<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Éditorial N61 — La France est mondiale mais personne ne la pense

2 janvier 2026

Temps de lecture : 3 minutes

Photo : L’île de la Réunion, avec sa canne à sucre, sa montagne et les villes côtières.

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Éditorial N61 — La France est mondiale mais personne ne la pense

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Tous les politiques le jureront, la main sur le cœur, ils aiment les outre-mer. Si les déclarations d’amour sont toujours agréables à entendre, seules comptent les preuves de cet amour et, en matière d’outre-mer, force est de constater que ces territoires font partie du non pensé français.

Un article à retrouver dans le N61. Outre-mer : La France des 13 fuseaux horaires. 

La matraque et le chéquier. Les outre-mer ne sont évoqués que lors des catastrophes naturelles, séismes ou cyclones, quand s’ouvre le carnet de chèques pour la reconstruction et que promesses sont faites que la solidarité nationale n’abandonnera pas les territoires meurtris ; ou bien lors des émeutes, quand est sortie la matraque, afin de rétablir l’ordre républicain, jusqu’à la prochaine éruption sociale. La CAF et la gendarmerie sont les deux figures républicaines visibles de la présence française en outre-mer. Victime d’un glaucome géopolitique qui ne lui fait voir que l’Afrique de l’Ouest, la France oublie qu’elle n’est pas qu’européenne et que, depuis plusieurs siècles, son histoire s’écrit le long de treize fuseaux horaires, faisant d’elle le pays couvrant le plus grand nombre de fuseaux horaires dans le monde. Mais les outre-mer sont le symbole presque caricatural de l’absence de doctrine stratégique et de vision mondiale.

Partir ou faire. Il faudra bien trancher : soit partir, soit faire. Soit reconnaître que les outre-mer ne sont d’aucune utilité à la puissance française, qu’ils ne sont pas la France, qu’ils ne sont que pure formule de rhétorique politique. Dans ce cas, autant donner tout de suite l’indépendance à des territoires que la plupart des dirigeants politiques ne savent pas situer sur une carte. Économisons la vie des gendarmes, qui meurent en Guyane et en Nouvelle-Calédonie, signons des accords-cadres pour conserver l’usage de la base de Kourou, le terrain d’entraînement des soldats dans la jungle et quelques bases navales à travers le monde pour y rattacher la Marine.

Ou bien assumons et pensons la présence de la France à l’échelle mondiale, sur ces territoires terrestres et ces espaces maritimes afférents. Et dans ce cas, établissons une véritable doctrine géostratégique et politique pour tirer parti intelligemment de ces territoires et pour créer un réel sentiment de lien commun entre les populations qui y vivent et les Français de la France européenne.

Alors ? Parmi les pistes possibles, le déploiement de l’atout militaire de ces régions. Ce qui suppose de disposer d’une flotte plus importante que les faméliques unités dispersées dans ces espaces. Et donc, pour cela, de réduire la dépense publique administrative pour réaffecter les ressources au développement de l’armée. La suppression de l’économie de la rente, verrouillée pour les intérêts de quelques familles installées, est l’autre piste nécessaire afin de créer un terreau favorable à l’entrepreneuriat. Il n’y a aucune fatalité à la pauvreté, ni pour la Guyane, qui pourrait être le comptoir français en Amérique latine, ni pour la Martinique et la Guadeloupe qui, en se tournant davantage vers les États-Unis, pourraient devenir le bras économique de la France dans cette région. La France ne manque pas d’entrepreneurs aux idées florissantes et au courage inoxydable pour porter des projets et des pistes de développement dans ces territoires. Le troisième levier, indispensable et corolaire des autres, est de mettre à bas le mur intellectuel entre les populations. Entre les Blancs à la mentalité coloniale, même s’ils s’en défendent, et des populations qui vivent de la rente victimaire, même si elles sont beaucoup plus riches que leurs voisins, la coopération n’est pas possible. L’immobilisme satisfait beaucoup de monde, installés dans un confort intellectuel et financier que personne n’a vraiment envie de changer. Pourquoi supprimer les rentes de l’octroi de mer et de la CAF et devoir innover pour développer son territoire ?

Pour les partis indépendantistes, la présence de la matraque est la meilleure des garanties pour faire perdurer leur rente politique et leur statut fondés sur l’exploitation du ressentiment. Les outre-mer ne sont pas pensés ? Cela convient à beaucoup. C’est d’abord cet intérêt à l’immobilisme qu’il faut abattre pour faire de la France la puissance aux treize fuseaux horaires.

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À propos de l’auteur
Jean-Baptiste Noé

Jean-Baptiste Noé

Docteur en histoire économique (Sorbonne-Université), professeur de géopolitique et d'économie politique à l'Ircom. Rédacteur en chef de Conflits.

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