Soyouz à la casse, la fin de l’ère russe à Kourou

21 février 2026

Temps de lecture : 3 minutes

Photo : La fusée Ariane 5 d'Arianespace lance le télescope spatial James Webb de la NASA, le samedi 25 décembre 2021, depuis la zone de lancement ELA-3 du port spatial de l'Europe au Centre spatial guyanais à Kourou, en Guyane française. (C) Sipa

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Soyouz à la casse, la fin de l’ère russe à Kourou

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Abandonné dans la précipitation après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’ancien pas de tir Soyouz de Kourou s’apprête à tourner définitivement la page russe. Entre vestiges soviétiques et ferraille promise à la casse, le site entame sa transformation pour accueillir un nouveau lanceur européen. Reportage au cœur d’une reconversion symbolique.

Par Olga Nedbaeva. Reportage à Kourou, Guyane

« Stop. Danger de mort. Travaux en cours » : dans un bureau de l’ancien pas de tir des fusées Soyouz à Kourou, en Guyane française, une pancarte, en russe, claque encore au milieu du réaménagement de cette installation abandonnée à la hâte par Moscou après l’invasion de l’Ukraine en février 2022.

Sous le soleil tropical, la nature reprend le dessus et la végétation colonise doucement le carneau, cet immense garage en béton aménagé sous la table de lancement, qui servait à canaliser et évacuer les gaz et les flammes au moment du décollage.

La Russie a lancé des fusées Soyouz depuis Kourou entre 2011 et 2022, profitant de sa position proche de l’équateur, plus avantageuse que Baïkonour, au Kazakhstan, pour certaines missions.

Il a été abandonné du jour au lendemain après l’invasion russe de l’Ukraine en réaction aux sanctions européennes. Les équipes russes sont parties précipitamment, laissant derrière elles une organisation figée dans l’instant. L’AFP est le premier média à le visiter depuis.

Ce n’est qu’en 2024 que ce pas de tir a été attribué à la start-up française MaiaSpace, qui développe le premier lanceur européen réutilisable, dont le premier vol – qui a pris du retard – est programmé à la fin de l’année.

« Aucun intérêt »

Dans le bâtiment administratif Diderot, les logos sont en cours de remplacement, mais certaines affiches rigides et consignes en cyrillique restent encore accrochées.

Le personnel de MaiaSpace se sert toujours de papier d’imprimante Snegourotchka (La Fille des neiges) reconnaissable à son emballage bleu pâle orné de paysages enneigés – un détail incongru dans ces latitudes.

À l’extérieur, les infrastructures massives témoignent d’une coopération spatiale désormais révolue.

Les bras métalliques qui maintenaient la fusée sur le pas de tir se dressent encore peints en bleu et jaune — ironie de l’histoire – aux couleurs de l’Ukraine. Ils disparaîtront eux aussi dans le réaménagement du site.

Plus loin, une maquette grandeur nature de Soyouz est utilisée pour tester les rails qui amèneront la fusée Maia du bâtiment d’intégration vers son futur pas de tir.

Une fois les essais terminés, elle partira à la casse.

« Cela va être découpé, aucun intérêt à le garder », dit à l’AFP Denis Grauby, représentant de MaiaSpace au centre spatial à Kourou.

« Cela fait un peu drôle. Ici il y a plein de gens nostalgiques qui voulaient garder tout ce qu’on démonte, stocker quelque part, en faire un musée… Je ne suis pas dans cet état d’esprit », confie à l’AFP Philippe Lier, directeur du centre spatial guyanais.

Il reconnaît toutefois le côté « vintage qui est émouvant » de ce pas de tir, « tel qu’il existe à Baïkonour », cosmodrome russe installé dans la steppe kazakhe, en Asie centrale, d’où s’est élancé Youri Gagarine, premier homme dans l’espace, en 1961.

« Le fait de le reconfigurer, de ne pas laisser pourrir c’est une belle histoire. Ce sera une nouvelle page de la conquête spatiale », estime Philippe Lier.

« Quelques bennes » remplies

La tâche semble gigantesque lorsqu’on voit ces tonnes de mécanique russe constituant le cœur du pas de tir, promises à la ferraille, de même que le portique qui abritait les Soyouz des intempéries et inutile pour le lanceur Maia qui sera assemblé à l’horizontale et placé sur le pas de tir au dernier moment, à nu.

Le doute quant au respect de la date du vol inaugural fin 2026 s’installe lorsqu’on visite le bâtiment d’intégration, étonnamment vide.

Mais, selon MaiaSpace, cette image cache des mois d’efforts invisibles : remplir le site d’équipements destinés au nouveau lanceur déjà commandés prend moins de temps que de le dégager.

Il n’y a que les rails et les ponts de levage dans le bâtiment d’intégration que MaiaSpace a gardés ainsi que les paratonnerres entourant la table du lancement.

« Quand on a repris le site, tout a été laissé sur place. On en a rempli quelques bennes », raconte Maxime Tranier, coordinateur technique de MaiaSpace.

© Agence France-Presse

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