Citoyen-soldat 2.0. Mode d’emploi, de Bernard Wicht et Alain Baeriswyl

13 juillet 2018

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Citoyen-soldat 2.0. Mode d’emploi, de Bernard Wicht et Alain Baeriswyl

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Accompagné cette fois par le lieutenant-colonel Alain Baeriswyl, spécialiste de l’instruction du tir tactique aux armes légères, Bernard Wicht, de l’université de Lausanne, poursuit son cheminement particulier et iconoclaste dans le domaine de la stratégie prospective. Il démontre sa capacité à anticiper les problématiques fondamentales de l’articulation entre puissance militaire et légitimité politique au niveau du citoyen-soldat.

Citoyen-soldat 2.0. Mode d’emploi, de Bernard Wicht et Alain BaeriswylL’ouvrage ramassé veut dépasser le constat de la difficulté pour les États européens de canaliser le capital guerrier des jeunes générations par la motivation et la mobilisation. L’organisation militaire actuelle des États est en effet, selon lui, de moins en moins en phase avec la rupture civilisationnelle provoquée par l’émergence de nouvelles forces sociales transformant l’État-nation. Les auteurs évoquent l’idée que la « guerre civile moléculaire » est l’horizon probable, en raison des conséquences des vagues migratoires et de la radicalisation terroriste frappant les principaux États européens. L’une des hypothèses du livre est celle d’une longue suite de conflits de basse intensité conduisant à l’effondrement progressif des sociétés européennes. Cette suite ininterrompue d’attentats, de tueries, de fusillades, qui s’installe progressivement en ridiculisant le « tout sécuritaire », relève d’une dynamique d’ensemble à contre-pied de la mondialisation libérale, débouchant sur la formation de ces nouvelles formes d’organisation politico-militaire que sont les groupes armés.

Wicht et Baeriswyl affirment qu’il faut s’y préparer parce que cette dynamique n’est pas irrationnelle, ni sans logique, ni passagère mais qu’elle révèle une mutation de l’ordre mondial, une vague de fond qui a atteint sa masse critique avec la déstabilisation militaire du Grand Moyen-Orient (Irak, Afghanistan, Libye, Syrie). Les nouvelles formes de résistance à l’ordre global se traduisent par des alternatives non bureaucratiques et non territoriales à l’État-nation, des modes d’organisation politique simplifiés et pré-étatiques basés sur la chefferie, l’appartenance à une forme de « clan », que ce soit une milice, un groupe armé ou un gang, selon le principe de la relation patron-client = protection. Ce réflexe de survie en forme de « re-féodalisation » permet à ces groupes humains de fonctionner dans la durée, en s’appuyant sur l’économie grise, le couple low tech/low cost, une contre-culture de type patriarcal (respect du chef, code d’honneur, prééminence de valeurs masculines, identité par l’adhésion à un groupe) et constitue le terreau des fondamentalismes. Sous le seuil technologique et dans le labyrinthe chaotique des mégapoles du Sud et du Nord (car l’ennemi est maintenant intérieur), ils sont capables de résister aux forces régulières stato-nationales.

Face à cette menace, les auteurs en arrivent au concept de citoyen-soldat 2.0. À l’intérieur des démocraties libérales et au regard de la remise en cause du récit national et de la distinction ami/ennemi fondatrice de toute communauté politique, c’est l’échelle d’un citoyen armé, ayant une existence politique et étant acteur stratégique, qui redevient pertinente, selon les auteurs, pour l’unité militaire de la société, paradoxalement grâce à son autonomie plus adaptée à la distance-temps de la nouvelle menace. Une analyse précieuse.

CR

Bernard Wicht, Alain Baeriswyl, Citoyen-soldat 2.0. Mode d’emploi, préf. Olivier Entraygues, éditions Astrée, 2017, 88 pages.

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