La Coupe d’Afrique des Nations organisée par le Maroc n’a pas seulement confirmé la montée en gamme du football africain ; elle a surtout révélé, avec une clarté rarement atteinte sur le continent, l’usage pleinement assumé du sport comme instrument de diplomatie et de puissance. Derrière la réussite logistique et populaire de la compétition se dessine une stratégie étatique structurée, inscrite dans le temps long, qui distingue aujourd’hui nettement le Maroc de ses voisins et partenaires africains.
Par Baudouin d’Amayé
Le Royaume apparaît ainsi comme le seul pays africain à avoir fait de la diplomatie sportive un levier central de projection régionale et internationale, avec un niveau de cohérence et d’efficacité rarement observé ailleurs. La CAN n’est pas un événement isolé, mais l’aboutissement d’une politique entamée depuis plus d’une décennie, mêlant investissements massifs dans les infrastructures, coopération sportive panafricaine, et maîtrise du récit médiatique et institutionnel.
Les faits sont désormais établis. Modernisation des stades, amélioration des réseaux de transport, capacité hôtelière renforcée, sécurité maîtrisée : le Maroc a démontré sa capacité à accueillir des événements de grande ampleur dans des conditions conformes aux standards internationaux. Mais au-delà de l’aspect technique, c’est la dimension politique de cette organisation qui mérite l’attention. En accueillant les sélections africaines, leurs dirigeants et leurs publics, Rabat s’est imposé comme un hub sportif continental, un lieu de convergence et d’influence.
La comparaison avec l’Algérie est à cet égard éclairante. Malgré un potentiel sportif réel et une histoire footballistique significative, Alger n’a jamais véritablement intégré le sport dans une stratégie diplomatique globale. Les initiatives restent ponctuelles, souvent centrées sur des enjeux de prestige ou de rivalité régionale, sans vision structurante à long terme. Là où le Maroc multiplie les accords de coopération avec les fédérations africaines, met ses infrastructures à disposition du continent et forme des cadres sportifs étrangers, l’Algérie demeure dans une approche plus défensive, peu propice à la construction d’un réseau d’influence durable.
Or, la diplomatie sportive est devenue un outil majeur des relations internationales contemporaines. À l’ère du soft power, le sport agit comme un langage universel, capable de toucher les opinions publiques, de renforcer des alliances et de légitimer une position géopolitique sans recourir aux instruments classiques de la diplomatie. Le Maroc a parfaitement saisi cette évolution : chaque compétition organisée, chaque succès logistique ou symbolique, renforce son image de stabilité, de fiabilité et de centralité régionale.
Cette stratégie s’inscrit pleinement dans la perspective du Mondial 2030 coorganisé avec l’Espagne et le Portugal. La CAN a joué le rôle de répétition générale, démontrant la capacité du Royaume à travailler avec des partenaires européens, à gérer des flux internationaux massifs et à répondre aux exigences des grandes instances sportives mondiales. Il ne s’agit pas seulement de sport, mais bien d’affirmation de souveraineté, de crédibilité et de projection géopolitique dans l’espace euro-méditerranéen et africain.
La cohérence de cette diplomatie sportive tient aussi à son ancrage institutionnel. Elle repose sur une articulation étroite entre les autorités publiques, les instances sportives et la diplomatie officielle, garantissant continuité et lisibilité de l’action. **Cette orientation s’inscrit par ailleurs dans une impulsion donnée au plus haut niveau de l’État, le roi Mohammed VI ayant directement soutenu et accompagné la structuration du sport comme levier de projection internationale du Royaume. Cette implication explique en grande partie la stabilité et l’efficacité de la stratégie marocaine dans un domaine où l’improvisation est souvent la règle ailleurs.










