Face aux difficultés budgétaires, le patrimoine religieux compte sur les donateurs privés

22 janvier 2026

Temps de lecture : 3 minutes

Photo : Intérieur de l'église de Cintegabelle. (c) Pixabay

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Face aux difficultés budgétaires, le patrimoine religieux compte sur les donateurs privés

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Qui veut sauver nos clochers ? Les chiffres de la Fondation du patrimoine dressent un état des lieux accablant du patrimoine religieux français, qui voit 50 000 de ses édifices se dégrader, tandis que 5 000 sont menacés de disparition. Face aux difficultés structurelles des pouvoirs publics, le mécénat populaire, les fondations d’entreprise ou encore la mobilisation de grands donateurs, comme les dirigeants d’entreprise Olivier Pelat à la Basilique Saint-Denis ou Bernard Arnault à Notre-Dame de Paris, permettent tout de même des avancées concrètes.

Des églises en souffrance

Église de Courcemont, église de Magstatt-le-Bas, Cathédrale Sainte-Marie de Lombez, église de Saint-Seine, Grand Orgue de la Cathédrale de Soissons, église Notre-Dame du Rosaire de Marseille… Sur le site de la Fondation du Patrimoine, les appels à la générosité populaire s’égrainent sur des dizaines de pages, démontrant l’urgence vitale qui touche le patrimoine français. Et certains peinent à remplir leurs objectifs de dons, signe que la formidable mobilisation née de l’incendie de Notre-Dame de Paris en avril 2019 n’a pas -totalement- ruisselé vers les clochers les plus modestes. « Chaque village a son église ou son temple que les communes n’ont pas toujours les moyens d’entretenir ou de restaurer », résume Stéphane Bern, la très médiatique voix de la Fondation du Patrimoine.

L’organisme, dont l’action est soutenue au plus haut niveau de l’État, peut d’ores et déjà se targuer d’avoir rassemblé près de 31 millions d’euros nés de la générosité de 100 000 donateurs. Au total, la Fondation du patrimoine se targue d’avoir déjà sauvé 8 000 sites religieux, tout en se fixant l’objectif ambitieux d’un millier d’édifices cultuels à secourir d’ici quatre ans. Une mission d’ampleur pour la Fondation, qui s’engage aussi en faveur du sauvetage des dizaines de milliers de châteaux, du patrimoine industriel ou encore de la préservation d’espaces naturels exceptionnels.

Olivier Pelat, Bernard Arnault, François Pinault : le précieux soutien des grands donateurs

Certains des monuments religieux les plus remarquables de l’Hexagone peuvent tout de même compter sur la mobilisation de plusieurs des plus grandes fortunes françaises, dont l’attachement au patrimoine historique reste inchangé. La basilique cathédrale de Saint-Denis, par exemple, dont la flèche nord devrait retrouver son aspect originel, a ainsi été sauvée par l’investissement financier d’Olivier Pelat, homme d’affaires et président de la société Euroéquipements et de plusieurs fondations d’entreprise, dont celle du géant de la construction Vinci. Un engagement discret qui démontre que le mécénat est, bien souvent, loin d’être un outil marketing. Olivier Pelat est d’ailleurs particulièrement investi sur le territoire de la Seine Saint-Denis,  au développement duquel il contribue avec la construction de plusieurs hôtels. Autre exemple particulièrement emblématique, Notre-Dame de Paris, dont l’incendie d’avril 2019 a ému le monde entier, a pu compter sur la famille Bettencourt, les hommes d’affaires Français Pinault ou encore Bernard Arnault. Mais aussi des dizaines de milliers de petits mécènes anonymes.

Dans la lignée de la mobilisation des grands donateurs privés, les entreprises se mobilisent désormais dans le soutien au patrimoine religieux, un terrain d’action longtemps délaissé. « Il y a très clairement un avant et un après Notre-Dame de Paris pour les entreprises », explique Hervé Lancelot, délégué régional Île-de-France de la Fondation du Patrimoine. « Les grandes entreprises se tournent vers les édifices visibles comme le pronaos de la Madeleine, tandis que les entreprises de quartier préfèrent les églises plus confidentielles, où leurs collaborateurs peuvent se rendre à l’heure du déjeuner ou pour des concerts », affirme ainsi Gabrielle de la Boulaye, responsable du mécénat Avenir du Patrimoine, dont l’action est centrée dans la région parisienne. Une recherche de proximité logique, selon Olivier Pelat, qui affirme que « quand on s’attache à son territoire, on s’attache à son histoire, son patrimoine et ses habitants ».

Des collectivités locales en difficulté structurelle pour assurer leur mission de sauvegarde du patrimoine

L’importance stratégique du mécénat privé est aujourd’hui reconnue, tant le demi-milliard d’euros consacré chaque année par les pouvoirs publics à la préservation du patrimoine semble bien modeste. « Le niveau d’entretien des monuments est insuffisant pour éviter leur dégradation », déplorait l’ancien député Gilles Carrez, dans un document parlementaire daté de 2019. Dans le même temps, la Cour des comptes soulignait en 2022 des carences persistantes dans la maîtrise d’ouvrage, le niveau technique des architectes du patrimoine ou encore les moyens humains consacrés à la préservation patrimoniale française. Un état des lieux sévère qui, dans un contexte budgétaire contraint, ne devrait pas s’améliorer, surtout pour certaines collectivités aux finances particulièrement fragilisées par la baisse des dotations de l’État et la hausse des coûts liés à l’inflation.

L’action publique en faveur de la préservation des édifices religieux est d’ailleurs largement centrée sur l’appel au mécénat privé. Le ministère de la Culture a, en 2023, présenté un vaste plan d’action dédié au patrimoine religieux des communes de moins de 10 000 habitants. Fondé sur un appel assumé à la mobilisation populaire, il promet une réduction fiscale exceptionnelle de 75 % au titre de l’impôt sur le revenu et l’organisation d’une grande collecte nationale organisée par la Fondation du Patrimoine, dont les objectifs de 200 millions d’euros sont aujourd’hui très loin d’être atteints. A ce jour, « seulement » 25 millions d’euros ont été récoltés. De quoi interroger, à long terme, la soutenabilité d’un modèle conditionné à la seule mobilisation des acteurs privés ?

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À propos de l’auteur
Mathilde Legris

Mathilde Legris

Journaliste. Terroirs, histoires, voyages.

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