De part et d’autre du fleuve Oyapock, le contraste est saisissant. Tandis que la ville brésilienne d’Oiapoque bénéficie du dynamisme suscité par les explorations pétrolières de Petrobras, la commune guyanaise de Saint-Georges reste à l’écart du développement. Une situation qui relance en Guyane le débat sur l’exploitation des hydrocarbures, malgré les interdictions en vigueur et l’opposition des ONG environnementales.
Par Florian ROYER
À Saint-Georges de l’Oyapock, dans l’est de la Guyane, territoire français d’Amérique du Sud, Steve Norino observe le contraste qui se creuse avec la ville brésilienne d’Oiapoque située sur la rive d’en face, qui connaît un boom inédit depuis que la compagnie pétrolière publique Petrobras fore au large.
Seules quinze minutes de pirogue séparent les deux communes, mais cet agriculteur guyanais joint par téléphone par l’AFP le résume: « À Oiapoque, il y a tout, à Saint-Georges, il n’y a rien ».
Ce contraste alimente jeudi l’examen au Parlement français d’une proposition de loi du parlementaire guyanais Georges Patient (RDPI), qui souhaite autoriser de nouveau la recherche et l’exploitation d’hydrocarbures dans les territoires d’outre-mer français, interdites depuis 2017 par la loi Hulot.
Même si Petrobras n’en est qu’à la phase d’exploration au large des côtes, le décalage entre les deux rives de l’Oyapock saute aux yeux. Côté français, un seul petit hôtel et deux épiceries composent l’essentiel des commerces d’une commune de 4 000 habitants.
Côté brésilien, 30 000 personnes vivent dans une ville devenue un pôle d’attraction pour tout l’État de l’Amapa, au niveau de l’embouchure de l’Amazone. Chaque week-end, des Guyanais traversent pour faire leurs courses à moindre prix ou sortir en famille. Saint-Georges ne sert plus que de parking pour ceux qui préfèrent laisser leur voiture côté guyanais.
L’argument fait mouche chez une partie des élus locaux. « On n’a pas fait d’or industriel, mais nous pouvons faire du pétrolifère », avance Jean-Luc Le West, vice-président de la collectivité territoriale de Guyane (CTG), qui suggère la construction d’une raffinerie pour traiter aux normes européennes le pétrole des pays voisins.
La loi Hulot de 2017 interdit toute prospection d’hydrocarbures sur le territoire français, sur terre comme en mer. Le permis d’exploration de Total (devenu TotalEnergies en 2021) au large de la Guyane avait expiré le 1er juin 2019 sans résultat probant, fermant alors la porte à une éventuelle industrie pétrolière locale.
Plusieurs ONG, les Amis de la Terre France, Surfrider Foundation Europe, le Réseau Action Climat et Greenpeace France, s’opposent toutefois à ce texte au Parlement, y voyant un « contresens climatique », « un risque environnemental majeur pour des territoires déjà exposés » et « une absurdité économique ».
« Si la situation économique et sociale des territoires ultramarins est alarmante, en particulier en Guyane et à Mayotte, présenter l’exploitation des énergies fossiles comme une solution relève d’une promesse trompeuse et irresponsable », ont alerté ces associations dans un communiqué.
Entre les associations écologiques et les habitants de Guyane, ce sont deux visions du territoire et du développement qui s’opposent.
© Agence France-Presse










