Mohammed VI, vingt ans de règne : quel bilan ?

29 juillet 2019

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Photo : Le portrait du roi sur les billets marocains (c) Pixabay
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Mohammed VI, vingt ans de règne : quel bilan ?

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Mohammed VI prit les rênes du Royaume chérifien à l’âge de 35 ans, après la mort de son père, Hassan II, le 30 juillet 1999. Le monarque commémore, en ce mois de juillet, ses vingt ans de règne. L’occasion de faire le point sur les principales réalisations de ces deux dernières décennies.

 

Le Royaume est considéré aujourd’hui comme l’un des pays les plus stables et les plus dynamiques de la région. Ces deux facteurs confortent les liens historiques de coopération du Maroc avec de nombreuses puissances mondiales, notamment la France, son premier partenaire commercial. Survol des chantiers géostratégiques majeurs entrepris par le Maroc à l’ère Mohammed VI.

1/ La stratégie de lutte antiterroriste : un vecteur paix et de sécurité du Maroc et de la région

Les attaques terroristes dont le Maroc a été l’objet en 2003 et en 2011 ont mis en lumière l’importance de penser la lutte antiterroriste autrement. La stratégie du Royaume pour combattre le terrorisme et l’extrémisme repose d’un côté sur une approche inclusive et, de l’autre, sur le renforcement de la sécurité intérieure, l’amélioration des conditions socio-économique de la population et la réforme du champs religieux.

Renforcement de la sécurité intérieure

Les autorités marocaines sont hautement estimées pour leurs efforts et leur expertise en matière sécuritaire et de lutte contre le terrorisme, tant sur le plan régional que mondial.
Entre 2002 et 2019, plus de 188 cellules terroristes ont été démantelées et plus de 3 000 individus ont comparu devant la justice.
Afin de consolider le savoir-faire et l’expertise marocaine en la matière, le Bureau Central d’Investigation Judiciaire (BCIJ) a été créé en 2015. Depuis, plusieurs groupes affiliés aux réseaux internationaux tels que Al-Qaïda et Daesh ont été arrêtés.

Réforme du champ religieux

La réforme du champ religieux puise ses fondements dans un discours du souverain qui date de 2004. L’objectif de cette réforme est de neutraliser les différentes formes de pensée extrémiste et de perpétuer la tradition religieuse du Royaume, celle de l’islam du juste milieu, bâtie autour de la commanderie des croyants, la doctrine ach’arite, le rite malékite et le soufisme sunnite.
La stratégie prônée par le Maroc se veut multidimensionnelle et globale, incluant ainsi le fondement institutionnel, l’encadrement religieux en plus de l’éducation islamique, enseignée à l’école.

Cette dynamique de réformes érige le Maroc en modèle pour de nombreux pays africains et européens souhaitant investir ce même chantier. La création de la Fondation Mohammed VI des Oulémas africain affirme la position de leadership du Royaume en la matière et conforte les liens historiques et religieux unissant le royaume à une importante communauté de confession musulmane s’étendant sur de nombreux pays. Ce type de coopération trouve tout son sens dans un continent comme l’Afrique, lourdement affecté par la propagation d’actes et d’organisations extrémistes.

Le royaume a aussi connu d’autres faits marquants sur le plan de la gestion de la question religieuse. Sur le plan interne, de nombreux efforts ont été mené dans le sens de conduire une réforme profonde et multidimensionnelle. Notons la création de plusieurs instances telle la Fondation Mohammed VI pour la promotion des œuvres sociales de préposés religieux, une autre du même nom pour la formation des imams morchidines et morchidates, la rénovation et la réorganisation de l’Université al Quaraouiyine. La promotion des tariqas soufies à travers de nombreuses conférences et l’institution d’un Conseil européen des oulémas marocains. Tout cela souligne la volonté de préserver l’identité culturelle religieuse des Marocains résidents de la diaspora.

Lire aussi : Les réseaux mafieux de Daesh : entretien avec Clément Fayol

2/ Environnement et développement durable, le pari vert

Depuis le début de son règne, le roi Mohammed VI démontre une véritable détermination pour définir la question écologique et environnementale comme priorité stratégique pour le Maroc.
L’organisation de la COP 22 consacre la place du Maroc comme un acteur de premier ordre en matière de la promotion du développement durable et de la préservation des ressources hydriques.
Le défi écologique est plus que jamais préoccupant et le Maroc se fixe un objectif titanesque qui démontre de son enthousiasme et sa volonté inégalés. Il souhaite ainsi porter à 52% la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique marocain comme prévu par la stratégie énergétique 2030.
Le Maroc est confronté à une réelle situation de dépendance énergétique. L’importation de 90% de ses besoins de l’étranger, notamment d’origine fossile, sonne l’alarme d’une nécessaire transition écologique pour s’inscrire dans une dynamique de croissance soutenue dans le respect des exigences de développement durable. Le Royaume se doit donc de diversifier ses sources d’énergies ainsi que de parier sur son avantage géographique et le potentiel de production d’énergies renouvelables dont il dispose.

La politique des barrages amorcée par le roi Hassan II dans les années 1960 ne cesse de donner ses fruits. Avec ses 29 barrages et station de transfert d’énergie par pompage, le Royaume produit quelques 1770 MW.
Doté d’un littoral long de 3 500 km et des vents à vitesse atteignant les 11 m/s, le Maroc dispose du 31e gisement éolien le plus important du globe.
Quant au solaire, le 9e taux d’ensoleillement le plus important revient au Maroc, un énorme potentiel d’énergie inépuisable et sur lequel parie beaucoup le pays. La centrale solaire titanesque Noor, l’une des plus grandes au monde, reflète l’importance du rôle central que joue le solaire dans la transition énergétique marocaine. En 2018, Noor a produit pas moins de 700 MW d’énergie, répartie entre cinq centrales.

3/ Politique continentale du Maroc et relations internationales

La croissance de l’économie et du capital humain du Maroc ont permis au Royaume de se développer en tant qu’acteur mondial dans la lutte contre le terrorisme, les développements financiers ou la régulation et le contrôle de l’immigration d’une manière transcontinentale comme lien entre les régions africaines et européennes.
Les activités menées par le Maroc sur le continent africain sont diverses et s’inscrivent dans le cadre de la stratégie de cohésion Sud-Sud à la lumière de ses relations diplomatiques et des politiques continentales.
Il s’agit par exemple du retour du pays au sein de l’Union africaine, d’un processus d’adhésion à la CEDEAO, les enjeux de taille derrière le projet de gazoduc avec le Nigéria, de troupes marocaines déployées dans le cadre d’activités de maintien de paix des Nations Unies, de conseils sur le conflit libyen pour promouvoir un règlement sûr et une participation efficace en matière de climat dans les sous-régions du continent.

4/ Perspectives futures

En parallèle à ces différents chantiers géostratégiques, le Royaume fait face à des défis de taille comme le chômage des jeunes et des diplômés du supérieur, une insertion insuffisante des femmes dans le marché de travail, ou encore la réforme de l’éducation qui entrave le Royaume dans son insertion au niveau des benchmarks internationaux. Ces défis devront être relevés en incluant toutes les composantes politiques, économiques et sociétales du Royaume chérifien afin d’activer les leviers lui permettant de consolider et de confirmer sa place de puissance régionale.

Lire aussi : Le Maroc stratégique, sous la direction de Bouchra Rahmouni Benhida

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À propos de l’auteur
Ali Moutaib

Ali Moutaib

Ali Moutaïb est formateur, éditeur et expert en intelligence stratégique. Il est directeur des programmes de l’Ecole de Guerre Economique au Maroc et dirigeant du cabinet d’intelligence stratégique Hyperboree Advisors.
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