<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Panorama du matériel de l’armée française

7 mars 2022

Temps de lecture : 6 minutes
Photo : Véhicule Griffon. Crédits : Jean-Marc Tanguy
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Panorama du matériel de l’armée française

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Les matériels doivent rester suffisamment polyvalents pour affronter un large spectre de situations, tout en restant disponibles pour les entraînements et les opérations de haute intensité.

Même si la tentation est souvent de vouloir se passer d’une ou plusieurs capacités pour économiser des euros, l’histoire des opérations démontre qu’une armée de terre de premier rang comme celle de la France doit donc se contenter… de tout, et de préférence, de façon non échantillonnaire ! Pas simple alors que la marine et l’armée de l’air et de l’espace rencontrent, elles aussi, simultanément, des besoins identiques, avec des réductions temporaires de capacités (RTC) qui durent, et qu’il faut donc résorber une bonne fois pour toutes. Le maître mot est donc de « garder la cohérence d’ensemble », avec des matériels capables de la « haute intensité » (le maître-mot amené par le général Thierry Burkhard, CEMAT pendant deux ans et désormais CEMA), mais aussi de ne pas passer à côté des engagements asymétriques, l’essentiel des cas de figure qu’a rencontrés l’armée de terre depuis le début du cycle des OPEX, après 1962. Ce qui demande un pilotage fin des programmes, dans cette période qui voit la quasi-totalité des capacités renouvelées, du pistolet de 9 mm au Griffon, du nano-drone volant vingt-cinq minutes au système de drone tactique (SDT) prévu pour quatorze heures !

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Griffon, Jaguar, Serval, VBAE

Bien plus gros que le véhicule de l’avant blindé (VAB) de 1976 (14 à 16 tonnes selon les versions), le Griffon (24,5 tonnes) reprend le même principe d’une foison de versions pour répondre aux missions de l’armée de terre (infanterie, commandement, génie, observation d’artillerie…), mais y ajoute aussi de nouvelles capacités, comme la version MEPAC (54 exemplaires) qui permet d’abriter sous blindage un mortier de 120 mm. 1 872 Griffon ont été commandés, la moitié auront été livrés d’ici 2025. Une trentaine sont déployés au Sahel depuis cet été, pour une mise en œuvre par le 3e régiment d’infanterie de marine (RIMa), en octobre. Ce baptême du feu est très attendu, dans un environnement particulièrement exigeant. Avec aussi des enjeux de visibilité commerciale.

Arrivé quarante-cinq ans après le VAB, difficile de comparer son niveau d’équipement : l’information tactique est parfaitement distribuée, à la fois dans la chambre de combat, mais aussi entre les différents véhicules Griffon, et plus largement, entre tous ceux abonnés au système d’information du combat Scorpion (SICS). Une fois les postes radio Contact de Thales implantés sur les véhicules, le rythme de la manœuvre s’en ressentira, en offrant la capacité simultanée pour les échanges vocaux et les données tactiques. Avec l’actuel poste PR4G, il faut choisir entre les deux.

Le Jaguar profitera aussi du maillage et des flux du SICS, pour des tirs au-delà de la vue directe de ses missiles moyenne portée (MMP). Ces dernières équipent déjà les unités de mêlée et les forces spéciales. Son canon de 40 mm offrira aussi du punch et une cadence de tir soutenue. 300 exemplaires sont prévus, dont la moitié à livrer d’ici 2025. 122 Leclerc rénovés doivent aussi avoir été livrés avant 2025, les 200 prévus au total, d’ici 2028.

Les 108 premiers Serval auront été livrés en 2022, 489 avant 2025 et le total des 978 avant 2030. Ce véhicule polyvalent, mais plus compact que le Griffon (15 tonnes), servira aussi bien aux patrouilles qu’au renseignement et au relais de communications.

Globalement, 50 % de chaque série de ces capacités nouvelles dans la trame blindée auront été livrés avant 2025, un vrai effort en faveur de l’armée de terre (qui en avait besoin), assez inédit dans l’histoire récente.

Véhicule Griffon. Crédits : Jean-Marc Tanguy

Une nouvelle génération d’hélicoptères

L’armée de terre sera la première dotée du Guépard, dès 2026, avant la marine (2028) et l’armée de l’air (2030) : elle doit obtenir, dans les plans actuels, 80 hélicoptères sur les 174 prévus pour la France. L’appareil biturbine est fondé sur le H160 civil de six tonnes, soit trois fois la masse maximale de la Gazelle qu’il remplacera. Il dispose à la fois d’une soute pour emporter quelques combattants ou extraire des blessés, mais aussi d’une boule optronique, et des armements axiaux et aux portières (mitrailleuses). L’appareil doit pouvoir changer de configuration en fonction des missions demandées. L’aérocombat est une dimension majeure de l’armée de terre, même si cette capacité lui coûte beaucoup en maintien en conditions opérationnelles. Il faudra aussi prendre en compte les pertes d’appareils des dernières années (deux Cougar et un Caïman), et un certain nombre de Puma qui n’ont pas été remplacés, soit entre 10 et 15 Caïman pour compléter les 74 déjà commandés. Deux régiments sont déjà opérationnels sur Caïman (1er RHC de Phalsbourg et 5e RHC de Pau) et le 3e RHC vient de commencer son équipement. En 2025, le 4e régiment d’hélicoptères des forces spéciales aura aussi six Caïman standard 2, dotés d’équipements de mission (boule optronique, ouvertures dédiées pour les mitrailleuses, capacités de grappe). Ces apports pourront aussi, par la suite, profiter à toute la flotte. Dernier enjeu, et pas des moindres, la France doit aussi convaincre des partenaires européens pour l’instant rétifs d’investir dans le Tigre Mk3. L’engin doit permettre au fer de lance de l’ALAT de rester compétitif encore au moins vingt ans. Il disposera notamment d’un nouveau missile MHT confié à MBDA, d’une avionique FlytX de Thales et sera inscrit dans le système Scorpion, avec capacité de recevoir des images de drones en temps réel.

Des robots en vue

L’armée de terre prend aussi le virage de la robotique, alors que son homologue britannique inclut déjà les robots dans ses rangs, en les comptant comme des combattants à part entière. Le 10 juin, l’armée de terre a annoncé la création d’une section Vulcain, spécialisée dans les robots, qui œuvrera au sein du 94e RI, au centre d’action en zone urbaine. Il s’agira à la fois de déterminer les bons concepts d’emploi, particulièrement en ville, où le terrain compartimenté peut vite amener des pertes importantes. Mais aussi contribuer à l’acceptabilité des robots dans les unités de combat, dans leurs différents rôles. En 2021, l’armée de terre a commencé à expérimenter des robots israéliens Roboteam au Mali, mais l’expérience n’est pas totalement concluante, du fait, notamment, des hautes températures régnant sur place.

Le 10 juin, et face au CEMAT, les industriels français ont néanmoins montré qu’ils avaient en soute des solutions techniques pour répondre aux besoins probables de l’armée de terre, mais aussi des briques technologiques pour ne pas rater ce virage des robots. Nexter a présenté son Optio, un drone Themis de provenance estonienne pourvu d’un canon ARX20 de 20 mm : l’engin dispose déjà de l’autonomie suffisante pour progresser seul et déceler des cibles. C’est néanmoins un humain qui décidera de l’ouverture du feu. Le robot tactique polyvalent Aurochs de l’institut franco-allemand de Saint-Louis (ISL) est aussi prometteur, en offrant une manœuvrabilité évidente, avec des capacités de guidage « mains libres » pour l’opérateur, une navigation autonome sans faire appel au GPS (seulement par recours à des capteurs optiques et à l’intelligence embarquée du robot). Cette intelligence artificielle travaillant sur les images détectées par les capteurs du drone avait eu une première application il y a quelques années pour déceler des engins explosifs improvisés.

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Des carences perdurent

En 2021, et malgré ce souci « d’avoir de tout », l’armée de terre conserve quelques domaines sous-capacitaires, ou déficients. C’est le cas de la défense aérienne : théoriquement, c’est l’armée de l’air qui s’en charge, avec ses avions et des missiles Aster dont on sait parfaitement qu’ils sont en nombre insuffisant pour la haute intensité. L’armée de terre n’a donc que des Mistral, et même si la 3e génération de ce missile offre plus de portée et une meilleure détection, le parapluie reste insuffisant, comme l’ont rappelé les derniers entraînements en Estonie, dans un cadre OTAN, ou la guerre au Haut-Karabagh. Sans supériorité aérienne, les opérations au sol sont très vite contraintes ou connaissent des pertes importantes. Surtout dans un environnement où, désormais, les drones (voire les essaims de drones) sont utilisés comme des armes de saturation par des armées de niveau moyen, voire de rang inférieur. La technologie rustique peut s’avérer très efficace. L’armée de terre se prémunit déjà contre les nano et micro-drones avec ARLAD, un adaptation réactive fondée sur un VAB pourvu d’un tourelleau mariant armement et optronique, et d’un radar sol-air sur mât télescopique. La version armée d’une mitrailleuse de 12,7 mm a été déployée à Gao en juin 2021, alors qu’un lance-grenades de 40 mm avec munitions airburst était aussi essayé en avril, en France. Cette version générant plus d’efficacité dans l’interception devrait s’imposer d’ici la fin de l’année.

En seulement quelques années, l’armée de terre a acquis plus d’un millier de nano et mini-drones, principalement pour l’infanterie, mais toutes les Armes s’en servent désormais. Paradoxalement, c’est le segment haut qui pèche, après la décision du CEMAT d’interdire des vols des SDTI à bout de souffle, à l’été 2020. Depuis, le 61e régiment d’artillerie n’a plus de vecteurs endurants, dans l’attente de son système de SDT qui arrivera en 2022, avec donc près de quatre ans de retard. L’appareil promet beaucoup, avec une configuration multicapteurs, comprenant une boule dotée de 11 senseurs, et un système de recueil électromagnétique.

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À propos de l’auteur
Jean-Marc Tanguy

Jean-Marc Tanguy

Journaliste défense, auteur de Commandos parachutistes de l’air, entre ciel et terre, Pierre de Taillac, 2016.
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