5G mon amour, enquête sur la face cachée des réseaux mobiles

22 mai 2020

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5G mon amour, enquête sur la face cachée des réseaux mobiles

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On sait qu’un affrontement sévère oppose les Etats-Unis et la Chine à propos du déploiement de la 5G -dont le chinois Huawei est passé leader, n’étant concurrencé que par Ericsson et Nokia, qu’il a largement dépassé. Alléguant des raisons de sécurité nationale, accusant Huawei, d’être proche du régime chinois, Donald Trump a interdit le déploiement de ses réseaux sur le territoire chinois et a intimé ses alliés d’en faire de même.


 

Sur la scène internationale, en dehors de l’Australie -pourtant premier partenaire commercial de la Chine, qui a interdit Huawei, en juin 2018-, peu nombreux ont été les pays ayant suivi les Etats-Unis. Rappelons les étapes parcourues par les réseaux : la première génération de système cellulaire (1G) a bénéficié de deux inventions techniques des années 1970 ; le microprocesseur et le transport numérique des données entre le téléphone mobile et la station de base. Avec la 2G viennent les premiers échanges SMS (Short Message System), en 1991. L’apparition de la 3G en 2001 avec le web mobile permit des services de communication plus rapides, notamment pour la voix, la télécopie, l’internet, de n’importe quel endroit et à n’importe quel moment. 7

Nous abordons également dans ce podcast la question de « l’ingénierie démographique » mise en place par les Turcs, avec un plan de purification ethnique opéré dès la fin du XIXe siècle pour assurer l’homogénéité démographique de leur pays.

C’est en 2010 que la communication entre les objets, les données et vidéo HD est possible, via la 4G. Finalement, et c’est là le cœur du sujet, le champ des possibles semble ne plus connaître de limite grâce à la 5G (10G bit/S), laquelle est 10 à 100 fois plus rapide que la 4G. Elle introduit notamment les vidéos en 3D et permet un million d’objets connectés par km2. Les caractéristiques de la 5G apparaissent stupéfiantes : 1 ou 2 millisecondes de latence, 1000 fois plus de bande passante, 100 fois plus d’appareils connectés, 90% de consommation électrique en moins, 99, 999% de disponibilité, 100% de couverture, 10 ans de durée de vie pour les batteries des objets connectés à basse consommation.

Cependant, ce n’est pas de cet aspect dont traite l’auteur, mais des dangers sur la santé du déploiement sur nos territoires. Voilà un terrain sensible, délicat, controversé et avouons-le, le citoyen, même quelque peu averti manque de discernement. La question déjà complexe l’a été encore plus par l’irruption de la pandémie de Covid-19 qui a rappelé à chacun, brutalement, à quel point notre santé, notre mode de vie et notre environnement sont interdépendants. Or déplore Nicolas Bérard, journaliste et enquêteur depuis plusieurs années sur les questions de l’énergie, des ondes et de la smart city, l’une des premières mesures du gouvernement français, prise par ordonnance dans le cadre de l’ « état d’urgence sanitaire» ––, a consisté à faire sauter les derniers contrôles entourant l’implantation d’antennes-relais ! Pendant que nous sommes confinées, déplore -t-il, les opérateurs peuvent en installer sans avoir la moindre autorisation à demander, ni de comptes à rendre à personne. Au lieu d’interroger notre modèle de « développement », les puissantes, insiste -t- il, ont décidé d’accélérer, encore, en faisant fi des problèmes sanitaires et environnementaux, encore.

 

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Cette crise nous fait aussi entrevoir le monde hyperconnecté dont ils et elles rêvent : géolocalisation, surveillance par drones, en attendant la reconnaissance faciale permettant d’interdire à celui-ci ou celle-là de se promener dans la rue, sous un prétexte sanitaire… ou sous un autre. D’où la situation qu’il déplore : malgré l’imminence et la potentielle gravité du déploiement de la 5G, le nécessaire débat public qu’il devrait susciter peine, à l’heure actuelle, à émerger. En un sens la question n’est pas nouvelle : le cas des ondes, qui font fonctionner nos radios, nos GPS, nos tablettes, nos objets connectés et, surtout, nos chers smartphones, ont été accusé de nuire à notre santé. De nombreuses études ont été menées à cet égard, mais aucune apparemment n’a été en mesure de prouver la nocivité des ondes, en dehors de cas isolés et localisés. Certes le réseau 5G inquiète de nombreux scientifiques à travers le monde, car il est beaucoup plus puissant et avouons-le, parce qu’il provient de Chine… En 2025, les prévisions estiment à 75 milliards le nombre d’objets connectés en fonctionnement à travers le monde.

 

D’où le plaidoyer de Nicolas Bérard, qui met en cause le verdict de l’expert, qui à ses yeux est toujours en marge du monde du risque. La charge est bien sévère et peu fondée. À l’heure où le président français et son gouvernement jurent vouloir « make our planet great again », un acte fort serait, tout simplement, de renoncer à la 5G. D’où sa dénonciation de l’idéologie néolibérale technicienne, et son appel à la mobilisation citoyenne qui pour lui peut encore porter ses fruits : en Suisse, plusieurs cantons ont décidé de faire valoir le principe de précaution, et refusent donc de mettre en place la 5G en attendant que des études sanitaires fiables soient réalisées.

 

A l’heure où les économistes mettent en avant une économie numérique, où l’on a trouvé bien des mérites au télétravail, une telle charge contre la 5G étonne.  Il est vrai qu’en France, l’ANSES, (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) a été chargée d’évaluer l’impact sanitaire, mais elle manque de « données scientifiques sur les effets biologiques et sanitaires ». Nicolas Bérard ouvre un large débat, mais apporte -t-il les bonnes réponses ? Même si comparaison n’est pas raison, on se rappellera que dans les années 1830 – 1840, bien des autorités locales se sont opposées à la venue des chemins de fer sur leur territoire, au motif qu’ils constituaient une grave atteinte à la santé publique, se coupant ainsi des avantages de la communication et de la modernité. Souhaitons qu’un débat, objectif et complet soit mené sur la 5G, mais pas comme obstacle ou frein à la modernité. Sur ce point comme sur d’autres, l’Europe doit agir de concert : Thierry Breton n’a – t- il pas évoqué la possibilité pour l’Europe de prendre le leadership pour la 6 G ?

À propos de l’auteur
Eugène Berg

Eugène Berg

Eugène Berg est diplomate et essayiste. Il a été ambassadeur de France aux îles Fidji et dans le Pacifique et il a occupé de nombreuses représentations diplomatiques.
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