<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Une histoire de la guerre froide. Justine Faure

8 mars 2024

Temps de lecture : 4 minutes

Photo : Visite officielle du président Khrouchtchev aux Etats-Unis. Auteurs : MELCHER-DALMAS/SIPA Numéro de reportage : 00604336_000020

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Une histoire de la guerre froide. Justine Faure

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Une histoire de la guerre froide qui permet une actualisation bibliographique et un contenu iconographique riche et souvent inédit.

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Sur un sujet qui est très largement connu, largement documenté, il peut sembler paradoxal de consacrer un numéro de la Doc photo à ce sujet. Nous sommes amenés à nous y intéresser, en raison du changement du programme de la filière lettre du concours de l’école militaire interarmes. Le cadre chronologique initialement situé entre 1648, avec le traité de Westphalie, et la chute du mur de Berlin en 1989, a été sensiblement resserré, et commence en 1945. Le cadre géographique reste toujours l’Europe. 

La présentation par Justine Faure, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Lille, constitue une excellente entrée en matière, notamment du point de vue historiographique. Pour ce qui nous concerne, sans vouloir intervenir dans le débat des années 1980 sur les origines de la guerre froide, il faut tout simplement rappeler que dans les tentations expansionnistes de Vladimir Poutine aujourd’hui, il est possible de retrouver, en dehors de la démarche de Catherine de Russie à la fin du XVIIIe siècle, celle de Staline que l’historienne qualifie « d’expansionnisme défensif ». De ce point de vue, on apprécie très largement le rappel des tensions qui ont commencé en 1946 en Iran, qui marque le véritable début de la guerre froide.

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Pour ce qui concerne l’Europe, dont la partie orientale est tombée aux mains des Soviétiques à partir de 1947, le coup de Prague de février 1948 venant verrouiller le dispositif du glacis, on notera avec un grand intérêt l’analyse de la démarche américaine, particulièrement agressive. Les pays d’Europe centrale et orientale constituant le maillon faible du dispositif soviétique. L’interventionnisme américain définit donc des objectifs prioritaires en termes de protection, notamment l’Europe occidentale et le Moyen-Orient. Au début de la guerre froide la menace n’est pas directement perceptible en Amérique latine, ce qui n’est pas le cas en Asie orientale, avec la victoire des communistes en Chine en octobre 1949 et surtout la guerre de Corée. Le Japon devient alors une base de départ pour différentes interventions, en direction du pays du matin calme et ensuite au Vietnam.

Tensions mondiales

L’Union soviétique qui a dissous l’internationale communiste pendant la 2e guerre mondiale la reconstitue indirectement par le biais du Kominform en 1947. Les priorités soviétiques sont dirigées vers l’Europe, d’autant plus que la fiabilité idéologique de la Chine communiste n’est pas forcément assurée. À cet égard, une forme de contentieux déjà ancien existe entre les deux partis communistes, depuis au moins 1927. Staline ne s’est engagé que tardivement, comme le rappelle Justine Faure, aux côtés des communistes chinois.

La déstalinisation a pu constituer à cet égard un tournant majeur, car la politique soviétique s’est mondialisée, avec une volonté interventionniste tous azimuts, y compris, grâce à Cuba, en Amérique latine. À la fermeture stalinienne, Khrouchtchev développe un internationalisme brouillon, ce qui n’exclut pas, comme on peut le voir en Hongrie en 1956, la restauration par la force d’un pouvoir menacé par une aspiration à la liberté.

La guerre froide n’empêche pas des compétitions pacifiques, richement documentées dans la mise au point scientifique de ce dossier. Si le sport peut constituer un terrain de rencontre, la recherche scientifique, et notamment la course à l’espace constitue un lieu d’affrontement entre deux modèles qui se veulent l’un et l’autre attractif.

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Fin de la guerre

On peut être un peu surpris sur le caractère un peu trop rapidement traité des facteurs internes, mais aussi et surtout externes qui ont permis la victoire occidentale dans la guerre froide. Au-delà des actions entreprises par l’administration Reagan, il nous semble que l’on aurait peut-être pu insister sur l’effet qu’ont pu avoir, à l’intérieur du camp socialiste, les accords d’Helsinki. Les dissidents en Europe de l’Est se sont emparés d’une des corbeilles de ces accords, notamment celle sur la circulation des idées.

Parmi les éléments de ce dossier, et dans la perspective d’une réflexion sur la guerre froide qui serait centrée géographiquement sur l’Europe, on pourra certainement tirer profit de la présentation du camp socialiste et de sa gouvernance, notamment sur la façon dont s’est mis en place le conseil d’assistance économique mutuelle, (CAEM-COMECON) ainsi que le pacte de Varsovie.

La construction européenne comme projet lié à la guerre froide doit nécessairement retenir l’attention, même s’il faut différencier la naissance de l’alliance atlantique du traité de Rome et de ce qui a pu en découler. 

On pourra lire avec profit l’article consacré à « L’Europe, malgré le rideau de fer » qui rappelle le rayonnement qu’a pu avoir, dans certaines fractions de la gauche française, le modèle socialiste de gestionnaire yougoslave, mais aussi le soutien que cette même gauche a pu apporter aux dissidents des pays du glacis. 

Curieusement, on ne trouve pas de référence à ce que l’arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev en 1985 a pu représenter, à la fois comme évolutions possibles d’un modèle soviétique, certainement au bout de souffle, mais aussi comme rupture. La nucléarisation de l’Europe avec la question des euromissiles aurait pu certainement être évoquée, surtout lorsque l’on sait que le traité de Washington de 1987, signé par Reagan et Gorbatchev a été largement remis en cause depuis, dans le contexte de ce que l’auteur qualifie, comme article final, de « nouvelles guerres froides ».

On insistera sur la richesse iconographique du dossier qui permet notamment de retrouver des illustrations assez mal connues, qui changent des grands classiques que l’on trouve dans la plupart des manuels consacrés à cette période.

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À propos de l’auteur
Bruno Modica

Bruno Modica

Bruno Modica est professeur agrégé d'Histoire. Il est chargé du cours d'histoire des relations internationales Prépa École militaire interarmes (EMIA). Entre 2001 et 2006, il a été chargé du cours de relations internationales à la section préparatoire de l'ENA. Depuis 2019, il est officier d'instruction préparation des concours - 11e BP. Il a été président des Clionautes de 2013 à 2019.

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