Deuxième volume de la série consacrée à Ramon Mercader, l’assassin de Trotsky, en août 1940.
À lire également : La guerre d’Algérie en BD
Mercader. L’assassin de Trotsky, Tome 2, Patrice Perna, Stéphane Bervas, Éditions Glénat.
La solidité du scénario de cet album en deux volumes constitue incontestablement la marque de fabrique de Patrice Perna. Bien au-delà de l’épisode largement documenté de l’assassinat de Trotsky, commandité par les services secrets soviétiques, l’auteur nous conduit à une réflexion très élaborée sur les ressorts du militantisme, sur le choix d’engagement que l’on a pu faire à différentes époques. On oublie trop souvent, à cause de la noirceur des crimes du communisme, que ces horreurs ont pu être commises au nom d’un idéal de libération. Et c’est pour cela que des femmes et des hommes, sans doute en proie à des démons intérieurs, sont devenus les rouages d’une machine à broyer les consciences. Cet album est aussi une invitation à revoir le film de Joseph Losey, « L’assassinat de Trotsky », dans lequel Alain Delon incarne Ramon Mercader, qui porte le coût de piolet fatal le 20 août 1940.
L’action du tome deux se situe à la fin des années 1970, dans une période où le mouvement trotskiste, malgré ses différentes chapelles, reste largement influent dans ce que l’on appelle la gauche de la gauche.
L’angle choisi par le scénariste est celui de la psychanalyse, pour étudier le cas d’un individu en soif de reconnaissance, marqué par le rejet de sa propre mère, dans la vie réelle. Celle-ci était membre du parti communiste espagnol, pendant la guerre civile.
Le dessin des scènes de violence pendant la première tentative d’attaque contre la résidence de Trotsky, le 24 mai 1940, rappelle celui de Hugo Pratt avec un cadrage décalé qui met le spectateur au centre de l’action. Le récit se situe en partie pendant la période qui précède l’assassinat, dont le commanditaire principal ne fait aucun doute pour Trotsky, même si une partie de la presse mexicaine accuse le leader révolutionnaire de l’avoir organisé lui-même pour discréditer le parti communiste mexicain. Parmi les acteurs de cette tentative ratée, on retrouve un peintre devenu ensuite très largement célèbre, Siqueiros.

De l’URSS à Cuba
Libéré après 20 ans dans les prisons mexicaines, Ramon Mercader rejoint l’Union soviétique. Dans la période de déstabilisation qui n’est pas vraiment accueillie avec les honneurs, et finalement rejoint Cuba en 1974, où il décède en 1978.
Le regard du scénariste s’attarde également sur les femmes qui entourent le personnage principal. Sa mère, tout d’abord, communiste fervente, qui apparaît comme l’inspiratrice de l’assassinat, mais également la militante trotskiste américaine Sylvia Agellof, qui permet à Mercader de rencontrer Trotsky. Ramon Mercader était alors connu sous le nom de Jackson, après s’être appelé Mornard, un souvenir de son passage en France après la guerre civile espagnole.
Si, pour le besoin de l’histoire, l’assassin de Trotsky se retrouve à Prague en 1978, il meurt en réalité à Cuba cette même année. Pourtant, ses cendres se trouvent au cimetière de Kountsevo et sa tombe porte le nom de Ramon Lopez, avec la mention de l’ordre de Lénine et la décoration de héros de l’Union soviétique. Les nostalgiques du stalinisme fleurissent toujours la dalle de granit rose qui recouvre la sépulture.







