La France. La documentation photographique

17 novembre 2025

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Photo : Les vignes de Gigondas vues depuis l'église (c) JBN

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La France. La documentation photographique

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Un numéro de la Documentation géographique pour étudier la France d’aujourd’hui, dans ses diversités territoriales et humaines.

Documentation photographique, La France, CNRS éditions – N° 8166. Charlotte Ruggeri

Dans un contexte politique pour le moins heurté, fortement polarisé, pour ne pas dire atomisé, réfléchir sur la France, du point de vue de l’organisation de l’espace, semble salutaire. L’affirmation identitaire s’appuie volontiers sur un territoire que l’on croit intangible. Une partie de la France périphérique, ou du moins ceux qui prétendent la représenter, voit cet espace comme une sorte de conservatoire du « pays réel », qui s’oppose aux métropoles plus ou moins mondialisées, pour ne pas dire cosmopolites, tant ce terme peut être connoté.

La France, ce sont des paysages, chargés d’histoire, mais ce sont aussi des femmes et des hommes qui vivent, qui l’aménagent, le transforment aussi. Et ce sont les différentes visions de cet aménagement du territoire qui se confrontent, entre la nostalgie d’un passé encore bien présent, et les défis actuels.

Parler de l’espace français, c’est d’abord insisté sur la diversité des paysages, des différentes échelles d’un territoire qui peut, dans une certaine mesure apparaître comme un condensé de l’Europe. Au-delà de la métropole, la diversité des territoires ultra-marins mérite aussi d’être abordée.

Pays de paradoxe, la France abrite une population urbaine, très largement majoritaire, dans des paysages ruraux. Ceux-ci ne sont plus véritablement en déprise, en raison des mobilités favorisées par les transports, mais également par de nouvelles dynamiques depuis la fin du XXe siècle. Les espaces périurbains forment la synthèse de ses évolutions.

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Population urbaine, espaces ruraux

Le processus de métropolisation s’est affirmé depuis près de 50 ans. La transition urbaine se poursuit, l’attractivité des villes reste toujours aussi forte. Cela existe toutefois de façon différentielle avec des populations qui stagnent, comme Marseille ou qui augmentent comme Toulouse. Cela renforce le processus de périurbanisation. Mouvements de population peuvent être aussi plus importants avec des régions entières qui voient leur population augmenter, comme dans l’ouest et le sud-ouest.

Ces réorganisations territoriales bousculent la gouvernance des espaces français. Et cela entretient un débat récurrent sur la validité de la permanence d’un découpage administratif hérité de la Révolution française avec le couple commune/département qui laisse la place aux intercommunalités/régions. Le processus de fusion entre communes, même s’il suscite de nombreuses résistances, semble s’accélérer depuis 2015. De même, les intercommunalités renforcent leurs prérogatives sans disposer pourtant d’une visibilité suffisante. La loi sur la nouvelle organisation de la république de 2015 qui a permis le regroupement des régions ne semble pourtant pas avoir produit les effets vertueux que l’on pouvait en attendre. De ce fait la lecture administrative peut apparaître comme brouillée, surtout lorsque les services centraux de l’État viennent se rajouter.

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Compétitivité et déclassement

Les enjeux de l’aménagement du territoire se situent entre la compétitivité le déclassement. Pendant les périodes de la haute croissance, des projets structurants ont été mis en œuvre, notamment dans le domaine agricole, le tourisme, le réseau autoroutier. La volonté de déconcentrer le pays s’est pourtant heurtée au mur de la réalité et le poids des grandes villes reste toujours déterminant. L’hypertrophie de la région parisienne n’est plus aujourd’hui considérée comme un obstacle, mais s’inscrit désormais dans une volonté de maintenir un rang de villes mondiales.

La mutation des espaces industriels, hérités du XIXe siècle, a pu être douloureuse. Cela a eu des conséquences sur l’emploi, et de façon globale impose une forme de recomposition des activités industrielles qui globalement reculent.

Cela a des conséquences en termes d’inégalités, et cela à toutes les échelles. Les territoires ultra-marins fixent une pauvreté plus importante, de même que les territoires méditerranéens et du Nord. Les grandes villes où les richesses se concentrent regroupent également les populations les plus fragiles.

Dans le contexte actuel de changement climatique, la France métropolitaine qui se situe dans la zone tempérée connaît également des vulnérabilités. Les ressources en eau sont menacées par l’augmentation des périodes de sécheresse, bien au-delà du bassin méditerranéen. Cela concerne aujourd’hui le bassin de la Loire. Les aléas climatiques ont évidemment un impact considérable sur les dispositifs assurantiels, avec 6,5 milliards d’euros pour l’année 2023. Ce coût ne cesse d’augmenter malgré les efforts de prévention. Les cotisations et primes d’assurance augmentent d’ailleurs sensiblement.

Espaces fragilisés

Les politiques de prévention sont associées également à des politiques de protection. Celles-ci sont déjà anciennes, mais apparaissent parfois comme des obstacles à l’aménagement. Et les intérêts contradictoires des différents usagers de l’espace peuvent conduire à des confrontations, des conflits d’usage, pour l’instant moins violents que sous d’autres latitudes.

L’auteur aborde donc ces différents sujets, du point de vue des dynamiques territoriales affectées par des mouvements de population à différentes échelles. Malgré la place récurrente dans le débat public, la France reste un pôle migratoire de second rang, même si cela ne correspond pas au ressenti de la population.

La France est également un pays carrefour, notamment en matière de transport avec l’expansion de dispositifs low cost pour les passagers, mais également, et cela n’est pas forcément suffisamment évoqué, pour les marchandises. Mais il est vrai que, dans ce domaine, ce sont les entreprises d’Europe centrale qui se sont imposées.

Le tissu urbain évolue également avec une attractivité des villes moyennes, moins de 200 000 habitants, qui ne se vérifie pas forcément dans leur croissance démographique. Cela est pourtant extrêmement variable, mais dépend au final de l’attractivité économique et donc de l’emploi que ces espaces urbains peuvent offrir. Dans les villes, de façon générale, la gentrification est parfaitement visible, de même que la ségrégation sur laquelle les différentes politiques de la ville ont régulièrement échoué, malgré des processus de rénovation et de démolition des grands ensembles des années 60 qui ne semblent pas avoir modifié la situation des habitants.

Parmi les thèmes traités, celui sur les territoires transfrontaliers mérite largement l’attention. Cela s’inscrit dans une dynamique européenne, mais, encore une fois, le différentiel en termes d’emploi et de salaire, sans parler de la fiscalité, favorise une grande diversité des situations.

Au final, cette publication suscite l’intérêt des candidats au concours d’enseignement, ce qui semble être le cœur de cible de l’éditeur, mais il est possible de l’aborder autrement. Les différents thèmes abordés peuvent être également considérés comme un répertoire des questions d’aménagement qu’il faudra résoudre si l’on souhaite maintenir à la France son statut de puissance économique, moteur d’un ensemble européen qui doit impérativement s’affirmer.

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À propos de l’auteur
Bruno Modica

Bruno Modica

Bruno Modica est professeur agrégé d'Histoire. Il est chargé du cours d'histoire des relations internationales Prépa École militaire interarmes (EMIA). Entre 2001 et 2006, il a été chargé du cours de relations internationales à la section préparatoire de l'ENA. Depuis 2019, il est officier d'instruction préparation des concours - 11e BP. Il a été président des Clionautes de 2013 à 2019.

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