La Chute de Rome. Fin d’une civilisation, de Bryan Ward-Perkins

26 janvier 2015

Temps de lecture : 2 minutes

Photo : (c) Pixabay

Abonnement Conflits

La Chute de Rome. Fin d’une civilisation, de Bryan Ward-Perkins

par

[colored_box bgColor= »#f7c101″ textColor= »#222222″]Cette recension a été publiée dans le numéro 3 de Conflits. Si vous souhaitez acheter ce numéro au format numérique, rendez-vous sur la e-boutique de Conflits en cliquant ici.[/colored_box]

En nous parlant de la chute de Rome, Bryan Ward-Perkins nous parle de nous. Il part en guerre contre les interprétations récentes qui minimisent la catastrophe que fut la fin de l’Empire romain. Parler de « déclin », d’ « effondrement », de « catastrophe » devient presqu’incorrect pour certains historiens. Place à la « transformation », à la « transition », à « l’intégration » des Barbares que l’on se refuse maintenant à « diaboliser » – tous ces termes sont de l’auteur.

La Chute de Rome. Fin d’une civilisation, de Bryan Ward-Perkins

La Chute de Rome. Fin d’une civilisation, de Bryan Ward-Perkins

Ward-Perkins en rend responsables les historiens allemands et anglo-saxons qui, finalement, n’aimeraient guère l’ancienne Rome. On pourrait aussi y voir une transposition anachronique de thèses à la mode aujourd’hui : en présentant les Germains comme des « immigrants pacifiques, respectueux des populations » (toujours selon les termes de l’auteur), ne veut-on pas nous faire croire qu’ils constituaient une chance pour Rome ?

Ward-Perkins n’a pas de mal à tailler en pièces ces thèses. Il le fait à partir d’éléments d’autant plus indiscutables qu’ils sont simples et mesurables : la taille des villes et des maisons, la masse de pièces de monnaie retrouvées dans le sol, la quantité et la qualité des poteries et des tuiles conservées, le nombre de graffitis et d’inscriptions qui témoignent de l’alphabétisation… Tout concourt : la fin de l’Empire romain a provoqué une régression matérielle qui ramène l’Europe occidentale plusieurs siècles en arrière et qui ne sera comblée qu’au XIIe ou au XIIIe siècle, dans le meilleur des cas.

L’ouvrage comporte bien d’autres considérations intéressantes, sur le degré d’assimilation des Barbares (moins grand qu’on ne le dit souvent) et sur la nature de leur domination (moins douce qu’on le croit généralement). L’essentiel est résumé par la phrase finale : « Les Romains, avant la chute, étaient aussi convaincus que nous le sommes, aujourd’hui, que leur monde resterait, pour l’essentiel, tel qu’il était. » En un mot, les civilisations sont mortelles, et leur mort se fait toujours dans la douleur.

P.G.

Bryan Ward-Perkins, La Chute de Rome. Fin d’une civilisation, Alma éditeur 2014, traduction de The Fall of Rome and The End of Civilization, 2005, 364 pages, 24,90 €

[divider]

Boutique. Voir l’intégralité des numéros : cliquez ici

[product_category category= »numero-papier » orderby= »rand » per_page= »4″]

Mots-clefs : ,

Vous venez de lire un article en accès libre

La Revue Conflits ne vit que par ses lecteurs. Pour nous soutenir, achetez la Revue Conflits en kiosque ou abonnez-vous !

Voir aussi

Patrimoine en guerre. Le sauvetage du dépôt archéologique de Gaza, une opération militaire tactique

Été 2025, l’offensive d’Israël contre la bande de Gaza s’intensifie. Tsahal déclenche l’opération « chariots de Gédéon ». La guerre urbaine impose le contrôle des hauteurs : immeubles, minarets sont ciblés de manière délibérée. Pris dans ce chaos, l'édifice abritant le dépôt de fouille de l’École biblique et archéologique française (EBAF) est menacé de destruction. Contre toute attente, l’armée israélienne ordonne son transfert avant de déclencher la frappe. La somme de 30 années de recherche à Gaza, mais surtout un patrimoine millénaire, est évacuée in extremis.

L’Iran à l’heure des choix

L’actualité éditoriale, et l’activité qui en découle pour un chroniqueur se télescopent souvent avec le cours des événements. C’est le cas ici avec cette présentation de l’histoire de l’Iran à l’époque contemporaine. Un historien spécialiste du pays, Yves Bomati, a fait appel au petit-neveu du dernier Shah d’Iran, fils de celui qui a été pendant un temps le prince héritier, pour brosser ce tableau d’un pays à l’histoire millénaire qui est devenu au XXe siècle un enjeu géopolitique majeur.

Livres 16 janvier

RPR, sous-marins, matières premières, Sparte, diplomatie : aperçu des livres de la semaine Pierre Manenti, Le RPR. Une certaine idée de la droite, Passés Composés, 2026, 24 € Au fil de ses ouvrages, Pierre Manenti s’impose comme l’historien de la droite contemporaine. Après une...

À propos de l’auteur
Revue Conflits

Revue Conflits

Fondée en 2014, Conflits est devenue la principale revue francophone de géopolitique. Elle publie sur tous les supports (magazine, web, podcast, vidéos) et regroupe les auteurs de l'école de géopolitique réaliste et pragmatique.