<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Le sucre : une énergie pour la puissance

29 novembre 2019

Temps de lecture : 3 minutes
Photo : D.R.
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Le sucre : une énergie pour la puissance

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L’industrie sucrière a longtemps été tournée vers la production de cet aliment nourrissant. Aujourd’hui, avec la fin des quotas, elle tente de trouver de nouveaux débouchés et se diversifie dans la production d’emballages et de pneus. Histoire d’une industrie qui n’en finit pas d’innover.

La canne à sucre apparut en Asie puis fut transportée dans le monde arabe et en Europe. Néarque, compagnon d’Alexandre le Grand, présentait la canne comme un « roseau donnant du miel sans le concours des abeilles ». De là, elle a gagné la zone atlantique à partir du xve siècle dans les terres d’Amérique nouvellement exploitées, avec la première implantation de la canne en 1493 à Saint-Domingue. L’essor de la canne aux Antilles permit de transformer cette zone en îles à sucre bien utile pour les Européens qui trouvaient là de quoi supplanter le miel. Il devint un élément de conservation, au même titre que le sel, permettant ainsi de garder les fruits en faisant des confitures. Le xvie siècle regorge de traités de confitures, dont le plus célèbre est celui de Nostradamus.

Il révolutionna l’alimentation, permettant de sucrer les plats et d’apporter une énergie bienvenue à ses consommateurs. Le sucre devint un élément majeur de l’économie, si bien que Louis XV, lors du traité de Paris, se contenta de conserver les îles à sucre des Antilles. De produit de luxe d’abord, le prix du sucre ne cessa de baisser ensuite, jusqu’à devenir aujourd’hui un produit de consommation courante.

La betterave ne sert pas que pour le sucre mais aussi pour l’industrie de l’emballage
et de la pharmacie

En 1600, Olivier de Serres fut le premier à démontrer que l’on pouvait extraire du sucre à partir de la betterave. Il fallut pourtant attendre 1798 pour que l’Allemand Franz Karl Achard produise du sucre dans son usine de Silésie. Une idée reprise dès 1806 par Napoléon puis par Chaptal qui contournèrent le blocus continental et donc la fin de l’approvisionnement en sucre de canne en développant le sucre de betterave. C’est ainsi que la Picardie supplanta les Antilles dans son rôle de production du sucre. Aujourd’hui, le marché européen compte cinq grandes entreprises sucrières. Trois allemandes : Pfeifer, Südzucker et Nordzucker et deux françaises : Tereos et Cristal Union, basées à Moussy-le-Vieux près de Roissy et à Villette-sur-Aube en Champagne. Ces deux françaises sont des entreprises mondiales dont le siège social n’est pas installé dans une métropole, mais proches de leurs zones de production et de transformation. C’est un cas rare dans l’économie française où les grandes entreprises ont généralement leur siège à Paris ou à La Défense. Mais situé à quelques minutes de l’aéroport Charles-de-Gaulle, le siège de Tereos est à proximité d’un lieu d’échange mondial.

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Tereos, qui commercialise notamment la marque Beghin-Say, est une coopérative regroupant les producteurs de betteraves sucrières. Il a anticipé la fin des quotas prévus de longue date par Bruxelles en accroissant sa productivité et en diversifiant sa production. Ce n’est plus aujourd’hui uniquement une entreprise sucrière, mais une entreprise de transformation agricole, réussissant ainsi le passage délicat de l’innovation de rupture. Tereos a en effet développé ses activités dans la transformation de l’amidon, produisant ainsi du papier à base d’amidon qui sert pour les emballages, notamment le carton, ainsi que des produits sucrants utilisés comme excipients et utilisés aussi bien dans la pharmacie que dans la cosmétique. Le sucre de betterave est également utilisé pour produire du bio-butadiène qui sert à la production de pneumatique grâce à un partenariat avec Michelin.

Enfin, la production de bioéthanol permet d’alimenter les moteurs en nouvelles sources d’énergie. Depuis la fin des quotas bruxellois, le secteur du sucre connaît une concurrence plus rude qui a causé la fermeture de plusieurs raffineries et conduit à la transformation de l’ensemble de la chaîne sucrière française. Tereos est ainsi en train de changer de métier, passant de sucrier à transformateur de produits végétaux. Cartons, carburants, pneus, aliments pour bétail, enrobage de médicaments, la betterave montre des possibilités insoupçonnées. Par ses atouts, le sucre demeure un élément structurant de l’industrie française.

À propos de l’auteur
Jean-Baptiste Noé

Jean-Baptiste Noé

Docteur en histoire économique (Sorbonne-Université), professeur de géopolitique et d'économie politique à l'Université catholique de l'Ouest (Angers) et à l'Institut Albert le Grand (Lyon). Rédacteur en chef de Conflits.
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