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La dernière bataille de France, de Vincent Desportes

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La Dernière Bataille de France, de Vincent Desportes

La dernière bataille de France, de Vincent Desportes

Hadrien Desuin

Hadrien Desuin

Ancien élève de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr et de l’École des officiers de la Gendarmerie nationale, titulaire d’un master en relations internationales et stratégie, Hadrien Desuin est journaliste et écrit pour Causeur et Conflits.
Hadrien Desuin
Cette recension a été publiée dans le numéro 8 de Conflits. Si vous souhaitez acheter ce numéro, rendez-vous sur la e-boutique de Conflits en cliquant ici.

Notre armée est-elle devenue un échantillon ? Ancien directeur de l’École de guerre, le général Vincent Desportes est connu pour sa liberté de ton. On se souvient qu’Hervé Morin n’avait pas supporté sa critique de la guerre en Afghanistan. Son dernier essai La dernière bataille de France ne devrait pas le réconcilier avec l’ancien ministre de la Défense de Nicolas Sarkozy.

La dernière bataille de France, de Vincent Desportes

La dernière bataille de France, de Vincent Desportes

Vif et percutant, le livre est une rafale presque illimitée de formules piquantes. Sur 200 pages, le général Desportes attaque au lance-flammes le nouveau format des Armées : « À rêver américain, l’armée française va se réveiller en chaussettes. » Malheureusement, ce joli coup de gueule repose aussi sur des chiffres et des faits accablants. Sous-dimensionnée pour des opérations aux contours politiques flous, la défense est devenue une variable d’ajustement budgétaire voire politicienne. On lance des opérations pour s’assurer une séquence médiatique et une pause dans les sondages. On sacrifie des régiments pour maintenir les objectifs de réduction de la fonction publique et financer des « emplois-jeunes ».

De livres blancs en lois de programmation militaire, le ministère de la Défense subit depuis la fin de la guerre froide des saignées en cascade. La réflexion stratégique s’est muée en alignement comptable des critères de Bercy. À chaque fois présentée comme un remède, la promesse de « moins d’hommes pour de meilleurs équipements » a servi de caution et d’hypothèque à la défense de la France. Les « déflations d’effectifs dans un contexte budgétaire contraint » ont taillé non pas le gras mais le muscle, jusqu’à l’os, selon l’expression même du chef d’état-major. Le gras est resté du fait d’un accaparement des grands postes décisionnels par des hauts fonctionnaires civils, étrangement épargnés par les purges budgétaires. « Armée échantillonnaire » réduite à un « kit expéditionnaire », les armées françaises ont peu à peu perdu des pans entiers d’autonomie (ravitailleurs, drones, transport de troupe, défense sol-air..). Bientôt, la sanctuarisation de la dissuasion nucléaire va poser question, assure l’auteur.

Le général n’épargne pas les siens. Depuis la guerre d’Algérie, la « grande muette » a complètement anesthésié toute pensée stratégique. Comme si la discipline militaire, absolument nécessaire en opération, devait aussi s’appliquer aux séminaires, aux écrits et à la réflexion du corps des officiers. Depuis une quinzaine d’années, on voit quelques officiers reprendre la plume. Las, il s’agit du service après-vente de leur propre opération. Bon an mal an, l’officier se transforme en technicien du maniement des armes, en « ingénieur de la guerre » ; il se laisse reléguer par le monde civil et politique à un rôle d’exécutant. C’est sans doute sa domestication qui est à l’origine du déclin accéléré des armées de ces dernières années. Le général Irastorza qui fut pourtant le docile fossoyeur de l’armée de Terre en compagnie du « sonore » Georgelin, a eu ce mot un peu tardif : « Nous avons longtemps cru que l’obéissance faisait notre force ; nous constatons désormais qu’elle fait notre faiblesse. » Fermez le ban ?

H.D.

Vincent Desportes, La dernière bataille de France, Gallimard Le débat, Paris, octobre 2015, 194 pages, 21 euros

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