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L’hommage que nous devons à nos armées [ réagissez ]

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L’hommage que nous devons à nos armées

L’hommage que nous devons à nos armées [ réagissez ]

Gérard Longuet

Gérard Longuet

Ancien ministre de la Défense, Gérard longuet est sénateur de la Meuse.
Gérard Longuet

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Dans chaque numéro de Conflits, la page “polémiques” ouvre une réflexion sur un sujet controversé. Dans le numéro 2, Gérard Longuet réagit à la mise en cause de l’armée française par le Rwanda. Consultez l’article et réagissez en ligne.

S’il est une spécialité française établie, c’est bien l’autodénigrement. Elle ne connaît aucune limite, mais choisit ses thèmes cependant avec partialité. À un étudiant auquel on demandait de résumer l’histoire de son pays en deux mots, ce dernier répondait « Colonisation-Collaboration ». Il était dans le ton ! Rares sont les personnages ou les situations historiques qui trouvent grâce aux yeux des démolisseurs de la mémoire collective.

Il s’en est fallu ainsi de presque rien pour que la commémoration de la « Grande Guerre » soit d’abord un hommage rendu aux quelques dizaines de fusillés pour l’exemple, complété par une fresque des « planqués » et des « nouveaux riches ». Le sacrifi ce de tout un peuple qui lutte sur son sol envahi avait été oublié. On parle toujours de boucherie, ce qui est vrai car les guerres sont atroces. Mais rien n’obligeait les troupes de Guillaume II à violer la neutralité belge pour contourner par l’Ouest nos armées qui, à ma connaissance, défendaient leur territoire.

L’autodénigrement n’est pas neutre, il n’est pas aléatoire. Il est construit.

Il s’agit de nous faire douter de nous et de nos actions. Et lorsqu’il s’agit d’un événement complexe où le comportement français n’est remis en cause que par des minorités identifiées, ce sont ces minorités qui donnent le ton ; les professionnels de l’autodénigrement écriront alors avec délectation une nouvelle page noire au passif de la France qui, dans leurs yeux, ne peut être que coupable !

L’affaire rwandaise est exemplaire.

Pour le vingtième anniversaire de l’attentat qui coûta la vie notamment aux deux présidents du Rwanda et du Burundi le 6 avril 1994, l’actuel président rwandais, Paul Kagamé, nous a proprement agonis d’injures dans un discours officiel qu’il s’est bien gardé d’annoncer, et tout particulièrement à Bruxelles lors de la rencontre Europe-Afrique quelques jours plus tôt. À cette occasion, le président français s’était brièvement entretenu avec lui, sans que soit évoquée, semble-t-il, l’annonce de cette agression verbale, contresens historique.

Pour autant, le conflit est connu : le 5 août 2008, le ministre de la Justice rwandais a publié un invraisemblable communiqué imputant directement à la France et à ses soldats la responsabilité des massacres de 1994. Pour le vingtième anniversaire, en avril 2014 donc, les mêmes accusations sont réitérées par le président Kagamé. Un silence gêné caractérise alors la France. Seuls les journalistes et ONG qui entretiennent depuis 20 ans le procès contre notre armée sont repris dans les grands médias. L’antienne est connue. « C’est la Françafrique », cette turpitude néocoloniale, née des réseaux de Jacques Foccart, poursuivie par les diamants de Bokassa et renouvelée par « Papa m’a dit » selon le surnom de Jean-Christophe Mitterrand.

Peu importe que des hommes d’opinions différentes mais également respectés comme Paul Quilès ou Alain Juppé s’indignent publiquement. Peu importe qu’une commission parlementaire, en 1998, dont le rapporteur était Bernard Cazeneuve, ait consacré des centaines d’heures d’auditions et ait produit des centaines de pages de conclusions, sans équivoques, concernant notre armée, peu importe que le Tribunal d’Arusha ait exonéré les principaux inculpés rwandais de la préméditation de génocide, peu importe que le FPR de Paul Kagamé ait envahi à plusieurs reprises et victorieusement au printemps 1994 le Rwanda où son soutien populaire était parfaitement minoritaire, peu importe tout cela, il faut que la France soit coupable. Et ne pouvant s’attaquer au Président en charge du dossier, François Mitterrand, ou aux ministres qui suivirent le dossier, PS pour les uns comme Marcel Debarge ou Paul Quilès, de droite pour les autres comme Alain Juppé, François Léotard ou Jacques Pelletier, les détracteurs s’attaquent à l’armée française.

Or cette dernière fut la seule à intervenir au moment de la crise aiguë. Les troupes onusiennes restèrent prisonnières de leur cantonnement. Les coopérants militaires français dont le départ, au terme des accords d’Arusha, précipita la nouvelle offensive du FPR contre le gouvernement légal, privé par l’attentat de son chef institutionnel, n’étaient que quelques dizaines, hors d’état de jouer en ce printemps un rôle militaire majeur, hors l’évacuation de nos compatriotes.

C’est la France seule qui demanda et obtint une résolution des Nations unies pour mettre en place une zone de sécurité, et ce furent nos soldats, marsouins en tête, qui établirent le premier espace, épargné pour l’essentiel, par les tueries.

Sans le courage de quelques officiers, sans l’obstination de quelques spécialistes comme Bernard Lugan, sans les « coups de gueule » des ministres concernés, l’histoire voulue par les détracteurs serait définitivement établie.

L’histoire de la France est un combat, un combat pour rétablir la vérité contemporaine des événements. Oui, l’esclavage a existé. Il était le fait d’une toute petite minorité de Français qui exerçaient la traite négrière dans un contexte heureusement disparu, et, en effet, on doit préférer l’abbé Grégoire à Napoléon sur ce point.

Oui, la France a été battue en juin 1940, mais près de 100 000 soldats français morts, comme les plus de 80 000 Allemands tués en six semaines de combats effectifs, témoignent de la rudesse des combats. À cet instant, les Russes étaient les alliés des Allemands, tout comme les Italiens, alors que les Britanniques rapatriaient leur corps expéditionnaire grâce au sacrifice des nôtres à Dunkerque et que les Américains vendaient leurs armes, sous réserve d’être payés « cash » et d’être libérés du transport… Et c’est la France que l’on voudrait coupable alors que ses 40 millions d’habitants ont supporté seuls le choc.

Certes, le Rwanda n’est pas le principal sujet français, mais l’Histoire de notre pays ne doit subir aucune concession à la mauvaise foi. C’est l’hommage que nous devons à nos armées. Et c’est pourquoi il ne faut laisser aucun doute et défendre l’honneur de nos soldats injustement attaqués. Une France sans fierté n’a pas d’avenir. Avant la repentance, la connaissance des faits. Et les faits au Rwanda militent pour l’honneur du pays.

Crédit photo : DR

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11 commentaires

  1. PETER
    PETER8 juillet 2014

    Bravo Mr le Ministre pour rappeler ces quelques vérités et plus généralement votre courage politique, votre dignité et votre parler vrai dans les débats. Un esprit libre.

  2. Yves
    Yves8 juillet 2014

    Dissolution probable du 3ème RPIMA, troupes algériennes défilant sur les Champs Elysées, agressions récurrentes de nos militaires dans les rues de nos villes par des bandes (bientôt armées ?), il temps pour la grande muette de l’ouvrir, rapidement, et grand. Merci pour votre intervention écrite, M. Longuet.

  3. Alain Cavaillé
    Alain Cavaillé12 juillet 2014

    Votre article est trop rapide et il se disperse, il perd donc en impact.
    Mais il est vrai que l’Armée Française est devenue, après 1962, le pompier de bien des conflits.
    Et c’est en cela qu’elle perd de son âme.
    Car il est exact que notre Armée s’est battue très courageusement en Mai-Juin 1940, mais dès le départ elle était trahie par les politiciens et le Haut Commandement.
    Il est vrai que grâce à l’Armée d’Afrique, elle a pu lentement renaître et participer à la victoire.
    Il est aussi exacte que l’Armée s’est très bien battue en Indochine. Elle y croyait et les Indochinois aussi…Les politiciens l’ont trahie.
    En Algérie, après des débuts difficiles, elle a repris la main et les gens, Européens et Autochtones, ont cru désespérément en elle…et alors qu’elle était victorieuse, que les populations la voyaient comme le garant de la paix et de l’entente retrouvée, les politiciens l’ont une fois de plus trahie…et quand on dit “politiciens” on devrait dire le pire d’entre eux, suivi par une cour nombreuse et assidue.
    Au lendemain du Putsch des Généraux, seul le 1° REP demeura fidèle à la parole donnée.
    À partir de ce moment, l’Armée devenait la putain du pouvoir politique, et elle l’est restée.
    Aujourd’hui elle se pose des questions. Ces questions sont autant existentielles que philosophiques et morales. Déjà, elle est réduite à sa plus simple expression. La domesticité se fait rare, elle est mal payée, mal équipée, elle est déconsidérée de manière ouverte et permanente par la “classe politique”…elle n’est plus rien.
    Et pourtant elle a des officiers et des hommes qui savent très bien combattre, elle est une des toute premières armées en valeur combative…Les p’tits gars, ils y croient, ils font bien leur boulot, et ils ont acquis des valeurs que seuls les combattants connaissent et partagent, très, très loin de notre monde de dilettantes et de corrompus. Mais est-ce que ce sont à ces gens-là qu’ils doivent continuer à obéir ?
    Les Français de “la majorité silencieuse” aiment leur Armée. Les gens vous aiment. Ils vous aiment comme si vous étiez leurs enfants : officiers, officiers supérieurs, officiers généraux, hommes de troupe et sous-offs, les gens savent bien que vous êtes, en plus de leurs proches, les “Réprouvés” des régimes politiques pourris qui se suivent et se ressemblent.
    Alors, montrez-leur votre détermination, OUVREZ VOS GUEULES, et n’acceptez plus jamais que l’on dise de vous La Grande Muette.
    Maintenant, c’est la France qui a besoin de vous, vous êtes à la croisée des chemins,
    demain il faudra peut-être outrepasser la Rubicon.

    • Gauvain
      Gauvain13 juillet 2014

      @Alain Cavaillé : Vous avez raison sur tout la ligne, et à la veille du 14 juillet, cet article a indubitablement du sens. Mais qu’attendre de l’armée aujourd’hui ? Ses officiers généraux, à la mentalité de fonctionnaires, sont bien trop respectueux du pouvoir (même pourri) pour oser penser le renverser. C’est un fantasme de “droitard”, pardonnez moi l’expression, cela fait 60 ans que des gens “de droite”, au sens large, comptent sur l’armée pour régler les problèmes politiques de la France. L’armée ne fera jamais rien d’elle-même pour la simple et bonne raison que ses cadres en sont incapables.

  4. Lightsteps
    Lightsteps17 juillet 2014

    Bon article, qui rappelle certaines vérités que l’on entend pas assez bien qu’elles soient solidement établies.
    M. Longuet aurait tout de même pu saluer le fait que le gouvernement actuel ne tombe pas dans le piège de la repentance sur l’affaire rwandaise :
    Voici la déclaration de Valls suite aux accusations de Kagamé : “Je n’accepte pas les accusations injustes et indignes qui pourraient laisser penser que la France s’est rendue complice d’un génocide au Rwanda. Son honneur, c’est toujours de s’interposer entre les belligérants”.
    De même, la participation prévue de Taubira aux commémorations du 20ème anniversaire du génocide rwandais a été annulée à cause des déclarations de Kagamé.
    Ainsi, je crois que l’on peut sur cette question saluer la position du gouvernement, cet oubli nous rappelle que M. Longuet reste un politique…

  5. Liberté
    Liberté18 juillet 2014

    Bonjour,

    J’ai longtemps , moi aussi , donné ce chiffre de 100 000 morts en 1940.

    En fait , il est surestimé :

    http://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/Les-pertes-de-la-campagne-de.html

    Je suis petit-fils d’un lieutenant mort pour la France , le 22 juin 1940 , dans les Vosges , avec les dix hommes de son peloton.

    • 1984
      198429 septembre 2014

      Merci pour l’info….

  6. mathéry
    mathéry21 juillet 2014

    notre armée serait encore meilleure si l’intendance suivait ; malheureusement les politiciens qui l’ont utilisé ne lui ont pas donné le matériel adéquat…Ces ministres les font tuer pour de belles causes qui se terminent toujours par un abandon et des tués pour rien !! malgré leurs belles paroles qui sont celles de la politique..
    Combien de militaires ont disparu dans les guerres d’Indochine, d’Algérie,etc… Soldats perdus trahis par nos ministres et non par leurs officiers, tels les Trinquier, les Bigeard, Jean-Pierre, Gilles ; etc… Des hommes d’honneur ne délaissant pas les hommes ni ceux qu’ils devaient protéger !!

  7. Dignité
    Dignité24 septembre 2014

    Le dénigrement de nos Armées s’inscrit dans le résultat de la mise en œuvre d’un gauchisme né dans des années 70 pour qui, sous prétexte d’une période vichyste pendant laquelle les institutions furent usurpées, la Nation, l’Etat, et l’exercice des attributs régaliens du pouvoir (Éducation, Police, Justice et bien sûr armée), devaient être balayés d’un revers de main, pour ne pas dire piétinés. En tous cas, toujours remis en cause.
    On réforme toujours par le bas, au profit d’une minorité à qui on ne demande rien en retour (et qui souvent n’avait rien demandé), et au détriment d’une majorité. Les exemples foisonnent.

    Mais le dénigrement et la suspicion régnant en permanence sur nos armés ne provient que de cette approche idéologique qui va au détriment de la Nation.

    L’Armée n’est rien de moins que la survie de la Nation. Les hommes et femmes qui la composent nous honorent. Mais une bonne partie de l’opinion, travaillée depuis 30ans dans ce sens, préfère entendre n’importe quel dictateur du tiers monde dont les mains sont plaines de sang, que de croire en la probité de nos soldats, qui œuvrent dans un cadre strictement légal (celui d’un État de droit démocratique respectueux des droits de l’Homme et du droit international) dans des conditions de restrictions jamais égalées. Parce que la force de l’État au service de la Nation est forcement suspecte. Toujours.

    C’est affligeant.

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