagorce (AFP), Lyon

Plusieurs départs de feu ont éclaté vers 07h30 lundi matin dans un immeuble d’habitations de sept étages du quartier populaire du Prainet à Décines-Charpieu, dans la banlieue est de Lyon. Selon une source policière, les foyers ont démarré sur plusieurs paliers et deux bonbonnes de gaz de 13 kg avaient été préalablement déposées aux 2e et 4e étages. Les caméras de vidéo-protection ont enregistré deux individus en vêtements sombres quittant les lieux en trottinette peu après les faits.

Un homme de 29 ans s’est tué en se jetant du 7e étage durant l’intervention des pompiers. Deux autres résidents ont été retrouvés morts après que l’incendie a été circonscrit. Quatorze personnes exposées à des fumées ont été transportées à l’hôpital en urgence relative, et une quarantaine d’autres prises en charge dans un gymnase voisin. Plus de 80 sapeurs-pompiers et une trentaine d’engins ont été mobilisés pour éteindre le sinistre.

« Des guerres de territoire »

Le parquet de Lyon a ouvert une enquête pour homicide volontaire en bande organisée, confiée à la division de la criminalité organisée et spécialisée (DCOS) de la police judiciaire. « Pour l’heure, aucune hypothèse n’est écartée, notamment la piste criminelle », a déclaré le procureur de Lyon, Thierry Dran. « L’hypothèse de violences entre trafiquants de drogues est à l’étude », a précisé une source policière à l’AFP.

« Il y a eu des guerres de territoire à Lyon ces derniers jours, des rivalités entre des bandes de narcotrafiquants », notamment à Décines-Charpieu, a rappelé le préfet du Rhône délégué à la sécurité, Antoine Guérin. Plusieurs départs de feu criminels ont été signalés depuis fin avril rue Sully, là même où s’est produit le drame de lundi, et des tirs d’armes à feu y ont été recensés à proximité. Le 24 avril, une femme qui rentrait chez elle avec ses enfants avait été atteinte au mollet par une balle perdue lors de tirs visant des voitures stationnées.

« Maintenant, c’est Chicago. Ça crame des portes tous les jours. C’est tendu, c’est invivable. » Un résident de l’immeuble sinistré, 22 ans.

Pour les habitants du Prainet, la terreur est devenue le quotidien. « Les pompiers ont cassé la porte de chez moi, on était les derniers à sortir, la porte prenait feu », raconte un jeune habitant de 18 ans, sous couvert d’anonymat. « C’était choquant », s’indigne une voisine qui se dit « traumatisée ». Comme tous les riverains, elle n’a pas souhaité donner son nom par peur de « représailles ». Martine, 65 ans, habite rue Sully depuis une trentaine d’années. « Il y a toujours eu du trafic de drogue », dit-elle, « mais avant, les trafiquants cramaient des voitures. Désormais, ils mettent en danger tout un immeuble, c’est n’importe quoi. »

Lire aussi : Narcotrafic : la France face à l’emprise des réseaux criminels

Couvre-feu et état d’urgence réclamé

Face à la multiplication des actes d’intimidation — tirs à l’arme automatique sur des façades et portes d’immeubles, incendies sur des paliers —, la maire LR de Décines-Charpieu, Laurence Fautra, avait déjà interpellé le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez pour réclamer une « présence régalienne ferme et efficace » afin de « purger » la ville « de ses narcotrafiquants ». Lundi soir, elle a franchi un pas supplémentaire en décrétant un couvre-feu pour les mineurs à partir de 22 heures au Prainet et en réclamant « l’instauration de l’état d’urgence » dans le quartier.

(c) Conflits Trafics de drogue

La préfète du Rhône a annoncé le déploiement en renfort dès lundi soir de deux compagnies de CRS et d’autres effectifs des polices nationale, départementale et municipale. Le sentiment d’abandon reste cependant profond parmi les résidents. « Les victimes collatérales, c’est nous », a relevé un quinquagénaire. « Tout le monde est laissé à l’abandon dans notre quartier », s’est agacée une mère de famille.

« En décembre 2022, un incendie avait fait dix morts, dont quatre enfants, à Vaulx-en-Velin. Le feu était parti d’un canapé installé dans un point de deal au rez-de-chaussée. Trois ans plus tard, le bilan humain s’alourdit de nouveau. »

Un précédent meurtrier à Vaulx-en-Velin

Le drame de Décines-Charpieu n’est pas sans précédent dans la banlieue est de Lyon. En décembre 2022, un incendie avait fait dix morts, dont quatre enfants, dans un immeuble de Vaulx-en-Velin. L’enquête avait établi que le feu était parti d’un canapé installé dans un point de deal au rez-de-chaussée. Trois ans plus tard, le même territoire paye à nouveau un tribut mortel au narcotrafic, dans un contexte où les réseaux criminels n’hésitent plus à mettre en danger des immeubles entiers pour régler leurs comptes.

Lire aussi : Crime organisé et narcotrafic : l’État face à ses propres limites

© Agence France-Presse 

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Revue Conflits avec AFP

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