Donald Trump a annoncé un accord de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, qui prévoit le contrôle du corridor du Zanguezour par les États-Unis. Pourquoi une telle décision et quel avenir pour la région ? Analyse de Tigrane Yégavian
Que pourrait apporter à Washington le contrôle du « corridor de Zanguezour » ?
1. L’encerclement de l’Iran et l’affaiblissement de sa position géo-économique
La création du « corridor de Zanguezour » s’inscrit pleinement dans la logique de la célèbre « méthode de l’anaconda » de Mahan.
Combiné au « corridor de David » et au « canal Ben Gourion », il pourrait paralyser le système de transport iranien :
Le corridor de David frappe l’Iran par l’ouest, en assurant à Israël un accès direct au Kurdistan irakien.
Le canal Ben Gourion réduit considérablement la dépendance des pays du Golfe vis-à-vis du détroit d’Ormuz, de facto contrôlé par l’Iran.
Le corridor de Zanguezour entrave la communication Russie-Iran-Inde dans le cadre du corridor Nord-Sud, affaiblissant le rôle de l’Iran dans les chaînes de transit internationales.
Corridor du Zanguezour (c) AFP
2. Contenir la Chine en s’assurant une position dans le « corridor central » de la « Belt and Road Initiative »
Le contrôle du corridor de Zanguezour permettrait à Washington de renforcer sa présence dans le « corridor central », composante de l’initiative chinoise « la Ceinture et la Route ».
Cela offrirait au deep state américain un double avantage :
a) freiner l’expansion de l’influence chinoise en Asie centrale et au Proche-Orient ;
b) garantir sa présence dans les communications Europe-Caucase-Asie, limitant ainsi l’autonomie géo-économique de l’UE.
Ce dernier aspect est particulièrement important dans le contexte de la politique européenne de diversification énergétique, qui à terme pourrait nuire à Washington : les États-Unis cherchent à se positionner comme un fournisseur clé d’hydrocarbures sur le marché européen.
3. Évincer la Russie
Le contrôle du corridor s’intègre dans une stratégie visant à former un axe antirusse en : rompant le lien stratégique Russie-Iran, excluant le facteur russe des infrastructures critiques régionales, et redéfinissant l’orientation politico-économique de l’Arménie.
Dans ce cadre, on observe :
le ciblage des entreprises opérant en Arménie avec des capitaux russes, la mise à l’ordre du jour d’un projet expérimental de réacteur nucléaire modulaire américain, en fin la réécriture de l’histoire des relations arméno-russes.
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Doctorant en géographie, professeur à la Schiller International University, et chercheur à l'Institut chrétiens d'Orient, Tigrane Yegavian est membre du comité de rédaction de Conflits.
Après avoir étudié la question turkmène en Irak ;la question des minorités en Syrie et au Liban, il s'intéresse à la géopolitique des diasporas. Il a notamment publié "Arménie à l’ombre de la montagne sacrée", (Névicata, 2015), "Minorités d'Orient les oubliés de l'Histoire", (Le Rocher, 2019) , "Géopolitique de l'Arménie" (Bibliomonde, 2019), Escales arméniennes (Erick Bonnier 2025), Géopolitique des diasporas, (La Découverte, à paraître) .