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Fragmentation du camp sudiste : L’affaiblissement du Conseil de transition du Sud (CTS) nourrit un vide politique et des contestations locales, tandis que la « question sudiste » apparaît de plus en plus externalisée dans les négociations régionales.
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L’Hadramout, entre identité propre et recompositions internes : Forte d’une identité distincte, la région privilégie l’autonomie politique et financière. La politisation croissante des chefs tribaux accentue toutefois les divisions locales et l’incertitude institutionnelle.
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AQPA en embuscade : Profitant du recul du CTS et du vide sécuritaire, Al-Qaïda dans la péninsule arabique adapte sa stratégie (drones, tactiques indirectes) et pourrait renforcer son implantation territoriale dans un Sud toujours plus fragmenté.
ACLED (Armed conflict location and event data project) a mené une conférence sur l’évolution du conflit au sud Yémen. L’organisation met en avant la fragmentation du camp sudiste après l’affaiblissement du Conseil de transition du Sud (CTS), les dynamiques spécifiques à l’Hadramout et l’évolution stratégique d’Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA).

Fragmentation politique dans le Sud
Les populations sudistes s’interrogent sur leurs représentations réelles dans les négociations en cours à Riyad. Le récent repositionnement du CTS et le départ des responsables sudistes depuis ses dernières années contribuent à nourrir ce vide politique. « Ces mesures pourront-elles représenter ce que visent les peuples du sud depuis 30 ans ? » s’interroge Hend Omairan, chercheur à ACLED.
Cette place du CTS est d’autant plus remise en question que des protestations ont émergé à Hadramout, Mukalla et Radfan, exprimant des revendications politiques et sociales. Toutefois, des tensions ont surgi, en particulier à Shabwa, où des forces soutenues par l’Arabie saoudite auraient réprimé des protestations.
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L’Hadramout : identité et divisions internes
L’Hadramout occupe une place particulière dans ces dynamiques. Les intervenants soulignent la force de l’identité hadramie, distincte à la fois du Nord et du reste du Sud. Historiquement, la région ne s’identifie pas totalement au projet sudiste né après 1967 : « Avant 1967, l’Hadramout ne faisait pas partie du Sud… c’étaient des sultanats. », explique Mundher Basalmace, ce qui contribue à nourrir des revendications spécifiques.
Sa priorité reste l’autonomie politique et financière, voire une forme d’indépendance. Mais sa représentation politique reste floue : en conséquence, on observe une politisation croissante des chefs tribaux. Jusqu’ici relativement distants, ces derniers se rapprochent désormais de certaines factions, ce qui accentue les clivages locaux.
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AQPA : continuité stratégique et risques liés au vide sécuritaire
L’analyse des données d’ACLED montre que le groupe cible principalement les forces du CTS. En gardant la même organisation opérationnelle, le groupe recul, se regroupe, puis reprend les attaques. Le groupe multiplie aussi ses pratiques non conventionnelles avec un usage accru de drones commerciaux modifiés. La fin des affrontements directs avec les Houthis depuis 2022 a laissé la place à des formes indirectes de coopération ou de non-agression. « Ce vide sécuritaire pourrait permettre à AQPA de regagner du terrain » estime Luca Nevola, chercheur à ACLED.
Avec le recul du CTS, AQPA pourrait étendre son influence territoriale et renforcer ses réseaux, notamment en exploitant les tensions entre forces de sécurité et tribus locales.
La fragmentation interne du camp sudiste, combinée à l’influence des puissances régionales, complique la perspective d’une éventuelle indépendance. Le débat sur la « question sudiste » semble largement externalisé, ce qui accentue le sentiment d’exclusion des acteurs locaux.
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