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En 2013, le chef génie de l’opération Serval reçoit l’ordre le plus clair de sa carrière : « transformer le camp de Gao en un camp de Romains ».
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Dix ans plus tard, le colonel Charles Michel publie le journal de ses années sahéliennes. Rare officier d’active à écrire sur ses propres guerres, il en tire une lecture critique.
En 2013, le chef génie de l’opération Serval reçoit l’ordre le plus clair de sa carrière militaire : « transformer le camp de Gao en un camp de Romains ». Dix ans plus tard, le même officier publie le journal de ses années sahéliennes, préfacé par l’historien militaire Michel Goya. Le colonel Charles Michel fait partie des rares officiers d’active qui écrivent sur les guerres qu’ils mènent, et qui en tirent une lecture critique.
De la Bosnie au Sahel
Né à Marseille en 1969, il étudie l’histoire et la géographie à l’université d’Aix-Marseille avant d’entrer à Saint-Cyr. Officier du génie, il a été de presque tous les engagements français des trente dernières années. Il sert en Bosnie en 1998, au Kosovo en 2002, puis en Afghanistan en 2007 comme officier de liaison auprès de la 82ᵉ division aéroportée américaine. Au Liban, en 2010, il dirige le détachement chargé de déminer la Ligne bleue. Au Sahel, il construit les camps de Gao et de Tessalit pendant Serval, puis commande en 2020 la base de Gao pour Barkhane. En 2022, il dirige le pilier conseil de la mission européenne EUTM Mali, jusqu’à l’été qui voit partir les derniers soldats français du pays. Entre-temps, il a été projeté avec deux de ses compagnies à la tête des 950 hommes du 3ᵉ régiment du génie de Charleville-Mézières, qu’il commandait à l’époque.
Un officier qui tient la plume
Cet homme de terrain a pris très tôt l’habitude d’écrire. Élève à Saint-Cyr, il est envoyé à Washington, au centre d’histoire orale de l’armée américaine, où il rédige un mémoire avec son camarade de promotion Richard Vidal, sur la manière dont l’officier américain s’est adapté au Vietnam. Il soutient ensuite une thèse de doctorat en géographie politique et intervient depuis 2021 à Sciences Po Aix. Cette double formation donne à ses livres leur singularité.
Deux livres du Sahel
Le premier, Victoire dans les dunes (L’Harmattan, 2020), est écrit avec le colonel mauritanien Mohamed Mokhtar Ould Boye. Il va à rebours du pessimisme général sur le Sahel. Alors que le Mali et le Burkina Faso s’enfoncent dans la violence jihadiste, les auteurs expliquent pourquoi la Mauritanie a réussi à vaincre les groupes armés qui s’infiltraient sur son territoire. Nouakchott a confié à des imams fidèles à l’État le soin de répondre au discours religieux des groupes armés. Le pays a investi dans son armée et dans un renseignement capable de surveiller le désert. Il a aussi tracé des routes et installé l’administration jusque dans les zones reculées. Michel résume cette approche par la formule des « 3D », pour « Défense, Dialogue (ou Diplomatie) et Développement », appliquée sur une décennie.
Le second, Le Chat sur la dune (Lavauzelle, 2023), prend la forme d’un journal de marche qui couvre les années 2013 à 2022. L’auteur y écrit en bâtisseur, pour qui la géographie physique commande la manœuvre, et en « géographe de l’action », attentif aux sociétés que la contre-insurrection cherche à gagner. Entre émerveillement et doute, il pose un regard critique sur les succès et les échecs de l’armée française. « Lutter contre une insurrection ne relève pas uniquement du militaire, mais bien du niveau politique », déclare-t-il au site Diploweb en juin 2023. Il admet aussi que « la connaissance que nous pensions avoir, nous militaires, était au mieux succincte et au pire inexistante ». Peu d’officiers en poste s’autorisent un tel aveu.
La Mauritanie, une exception
La Mauritanie est le pays qu’il connaît le mieux. De 2016 à 2019, il dirige les études du Collège de défense du G5 Sahel à Nouakchott, qu’il a contribué à créer. L’école forme ensemble les futurs cadres militaires de cinq pays de la région et lève chaque année entre 5 et 10 millions d’euros auprès de l’Union européenne, de l’Allemagne, des Émirats arabes unis et d’autres bailleurs internationaux. En 2019, la Mauritanie l’a fait chevalier de son ordre du Mérite national, une distinction rarement accordée à un étranger. Il y est revenu en août 2023 comme attaché de défense à l’ambassade de France, après le retrait des forces françaises du Mali et du Burkina Faso. Il conseille l’ambassadeur en matière de défense et entretient la relation bilatérale dans le domaine des forces armées, en partie grâce à un dense réseau de coopérants.
Officier de l’ordre national de Mauritanie depuis 2026, il est aujourd’hui attaché de défense auprès de la délégation de l’Union européenne au Bénin.










