Depuis 2022, le Caucase est passé de région périphérique de l’Europe et de l’Asie à région centrale ; un pont nécessaire entre les deux continents. Au croisement des routes aériennes, des oléoducs et des ambitions des grandes puissances, l’axe Bakou–Batoumi est devenu artère vitale.
Un article à retrouver dans le N°65. Rome : la permanence de l’Empire
Relier le ciel
Avec les sanctions contre la Russie au nord et les guerres au Moyen-Orient au sud, le Caucase devient le corridor unique de l’aérien. Seules les compagnies européennes sont concernées par les sanctions contre la Russie, contraintes donc de rallonger leurs voyages pour contourner le pays défendu. Ce qui engendre un désavantage concurrentiel avec les compagnies chinoises qui peuvent, elles, continuer d’emprunter la ligne russe. La fermeture des espaces aériens, par les sanctions et par les guerres, réorganise l’aérien mondial, rallonge les routes et les coûts, tend les communications célestes. La géoéconomie de l’aviation est ainsi percutée par les évolutions géopolitiques. Voilà comment la guerre en Ukraine a redessiné le ciel eurasiatique au profit de Pékin.
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Le corridor caucasien : hub de transit sous pression
Le corridor caucasien, qui relie la Géorgie, l’Azerbaïdjan et la Turquie, devient le hub de transit est-ouest. Plus que jamais, le Caucase est le passage obligé entre la mer Noire et la mer Caspienne, entre l’Europe et l’Asie centrale. Mais la guerre en Ukraine, là aussi, lui a conféré une importance inédite. Les sanctions occidentales contre la Russie ont contraint exportateurs et importateurs à chercher des routes alternatives, notamment pour les hydrocarbures.
Les oléoducs illustrent cette dimension énergétique. Le gisement du Kashagan au Kazakhstan, l’un des plus grands gisements pétroliers du monde avec des réserves estimées à 38 milliards de barils, évacue sa production vers l’ouest, via l’Azerbaïdjan et la Géorgie, contournant ainsi la Russie. Le BTC, oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan, long de 1 768 kilomètres, est devenu une artère stratégique de premier plan pour l’approvisionnement européen en hydrocarbures non russes. La guerre, en bloquant la voie ukrainienne, a redonné toute sa densité à la voie caucasienne.
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Pression russe sur la Géorgie
La Géorgie reste sous pression russe. L’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, deux territoires revendiqués par la Géorgie mais occupés par la Russie après la guerre de 2008, demeurent des points majeurs de discordes. Moscou maintien des forces armées à quelques dizaines de kilomètres de Tbilissi, dans deux enclaves qui lui servent à la fois de levier de pression politique et de têtes de pont militaires potentielles. Cette situation place la Géorgie dans une position extrêmement inconfortable. D’un côté, elle est le maillon indispensable du corridor de transit est-ouest, de l’autre, elle vit sous la menace permanente d’une pression russe qui peut, à tout moment, se transformer en action militaire comme en 2008.
Pour la France, il y a nécessité à développer une véritable vision géopolitique qui intègre le Caucase dans sa projection, à revers de la Russie, en lien avec la Turquie et l’Azerbaïdjan, comme tête de pont autour de la mer Noire, entre la Géorgie et la Roumanie. Un enjeu géopolitique à plusieurs échelles qui rappelle que l’Europe est dans la prolongation de l’Asie et qu’elle doit donc sécuriser les routes qui la relient à l’Extrême-Orient.
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