La coopération internationale anti-Daesh s’intensifie à Marrakech

25 mai 2022

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Photo : Réunion ministérielle de la coalition anti-Daech tenue les 12 et 13 mai 2022 à Marrakech. Credit:CHINE NOUVELLE/SIPA/2205120925
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La coopération internationale anti-Daesh s’intensifie à Marrakech

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La Réunion ministérielle de la coalition anti-Daech qui s’est tenue les 12 et 13 mai 2022 à Marrakech marque une nouvelle étape dans l’engagement et la coordination internationale dans la lutte contre le terrorisme. L’accueil de l’évènement par le Royaume du Maroc témoigne d’une volonté d’axer l’action internationale sur le continent africain notamment. L’Observatoire d’études géopolitiques assistait à cette réunion en tant qu’observateur.

Ronan Wanlin est Secrétaire général de l’Observatoire d’études géopolitiques (OEG) et expert en intelligence économique.

Créée en 2014 pour combattre l’extrémisme religieux, et la manifestation politique terroriste de ses ambitions, cette réunion a vu cette année plus de 80 représentants de pays et organisations internationales répondre à l’invitation conjointe du ministre Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains Résidant à l’Étranger, M. Nasser Bourita, et du Secrétaire d’État américain, M. Antony Blinken.  Mme Victoria Numald,  qui remplaçait le secrétaire d’État américain testé positif à la COVID-19, a affirmé que les participants se sont réunis pour « partager l’engagement d’assurer la défaite durable de l’État islamique en Irak et en Syrie, à travers le continent africain et dans le monde entier ».

Depuis la chute du califat irakien et syrien en 2019, l’État islamique a perdu le contrôle des territoires conquis en 2014. Mais il est resté bien actif et menaçant en Afrique, avec une puissance et une influence particulière dans le Sahel et dans le golfe de Guinée. Le dernier évènement date du 8 mai dernier : dans l’État de Zamfara, au nord-ouest du Nigéria, 48 personnes ont été tuées, dans des attaques menées par des hommes armés contre trois villages.

 La menace Daesh

 8 millions de personnes ont été libérées de l’emprise de Daech en Irak et en Syrie. L’organisation terroriste ne contrôle aujourd’hui pleinement aucun territoire. À ce titre, les efforts irakiens pour contenir les résidus de Daech ont été salués au cours de la Réunion. Cependant, la faculté de l’État islamique à reconstituer ses réseaux et à cibler conjointement des populations civiles et des forces de sécurité dans des zones d’absence de la Coalition internationale lui permet une résilience inédite. Ainsi, la Coalition a continué d’affirmer le maintien de la pression sur Daech, en ciblant particulièrement son approvisionnement financier,  sa propagande et donc les réseaux sociaux en ligne, en privilégiant les échanges d’informations relatives au terrorisme et aux terroristes, notamment au travers d’INTERPOL. Si l’incendie a été maîtrisé au Moyen-Orient, ses cendres sont encore brûlantes et les zones de détention des djihadistes, véritables foyers de l’influence islamiste, inquiètent la Coalition. À cela, il faut rajouter la guerre en Ukraine, dont Daech souhaite se servir comme porte d’entrée vers l’Europe, profitant de l’instabilité et des vagues d’émigration vers l’Europe occidentale pour y infiltrer ses hommes. Enfin, l’Afrique se trouve en première ligne face au terrorisme, et, par effet de bande, le monde occidental.

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Comme le note le service diplomatique de l’Union européenne, « les ministres ont relevé avec une grande inquiétude la menace que font peser les groupes affiliés et les réseaux de Daech sur la sécurité et la stabilité en Afrique sub-saharienne, notamment dans la région du Sahel et en Afrique orientale/au Mozambique ». Le repositionnement de Daech en Afrique a donc obligé la Coalition a reprendre le sujet du terrorisme sous toutes ses formes : entreprises de stabilisation dans les zones précédemment touchées par Daech afin de ne pas laisser un terreau favorable à de nouvelles actions terroristes, communications stratégiques et partage d’information pour lutter contre la propagande de radicalisation, lutte contre les combattants terroristes étrangers, etc.

L’Afrique face au terrorisme

 Faisant écho à l’inauguration récente du Bureau Programme pour la lutte contre le terrorisme, et de la Formation en Afrique de l’UNOCT (United nations Office of Counter-Terrorism) à Rabat, cette Réunion internationale a plus que jamais mis l’accent sur l’Afrique, en analysant également les actions de la Coalition en Irak, Syrie et Afghanistan. Nasser Bourita dressait d’ailleurs le bilan sombre de l’Afrique face au terrorisme : 27 entités terroristes basées en Afrique sont inscrites sur la liste des sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies et 1,4 million de personnes ont été déplacées en 2021 en Afrique de l’Ouest et au Sahel en raison des conflits dans la région. Zone particulièrement sensible au terrorisme, la bande sahélo-sahélienne a fait l’objet de toutes les attentions.

Retenons particulièrement l’accord unanime des participants sur les « préoccupations quant à la prolifération de séparatistes en Afrique qui génèrent une déstabilisation et une vulnérabilité accrue des États africains, et qui, en fin de compte, favorise Daech et d’autres organisations terroristes et extrémisme violentes ». En effet, dans une zone politiquement, socialement et économiquement difficile, la jeunesse, entre autres raisons, se trouverait plus facilement tentée de se doter de revendications extrêmes ou de tenter de gagner sa vie dans divers trafics de plus ou moins grande envergure.

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L’exercice de la criminalité dans la zone sahélo-saharienne fait alors converger les intérêts des groupes séparatistes, des mafias diverses et des groupes terroristes qui y trouvent alors un vivier de recrutement et de financement. Adnane Abou Walid al-Sahraoui, tué le 21 août 2021 au Mali, en était l’illustration parfaite : faisant ses premières armes avec le Front Polisario, il devint rapidement terroriste, puis faisant allégeance à Daech, il fondera et dirigera l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS). Le ministre Nasser Bourita a d’ailleurs souligné à ce titre que « le séparatisme et le terrorisme sont souvent les deux faces d’une même pièce. […] Faisons bien attention, encourager le séparatisme, c’est bien être complice du terrorisme », en veillant bien à rappeler la volonté et la vocation du Maroc à lutter contre le terrorisme, à travers notamment la coopération des services de renseignement et de la formation des chefs religieux.

Les participants, dont le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves le Drian, ont également rappelé l’importance de l’approche civile adoptée par la Coalition dans la mise en œuvre de ses efforts en Afrique, défendant ainsi le bénéfice final aux populations civiles, et marquant la position française sur le bilan tricolore au sein du G5 Sahel.

En effet, si l’action internationale venait à délaisser cet aspect de la lutte, les groupes terroristes, aidés par un accès de plus en plus facilité à des technologies modernes, vont continuer d’entraîner de lourdes pertes économiques sur le continent africain et, dans un cercle vicieux, favoriser les trafics et les revendications extrêmes des populations, qui constituent des terreaux fertiles aux organisations islamistes.

Plusieurs pays africains ont d’ailleurs présenté des délégations en qualité d’observateurs, illustrant bien cette volonté de consolider l’État de droit qui constitue un aspect essentiel dans la lutte contre Daech.

Cette Réunion de la Coalition mondiale anti-Daech à Marrakech a été fortement imprégnée de la « patte » marocaine. Le Royaume chérifien tient à mettre en lumière son expertise interne en matière de lutte contre le terrorisme, ainsi que la nécessité de voir coopérer les services de renseignement des différents pays. À noter que Jean-Yves Le Drian a profité de sa présence à Marrakech pour s’entretenir avec son homologue marocain, Nasser Bourita. Le communiqué du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères soulignant « le partenariat bilatéral d’exception » entre la France et le Maroc. Cette Réunion internationale marquera sans doute un tournant dans l’engagement et la coordination internationale dans la lutte contre les groupes terroristes en Afrique. Elle permet dorénavant d’avoir un consensus sur cette question et sur les méthodes de traitement, et fixe ainsi un cap à tenir en la matière. Elle a su identifier les sources du terrorisme en Afrique, et il est à souhaiter qu’elle se donne les moyens de les combattre. Sur cette question, espérons que la France saura donner l’exemple.

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