Livres de la semaine – 23 Septembre

23 septembre 2022

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Livres de la semaine – 23 Septembre

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Hong-Kong, Macao, Chine, Mode et roman autobiographique, la sélection des livres de la semaine. 

Plumes d’Asie

Joseph Kessel, Hong-Kong et Macao, Gallimard, Folio, 7.20€

Kessel a été de tous les voyages et de toutes les aventures. Le lecteur ne sera donc pas surpris de le retrouver à Hong-Kong au cours des années 1950, dans cette cité qui était alors sous domination de la reine Elisabeth II. Pour les lecteurs de l’époque, le texte de Joseph Kessel était un reportage sur un monde lointain et fascinant, sur ces rochers et ces îles où s’agrippaient des Européens face à la Chine communiste. Pour les lecteurs d’aujourd’hui, ces textes sont des documents d’archives de ce que furent ces cités si particulières, avec leurs tours, leurs administrations, leurs militaires et leurs pauvres êtres perdus. Ce n’est plus vers un ailleurs géographique que nous conduit Kessel mais vers un ailleurs historique. À travers des anecdotes, des portraits, des descriptions, le lecteur suit les pas de l’auteur et voyage avec lui dans ces deux cités désormais disparues. Retour au XXe siècle donc et, par certains aspects, retour même au XIXe siècle, dans tous les cas dans un monde qui n’existe plus et que le texte kesselien, à l’écriture toujours ciselée, précise, ajustée, permet de retrouver.

Accueil de l’autre

Fabienne Verdier, Passagère du silence. Dix ans d’initiation en Chine, 2003, Le Livre de Poche, 7.90€

Il fallait être folle pour quitter ses amis, sa ville, sa carrière, jeune étudiante encore, et partir au début des années 1980 dans une Chine qui sortait à peine de la révolution culturelle pour aller apprendre les techniques ancestrales. C’est ce que fit Fabienne Verdier et ce qu’elle raconte de ces neuf années passées là-bas, dans un récit où rien ne manque des difficultés, des joies et des stupeurs d’un pays alors tout autre que celui d’aujourd’hui. Le texte de Fabienne Verdier vaut tout autant pour le chemin initiatique parcouru par la jeune femme, brimée dans son université, à qui l’on interdit l’accès aux arts traditionnels, que pour comprendre le chemin parcouru par la Chine depuis l’arrivée au pouvoir de Mao. Dans la crasse et la pauvreté des grandes villes de province ne se dessine pas encore la puissance que la Chine est aujourd’hui. Quelques grands maitres subsistent, ceux qui ont échappé aux purges de la révolution culturelle qui a voulu façonner un homme nouveau. Mais ils sont interdits d’étudiants, interdits de transmission. L’arrivée de Fabienne Verdier les dérange autant qu’elle les interroge et ce n’est pas sans difficulté qu’ils acceptent de l’enseigner. Ce témoignage montre la puissance de l’art, du savoir et de la transmission ainsi que les ravages causés par l’idéologie communiste qui a cherché à éradiquer les anciennes formes de culture. Chemin de naissance pour l’auteur c’est, pour le lecteur, un chemin de découverte.

Vestiaire

Massimiliano Mocchia di Coggiola, Du monocle et autres accessoires masculins disparus, Editions Le Chat Rouge, 2022, 16,50€.

L’auteur nous fait entrer dans le vestiaire d’il y a un siècle, à une époque où les hommes s’habillaient. Monocle, canne, cols amovibles, manchettes, foulards, c’est toute une série d’accessoires alors indispensables qui remplissaient les placards, habillaient les hommes, distinguaient et marquaient. Des accessoires désormais oubliés, sauf pour quelques rares personnes qui continuent de les mettre à l’honneur et qui semblent rangés au rayon du passé, ressortis uniquement dans les films, les tableaux, les anciennes photographies. Loin d’être un voyage nostalgique ou passéiste, la présentation de ces accessoires manie l’humour et la dérision, la joie et l’attachement pour des objets qui savent dire quelque chose. L’auteur n’en reste pas à une description sèche et rébarbative mais il montre la philosophie de ces objets et ce que leur symbole dit d’une époque et d’une société, d’ailleurs surnommée « La Belle époque ». Des accessoires qui marquent les lieux, le domaine privé et le domaine public, la vie professionnelle et la vie campagnarde, qui marquent le temps, celui de la journée et celui du soir, où l’on s’habillait différemment pour aller au théâtre, à l’opéra ou en soirée. Leur disparition n’a pas seulement effacé des accessoires qui révèlent et qui disent mais elle a aussi conduite à une confusion entre le domaine du privé et celui du public, entre le temps du travail et celui du loisir. En remettant à l’honneur ces quelques accessoires, accompagnés de dessins et servi par une langue alerte et vive, Massimiliano Mocchia di Coggiola ne fait pas qu’évoquer un temps passé, il ouvre aussi des voies d’esthétique pour le futur.

Road Movie géopolitique

Sébastien de Courtois, L’ami des beaux jours, Stock, 2022, 20€.

C’est le roman d’une génération oubliée, celle de ceux qui ont eu 20 ans à l’orée des années 1990. Le monde venait à peine de sortir des miasmes de la Guerre froide et tout semblait possible.

À Toulouse, Sébastien et Frédéric se croisent au hasard d’un amphi de droit. Bien vite, ils délaissent les pages arides du Dalloz. La quête d’absolu de ces garçons ne serait se satisfaire d’une carrière de notaire de province. Dans des cafés qui empestent le tabac, la loi Evin n’avait pas encore été votée, ils refont le monde, leur monde. Littérature, politique, filles,tout s’entremêle. On s’écharpe sur Bernanos, Bloy, Jünger et surtout on s’enflamme pour la belle Sophie, l’inaccessible chargée de TD. Et soudain, la guerre en Yougoslavie éclate.

Les passions nationales pétrifiées sous un demi-siècle d’utopie internationaliste resurgissent. Mais là où Sébastien se contente d’observer, Frédéric franchit le Rubicon de l’engagement. Aux aigles blancs serbes, il préfère le damier croate. C’est à Osijek aux confins de la Slavonie orientale qu’il épanche sa soif d’exister jusqu’à en mourir. Finalement, peu importe la cause. Chacun a ses torts et ses raisons. Vingt ans plus tard, Sébastien parvient à retrouver la tombe de Frédéric. Sébastien a muri. Il a vu du pays et des hommes. Du Rojava au Donbass, il croise toujours les mêmes profils nihilistes : « Des gens de rien qui voulaient exister, comme nous à l’époque ». Un aveu qu’il admet avoir du mal à coucher sur le papier. Mais la destinée demeure la même. Ils finissent les membres déchiquetés.  À contempler dans un dernier râle l’écran plasma de leur smartphone.

En somme, un roman où l’autobiographie l’emporte sur la romance pure. Un livre qui exhale l’odeur du sang, de la poudre et des Gauloises…

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Fondée en 2014, Conflits est devenue la principale revue francophone de géopolitique. Elle publie sur tous les supports (magazine, web, podcast, vidéos) et regroupe les auteurs de l'école de géopolitique réaliste et pragmatique.
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