C’est une époque révolue, mais qui continue d’organiser les paysages et les aménagements urbains, celle où les fleuves et les rivières étaient les principales voies de communication de la France.
Un article à retrouver dans le N61. Outre-mer : La France des 13 fuseaux horaires.
Des villes de l’intérieur ont ainsi pu être de grands ports, tels Angers et Périgueux. Des fleuves que les rois ont tout faits pour aménager, canaliser, ordonner. Ainsi de Louis XIV confiant à Pierre-Paul Riquet la création du canal royal du Languedoc, pour relier Toulouse à la Méditerranée, avant de le poursuivre vers Bordeaux et l’Atlantique. L’axe de la Seine, relié au bassin du Rhône, est un autre axe stratégique. Sur la Marne circulaient les vins et les céréales de Champagne. Le Rhône fut longtemps une frontière, avec Avignon comme ville-pont, tout comme la Loire, durant la guerre de Cent Ans et le repli de Charles VII à Bourges. Avant que ce fleuve ne devienne le chapelet des châteaux et des belles demeures et, aujourd’hui, impropre à la navigation, celui des promenades et des paysages ligériens.
Dans le sud-ouest, la Garonne a capté vers elle ses affluents, tels le Tarn, l’Aveyron et le Lot. De ce fait, le bassin fluvial de la Garonne est davantage tourné vers l’Atlantique que la Méditerranée, pourtant géographiquement plus proche. Les salaisons produites en montagne, comme dans les monts de Lacaune, sont ainsi exportées vers un bassin toulousain qui relie les contreforts du Massif central à ceux des Pyrénées.
Roger Dion fut l’un des grands géographes des fleuves français, avec sa thèse consacrée à la Loire et son indépassable ouvrage consacré à l’histoire des vins en France, où il fit le constat que tous les vignobles français sont structurés le long des fleuves et des rivières, indispensables voies d’exportation.

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Le Rhin, parce qu’il est excentré, parce qu’une faible part de son cours circule en France, parce qu’il marque une frontière, manque à l’imaginaire français. C’est un autre pays que l’espace rhénan, une autre culture et une autre politique. La France de l’Est est marquée par la Meuse et la Moselle, qui sont autant des paysages que des imaginaires mentaux et politiques.
Seules deux régions françaises ne sont pas structurées par de grands fleuves : la Corse et la Bretagne. La première, montagne érigée dans la mer, dispose de vallées, telle celle de l’Ortolo, où s’épanouissent l’agriculture et les vergers. Mais le fleuve ne fait pas partie de l’imaginaire corse. Quant à la Bretagne, aucun grand fleuve non plus, si ce n’est la Vilaine, qui traverse Redon et Rennes, agrémentant ces villes de crues mémorables.
Les fleuves sont aujourd’hui des espaces d’agrément. Les autoroutes et les TGV les longent, les vélos et les péniches touristiques les abordent autrement. Les chemins de halage sont des parcours de promenade et de courses à pied et les ports de l’intérieur des sites historiques figés. Mais les fleuves ont fourni à la France matière à poésie et à créations artistiques : écrivains, peintres, photographes ont sans cesse réinventé ces paysages, portés par leurs lumières et leurs ondulations. Commerce, guerres, châteaux, artistes, les fleuves ont vu passer les siècles, les drames, les joies. Et, aujourd’hui encore, les plus grandes villes de France bordent leur cours.









