Editorial n° 34. La méthode Conflits : empirisme et réalisme

12 juillet 2021

Temps de lecture : 3 minutes
Photo : Nouveau Conflits, Afrique de l'Ouest. Le péril narco-jihadiste.
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Editorial n° 34. La méthode Conflits : empirisme et réalisme

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La nécessité de voir le monde de manière pragmatique s’impose plus que jamais afin d’en comprendre les tenants et aboutissants. Refuser les prismes idéologiques ou utopiques est le choix qui a permis à Conflits de développer un esprit d’analyse lucide et de vous livrer des analyses sérieuses depuis des années.

En sept ans d’existence, Conflits a anticipé un certain nombre d’événements géopolitiques majeurs. Alors que la quasi-totalité des médias expliquait que Donald Trump et Jair Bolsonaro ne seraient jamais élus, nous expliquions pourquoi ils pourraient l’être. Dès 2015 et le début de la grande vague des migrants, nous analysions le rôle des mafias dans le contrôle des migrants et le fait que des djihadistes s’infiltraient en Europe via les réseaux migratoires. Des éléments certes aujourd’hui reconnus par beaucoup, mais il n’en allait pas ainsi il y a six ans. Si la réalité de la guerre économique est désormais partagée par le plus grand nombre, notamment après l’affaire Alstom, ce n’était pas le cas lorsque nous publiâmes notre premier hors série « Nous sommes en guerre économique » en novembre 2014. Quand tout le monde ânonnait que Bachar n’en avait plus que pour quelques jours, nous expliquions pourquoi il serait difficile de le renverser. Dans notre numéro de mars dernier, nous avons publié une longue analyse de l’infiltration islamiste dans l’océan Indien et au Mozambique, quelques semaines avant l’attaque au Cabo Delgado. Nous pourrions donner de nombreux autres exemples non pas de prescience mais de juste analyse des situations et des événements. Cela est rendu possible grâce à l’appui d’un comité de rédaction composé de personnes expertes, connaissant les sujets dont elles traitent, et à la mobilisation de nombreux universitaires et professionnels de par le monde. Conflits a renforcé ses partenariats avec des revues, des magazines et des centres de recherche étrangers, afin d’organiser des partages d’articles et d’auteurs. En vous abonnant à Conflits, vous pourrez ainsi désormais accéder à l’analyse de nombreux experts à travers le monde. Ces revues reprendront certains de nos articles, contribuant de la sorte à diffuser la pensée de l’école française de géopolitique.

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La méthode Conflits repose sur l’expertise de nos auteurs, mais également sur l’empirisme et le réalisme qui se déclinent en quatre thématiques.

Le temps et l’espace. L’histoire et la géographie permettent de comprendre le présent à la lumière du passé et d’anticiper l’avenir. L’histoire révèle la permanence du temps long et le poids de l’expérience, la géographie permet l’analyse multiscalaire du local au global. Elle donne une compréhension des espaces dans lesquels les événements se déroulent. Les reliefs, les climats, les végétations contraignent les actions humaines, même si loin d’être enfermé dans un déterminisme géographique, l’homme peut aussi transcender et développer les territoires qu’il peuple.

L’homme tout entier. Notre analyse anthropologique s’attache à décrire les phénomènes humains sans négliger aucune des facettes de l’homme : non pas seulement politique et économique, mais aussi sociale, culturelle, artistique, spirituelle et même ses recoins plus sombres comme la criminalité. L’homme n’est pas un pur esprit ; il mange, il aime, il croit. Il fait des erreurs, il peut être fatigué, il peut se tromper. Négliger la totalité de l’homme fait passer à côté des motivations de son action.

Le rôle des symboles. La puissance culturelle est un langage qui se déploie à travers des symboles propres à une population : art, vêtements, cinéma, architecture, design, rites et coutumes, linguistique et média. Le symbole permet de comprendre la sociologie des peuples ; la puissance culturelle manifeste la gloire des pays. Le château, le musée, l’œuvre littéraire ou musicale, le patrimoine urbain et paysager forment la pensée des peuples.

Puissance et rapports de force. Les États cherchent d’abord à défendre leurs intérêts, combattant dans la guerre militaire et la guerre économique et établissant des rapports de force et de puissance entre eux. Cet affrontement ne laisse pas de place aux amis, éventuellement aux alliés, et autorise souvent les alliances de revers et les renversements d’alliance. Les politiques normalement constitués savent que les finales ne sont pas faites pour être jouées, mais pour être gagnées. Nulle place pour la beauté du jeu, seule compte la victoire finale, même si cela n’exclut pas un certain romantisme et un grand idéal.

Chose sérieuse, la géopolitique a aussi besoin d’un peu de dérision et d’humour pour ne pas complètement se perdre ; et si l’on peut se réjouir des analyses justes, il est tout autant nécessaire de reconnaître ses erreurs et d’apprendre d’elles.

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À propos de l’auteur
Jean-Baptiste Noé

Jean-Baptiste Noé

Docteur en histoire économique (Sorbonne-Université), professeur de géopolitique et d'économie politique à l'Université catholique de l'Ouest (Angers) et à l'Institut Albert le Grand (Lyon). Rédacteur en chef de Conflits.
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