Alors que la Russie multiplie les signes de rapprochement avec Madagascar dans les domaines diplomatique, militaire et économique, une réalité fondamentale tend à être occultée : dans le secteur minier, où l’enjeu est pourtant crucial, Moscou n’a jamais réussi à concrétiser un projet durable sur la Grande Île. Et cet échec est révélateur de limites structurelles de son influence.
Entre 2017 et 2019, dans un contexte de volonté malgache de diversifier ses partenaires et d’attirer des investissements extérieurs, des acteurs russes ont tenté d’entrer dans l’exploitation minière. L’accord signé entre la société publique malgache Kraoma et la société russe Ferrum Mining — liée à des intérêts associés au groupe Wagner — fut présenté comme une nouvelle étape d’un partenariat stratégique croissant.
Pourtant, ce projet n’a jamais abouti : les Russes se sont retirés du partenariat à la fin de 2019, laissant derrière eux promesses non tenues et scepticisme local.
Un échec symptomatique
Ce retrait illustre une incapacité à convertir ambitions géopolitiques en succès économiques tangibles, malgré la ruée proclamée pour sécuriser des ressources critiques — un objectif affiché de Moscou dans toute l’Afrique subsaharienne depuis la fin des années 2010.
Ce constat s’inscrit dans un contexte plus large : les projets miniers à Madagascar peinent déjà à voir le jour pour des raisons structurelles internes — environnementales, sociales et institutionnelles. Par exemple, plusieurs gisements potentiels, comme la concession d’Ampasindava riche en terres rares, restent non développés et sans exploitation effective, malgré le passage de plusieurs investisseurs. Cela montre que même dans un climat favorable, la mine malgache est un secteur complexe, difficile à maîtriser, au-delà de la seule présence russe.
Au-delà de la mine : les limites de la « diplomatie influence » russe
Ce manque de résultats concrets s’inscrit dans une dynamique plus vaste. Moscou multiplie les initiatives pour s’implanter dans l’océan Indien, mêlant diplomatie opportuniste, coopération militaire et offres commerciales dans un contexte où Madagascar traverse des crises politiques et économiques. Pourtant, l’absence de succès économique dans le domaine minier discrédite une partie de ces efforts. Une puissance qui souhaite étendre son influence ne peut se contenter de déclarations politiques ou de contrats signés pour booster son image : elle doit aussi produire des résultats tangibles pour ses partenaires locaux.
Dans d’autres contextes africains, cette même stratégie russe, militaro-politique et économique, a parfois montré ses limites ou ses revers, que ce soit via des entreprises paramilitaires dont les résultats sont discutés, ou par l’incapacité à stabiliser durablement des zones d’influence par des investissements productifs.
Pourquoi ce fiasco compte
Le cas malgache est révélateur à plusieurs titres. Il met en lumière l’écart entre la communication agressive de Moscou sur ses investissements en Afrique et la réalité des opérations sur le terrain. Il illustre que les projets miniers ne se gèrent pas comme de simples instruments d’influence ; ils nécessitent des compétences techniques, une compréhension fine des réalités locales, et une légitimité sociale, trois éléments que les partenaires russes n’ont pas réussi à réunir à Madagascar.
Pour Madagascar, riche en ressources mais fragile institutionnellement, la leçon est claire : les partenaires externes crédibles ne sont pas ceux qui promettent le plus, mais ceux qui livrent des résultats, respectent les normes environnementales et s’insèrent dans une logique de développement local bénéfique.
En fin de compte, l’échec russe à gérer un projet minier à Madagascar, malgré le contexte très favorable d’un rapprochement politique, n’est pas une anecdote. C’est un indice tangible des limites structurales de l’influence russe sur le continent africain.









