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Selon une étude de Moody’s Analytics commandée par la BAD, le taux de perte en Afrique n’est que de 1,7 %, contre 13 % en Amérique latine et 10 % en Europe de l’Est — contredisant frontalement la perception d’un continent plus risqué que les autres.
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Un déficit de 100 à 220 milliards de dollars par an en financement d’infrastructures oblige l’Afrique à diversifier ses sources d’investissement, au-delà des seules institutions internationales, notamment via l’épargne de la diaspora africaine.
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Des initiatives comme la SA2IF au Burkina Faso, Sitexco au Canada ou le mécanisme NAFA de la BAD cherchent à mobiliser les capitaux de la diaspora pour financer des projets structurants, sans remplacer une dépendance par une autre.
Perçu comme risqué par certains investisseurs, le continent fait toujours face à des préjugés tenaces. L’immensité de ses besoins en infrastructures nécessite pourtant de diversifier les sources de financements, en faisant notamment appel, comme le propose Constantin Dabiré (Sitexco), à l’épargne de la diaspora africaine.
Certains mythes sont, vis-à-vis de l’Afrique, plus tenaces que d’autres. Et ce même quand les faits les contredisent et que ces préjugés nuisent à ceux qui les nourrissent. De nombreux investisseurs se détournent ainsi de juteuses opportunités sur le continent, au motif qu’investir dans un pays africain serait plus risqué qu’ailleurs. Pourtant, « le risque en Afrique n’est pas différent de celui de n’importe quelle autre région du monde », a tenu à rappeler Akinwumi Adesina, le président de la Banque africaine de développement (BAD), lors d’un sommet organisé à Dubaï en février 2025. Une posture partagée par Constantin Dabiré, fondateur de la société financière internationale Sitexco, pour qui investir sur le continent « n’est pas plus risqué qu’ailleurs ».
Quand les chiffres font voler les préjugés en éclats
Pour appuyer ses dires, le patron de la BAD a demandé à Moody’s Analytics d’examiner le profil de risque de l’Afrique, des investissements et des infrastructures au cours des 14 dernières années. Et ce qu’a découvert l’agence de notation est de nature à ébranler bien des certitudes. Le taux de perte en Afrique est de 1,7 %, alors qu’il est d’environ 13 % en Amérique latine et d’environ 10 % en Europe de l’Est. En d’autres termes, le risque en Afrique est presque dix fois moins élevé qu’au sein d’autres régions traditionnellement perçues comme plus sûres.
Plus sûr, le marché financier africain est également plus rentable que bien des places financières réputées
En 2025, la bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) de l’Afrique de l’Ouest a ainsi fini l’exercice sur des performances records : +25,26 % pour le BRVM Composite et +33,72 % pour l’indice SIKA Market Total Return, pour un volume d’échanges de 270 milliards de francs CFA. Ces bons résultats témoignent de l’attractivité croissante des places financières africaines.
Le chemin sera encore long, répond en substance Constantin Dabiré. Car « les investisseurs américains, européens ou asiatiques connaissent encore mal un continent africain qu’ils associent à des risques largement surévalués ». Selon lui, « les préjugés ont la vie dure. Or les rendements proposés sur le continent sont assez élevés, au-dessus de la moyenne mondiale. À condition de dépasser ces préjugés, l’Afrique apparaît donc comme une formidable terre d’opportunités, avec des pays d’avenir ».
S’inscrivant dans les pas du Groupe d’action financière (GAFI), l’Union européenne a retiré, début 2026, six États africains de la liste des pays à haut risque en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Sont ainsi concernés le Mali, la Tanzanie, l’Afrique du Sud, le Nigeria, le Mozambique et le Burkina Faso, qui tous devraient bénéficier d’une appréciation revue des risques par les institutions financières européennes. Ces encouragements demeurent par ailleurs soumis aux efforts de structuration des activités financières sur le continent.
Structurer l’attractivité de l’Afrique pour assurer son développement
Car pour l’heure, les besoins de l’Afrique sont à l’image du continent, de ses ressources et de sa démographie : énormes. Quelque 100 à 220 milliards de dollars manqueraient ainsi à l’appel, chaque année, pour couvrir les immenses besoins de l’Afrique, notamment en termes d’infrastructures, d’énergie, de numérique, d’urbanisation, etc. Pour espérer répondre à cette demande intérieure, l’Afrique doit impérativement parvenir à diversifier les profils des investisseurs qui acceptent de parier sur son développement. Et ne plus compter sur la seule contribution des grandes institutions internationales.
Si plusieurs pistes de diversification sont envisagées par les gouvernements et acteurs financiers africains, celle de l’épargne domestique apparaît comme l’une des plus prometteuses
La BAD a ainsi révélé en début d’année son intention de lancer un nouveau mécanisme afin de réorienter l’épargne des Africains vers le financement d’infrastructures locales. Avec cette « Nouvelle architecture financière africaine » (NAFA), l’institution panafricaine se fixe un objectif ambitieux, elle qui souhaite parvenir à mobiliser pas moins de 4 000 milliards de dollars d’épargne au service du développement du continent.
Dans cette perspective, capter les fonds de la diaspora africaine apparaît comme le Graal. D’après la Banque mondiale, les transferts de fonds de la seule diaspora ivoirienne auraient ainsi atteint 1,04 milliard de dollars en 2024. Une manne financière que les autorités de Côte d’Ivoire entendent bien mettre à profit : signé en 2020 avec la Banque nationale d’investissement (BNI), un accord permet en effet de proposer à la diaspora ivoirienne des produits et services bancaires finançant des projets d’infrastructures, des initiatives entrepreneuriales ou encore des actions en faveur de l’éducation financière.
Les acteurs privés ne sont pas en reste. Fondateur de la SA2IF au Burkina Faso, Constantin Dabiré a lancé au Canada une seconde société, baptisée Sitexco, qui se fixe comme ambition d’attirer les capitaux du monde entier pour financer le développement de l’Afrique. Là aussi, en partant du constat d’un « enjeu de diversification des risques et sources de placement » et en espérant « toucher la diaspora africaine qui souhaite contribuer au développement » du continent. Pour Constantin Dabiré, l’idée sous-tendant Sitexco est de parvenir à jeter un pont sécurisé entre la place financière canadienne et les projets structurants en Afrique.
Ne pas remplacer une dépendance par une autre
Pour émerger, les économies africaines doivent donc, en quelque sorte, faire feu de tout bois. Et développer de nouveaux partenariats, à l’image du « Global Gateway ». Lancée par l’UE en 2021, cette initiative vise à muscler les investissements des entreprises européennes sur le continent et a déjà mobilisé 300 milliards d’euros sur la période 2021-2027.
À ce titre, le président sud-africain Cyril Ramaphosa estime qu’il est « important que les investissements substantiels réalisés par le biais de Global Gateway soient structurés de manière à renforcer les capacités des pays africains ». À condition cependant, met aussi en garde le chef d’État, que « ces investissements ne (remplacent pas) une dépendance par une autre (et permettent) aux pays africains (…) de suivre des voies de développement adaptées à leur situation et aux besoins de leurs populations ».









