Nicolas de Staël. Une rétrospective pour saisir une œuvre

1 octobre 2023

Temps de lecture : 2 minutes

Photo : Antibes, la ville des derniers jours de Nicolas de Staël (c) Pixabay

Abonnement Conflits

Nicolas de Staël. Une rétrospective pour saisir une œuvre

par

La rétrospective Nicolas de Staël proposée par le Musée d’Art Moderne de Paris fait découvrir l’évolution picturale de l’artiste, ses influences et sa réflexion artistique. Une exposition majeure, à retrouver jusqu’au 21 janvier 2023.

Nicolas de Staël, Musée d’Art Moderne de Paris

Antibes, des aplats de couleur, des épaisseurs de peinture qui captent la lumière, un trait de vie achevé à seulement 41 ans, Nicolas de Staël (1914-1955) est à la fois très connu et mal connu. La rétrospective que lui consacre le Musée d’Art Moderne de Paris permet de mieux saisir le travail de l’artiste et l’évolution de son œuvre. Russes blancs en exil en Pologne, ses parents y meurent en 1919. Orphelin, il est confié par sa marraine à une famille qui vit à Bruxelles. Là, il

Y découvre la peinture, les maitres flamands et les artistes contemporains. Il y effectue sa formation puis part sur les routes d’Europe découvrir d’autres cieux et d’autres paysages. Il vit à Nice et à Paris, rue Gauguet, où il installe son atelier, un puits de lumière de 8 mètres de hauteur sous plafond. Il y rencontre d’autres artistes parisiens, se marie, fonde une famille.

Une peinture en évolution

La prouesse de Staël est de faire sans cesse évoluer son art pictural, ce que montre très bien l’exposition, l’accrochage étant chronologique. Travail de l’encre de Chine sur papier blanc à ses débuts, portraits, paysages, puis abstraction et aplats de couleur. Au plus fort du mouvement abstrait, dans les années 1950, Staël n’hésite pas à revenir au figuratif, comme cette toile immense d’un match de football au Parc des Princes (1952). Peintre prolifique (plus de 200 créations annuelles), il peint ses sensations, ses émotions, ses rencontres. Voyage au Maroc, en Sicile, avec femme et enfants, d’où il revient avec des croquis qu’il travaille ensuite en tableaux. Si les œuvres du début de sa carrière sont sombres, avec des teintes noires et grises dominantes, la couleur et la lumière sont de plus en plus présentes au fil des années.

Jusqu’à découvrir le Sud, grâce à son ami René Char, où la lumière du soleil le frappe, modifie ses perceptions, son regard sur les couleurs.

En 1953-54, il revient au figuratif, peint des vases, des paysages, des natures mortes. Il se promène en Normandie, à Paris, en Provence et transcrit sur la toile ses impressions et ses sensations. Ses œuvres se vendent jusqu’aux États-Unis et sont saluées par les critiques. Jusqu’au drame du 16 mars 1955. Harassé par son travail et la peinture, séparé de sa femme, épris d’une autre femme, il travaille comme un fou et se noie dans ses créations, jusqu’à son suicide. Il laisse derrière lui des dizaines de toiles inachevées, des croquis, des esquisses et une œuvre immense qui suit ses évolutions techniques : spatules, pinceaux, gaze de coton pour diluer les couleurs. Une extrême sensibilité qui lui a permis de créer l’une des œuvres les plus originales des années 1940-1950.

Une exposition rétrospective

Ce sont plus de 200 œuvres qui sont exposées au MAM, traçant une trentaine d’années de travail, illustrant les interactions, les influences, les évolutions picturales d’un artiste dont l’œuvre continue de fasciner et d’inspirer.

Vous venez de lire un article en accès libre

La Revue Conflits ne vit que par ses lecteurs. Pour nous soutenir, achetez la Revue Conflits en kiosque ou abonnez-vous !

Voir aussi

La France, terre de manga

En août 2026, l'annonce d'un parc à thème Dragon Ball à Cergy-Pontoise — six milliards d'euros d'investissement saoudien — a surpris. À tort. La France est le deuxième marché mondial du manga, derrière le Japon : un livre de bande dessinée vendu sur deux y est un manga. Consommatrice,...

Les Bienfaits du Beau, Christine Sourgins

Troisième tome d'une exploration en cinq livres du mot « Beauté » en art, l'ouvrage de Christine Sourgins examine la notion d'utilité du beau. Les théoriciens de l'Art contemporain ont déclassé la beauté dans la catégorie de l'utile et du servile : le beau ne serait qu'artisanat,...

La gare conçue en tant que cathédrale

Les gares du XIXe siècle ne sont pas de simples infrastructures ferroviaires : elles sont les cathédrales d'un âge nouveau, érigées pour célébrer la puissance de l'État-nation, discipliner le temps et unifier les territoires. Mais cette liturgie de l'acier et du rail n'aura duré qu'un...

À propos de l’auteur
Revue Conflits

Revue Conflits

Fondée en 2014, Conflits est devenue la principale revue francophone de géopolitique. Elle publie sur tous les supports (magazine, web, podcast, vidéos) et regroupe les auteurs de l'école de géopolitique réaliste et pragmatique.